vendredi, décembre 2, 2022
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Nouvelles avancées nucléaires de l’Iran et nouvelles inquiétudes

Nouvelles avancées nucléaires de l’Iran et nouvelles inquiétudesPar William J. Broad et David E. Sanger

The New York Times – Parmi toutes les annonces qu’a faites l’Iran la semaine dernière à propos de son programme nucléaire, une phrase de son président a provoqué une telle surprise et une telle inquiétude parmi les inspecteurs nucléaires internationaux qu’ils ont l’intention de s’expliquer avec Téhéran cette semaine à ce sujet.

Cette déclaration indique que pendant que l’Iran commence à enrichir de petites quantités d’uranium, le pays poursuit un programme beaucoup plus sophistiqué visant à produire du combustible atomique qui selon les hauts responsables américains et les inspecteurs pourrait accélérer le processus de développement de l’arme nucléaire.

L’Iran maintient invariablement avoir abandonné ses travaux sur la technologie avancée de la centrifuge P-2 il y a trois ans. Les experts occidentaux suspectent depuis longtemps que l’Iran a un deuxième programme secret, basé sur des éléments acquis sur le marché noir auprès de l’ingénieur nucléaire pakistanais rebelle Abdul Qadeer Khan, parallèlement à son activité dans son principal site nucléaire à Natanz. Mais ils n’avaient aucune preuve.

Puis jeudi, le président Mahmoud Ahmadinejad a déclaré que Téhéran « conduisait des recherches à l’heure actuelle » sur la centrifugeuse P-2, proclamant qu’elle quadruplerait les capacités d’enrichissement de l’Iran. Les centrifugeuses sont des machines grandes et peu larges qui tournent très rapidement afin d’enrichir, ou de concentrer, ce composant rare de l’uranium, l’uranium 235, pouvant alimenter des réacteurs nucléaires ou des bombes atomiques.

Les déclarations de M. Ahmadinejad, ainsi que celles des autres dirigeants iraniens, sont toujours considérées avec méfiance par les experts nucléaires américains et internationaux car l’Iran a à plusieurs occasions minimisé l’importance de ses activités nucléaires découvertes plus tard et également exagéré ses capacités. Les experts et les responsables du renseignement américain, tirant la leçon de leur expérience en Irak, disent qu’il n’est pas certain que les déclarations de M. Ahmadinejad indiquent une réelle avancée technique pouvant accélérer le programme nucléaire de l’Iran et qu’elles ne soient en fait qu’une rhétorique politique visant à convaincre le monde que rien ne peut arrêter son programme atomique.

Les diplomates européens disent qu’une délégation de représentants iraniens doit arriver mardi à Vienne, où l’Agence Internationale de l’Energie Atomique les poussera à s’expliquer au sujet des nouvelles déclarations sur l’enrichissement, ainsi que sur d’autres questions concernant le programme de l’Iran, dont un schéma de bombe découvert dans le pays.

« C’est une machine bien plus efficace », a déclaré un diplomate européen à propos de la centrifugeuse sophistiquée, objet des efforts du Pakistan pour le développement de ses armes nucléaires, découverte en Libye en 2004 lorsque ce pays a abandonné son programme nucléaire. Le diplomate a ajouté que les Iraniens, parmi d’autres questions, devaient maintenant dire si M. Ahmadinejad avait raison, et si c’était le cas, s’ils ont récemment repris le programme abandonné auparavant ou bien si celui-ci se poursuivait en secret depuis des années.

Si l’Iran est passé au-delà de la recherche et a effectivement commencé à faire fonctionner les machines, cela pourrait forcer les agences de renseignements américaines à réviser leurs estimations sur le temps qu’il faudrait à l’Iran pour développer la bombe atomique, événement qu’ils placent actuellement entre 2010 et 2015.

Robert Joseph, sous secrétaire d’Etat de l’administration Bush pour le contrôle des armes et la sécurité internationale, connu comme un des faucons de l’administration, a déclaré dans une interview samedi que la déclaration du président Ahmadinejad était « la première fois que j’ai jamais entendu l’Iran admettre » avoir fait une avancée importante dans cette technologie de pointe. L’Iran, M. Joseph a ajouté, « n’a jamais été transparent sur son programme et désormais son président en parle ».

Cette nouvelle déclaration attire de nouveau l’attention sur la relation fragile entre l’Iran et M. Khan, qui a fourni au pays la plupart des techniques d’enrichissement qu’il exploite aujourd’hui. Si ce qu’affirme M. Ahmadinejad est vrai, cela indique probablement que cette relation s’est poursuivie plus longtemps et a été bien plus sérieuse que ce qu’ils avaient admis précédemment. M. Khan et son marché noir nucléaire ont fourni à l’Iran des plans de la machine connue sous le nom de P-1, plus élémentaire que la P-2, machine plus sophistiquée. 

D’autres indications montrent que M. Khan aurait pu faire affaire avec l’Iran il y a six ans. Le président pakistanais Pervez Musharraf a divulgué récemment qu’il avait renvoyé en 2001 Dr Khan, héro national passant pour avoir développé la bombe du Pakistan, après avoir découvert qu’il tentait d’organiser un vol secret vers la ville iranienne de Zahedan, connue pour être un centre de contrebande.

Dr Khan a refusé de faire des commentaires sur ce vol, disant qu’il était important et secret. « J’ai dit ‘Mais qu’est-ce que vous voulez dire ? Vous voulez me cacher quelque chose ?’ » se souvient M. Musharraf pour une interview avec le New York Times pour un documentaire télévisé Discovery Times « Djihad nucléaire ».

« C’es ce qui m’a conduit à avoir de vrais soupçons, a déclaré M. Musharraf, puis nous l’avons destitué. »

L’année dernière, le Pakistan a annoncé que son enquête sur le réseau Khan était close. Mais la crise iranienne a conduit à un nouvel interrogatoire pour le Dr Khan, selon les diplomates européens et des responsables du renseignement américain.

Jusqu’à maintenant, ses réponses sont vagues, d’après les enquêteurs. L’Iran pour sa part, n’a quasiment rien dit au sujet de son programme P-2. L’Institut international pour les études stratégiques, groupes d’analyses d’armes à Londres, a annoncé dans un rapport l’année dernière que le fait que l’Iran refuse de fournir plus d’informations sur son programme P-2 avait conduit un grand nombre d’experts à suspecter que ces centrifugeuses sophistiquées constituaient « le cœur d’un programme d’enrichissement secret ».

David Albright, président de l’Institut pour la science et la sécurité internationale, groupe de recherche privé à Washington qui surveille le programme iranien, a affirmé que la déclaration de M. Ahmadinejad, qu’elle soit rhétorique politique ou réalité technique, donnait au monde « une raison supplémentaire d’enquêter plus en profondeur et de s’inquiéter ».

Téhéran  affirme que son programme nucléaire est entièrement pacifique et destiné à produire de l’énergie nucléaire.

Mais l’administration Bush pense autrement. « Le développement de l’énergie nucléaire civile n’est pas le domaine de spécialité d’A. Q. Khan », a affirmé la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice dans une interview pour un documentaire. « Pourquoi, si vous n’aviez qu’un programme nucléaire civil, mentir sur les activités à Natanz ? » Puis elle a ajouté : « Pourquoi refusent-ils toujours de répondre à certaines questions que l’AIEA leur pose ? »

Le mystère P-2 a commencé il y a des années lorsque l’Iran a dit aux inspecteurs internationaux avoir reçu des plans de centrifugeuses avancées vers 1994 mais ne les avait pas utilisés avant 2002, lorsque le pays a engagé un entrepreneur iranien pour fabriquer ces machines complexes.

La P-2, seconde génération du modèle pakistanais, est la centrifugeuse la plus sophistiquée vendue par le réseau du Dr Khan. Avec ses rotors superpuissants, elle peut tourner plus rapidement et aussi enrichir de l’uranium plus rapidement.

L’Iran a nié à plusieurs reprises avoir reçu des centrifugeuses P-2 du Dr Khan, pouvant faciliter la fabrication de modèles similaires. De plus, le pays affirme n’avoir pas fait de recherche sur la production de ces centrifugeuses avancées entre 1995 et 2002 en raison de changements de direction dans son programme nucléaire et d’une pénurie de personnel qualifié.

Dans maints et maints rapports, l’AIEA a remis en question cette explication. Par exemple, en septembre dernier, elle a affirmé que l’entrepreneur iranien, qui aurait vu pour la première fois les plans de la P-2 en 2002, avait fait des progrès considérables dans ses recherches « en une période de temps courte », ce qui semble contredire l’affirmation de l’Iran selon laquelle aucune recherche n’avait été conduite dans le passé.

Selon l’Iran les recherches n’ont pas pu aboutir à la production de machines en état de fonctionnement et le travail expérimental sur la P-2 s’est achevé en 2003 et s’est concentré à la place sur le schéma plus simple de la P-1.

Mais un certain nombre de preuves collectées par l’agence internationale et les témoignages de certains membres du réseau Khan ont jeté le doute sur ces affirmations. Pas plus tard que jeudi dernier, lorsque le directeur général de l’agence Mohammed ElBaradei s’est rendu à Téhéran, il a insisté pour avoir des réponses détaillées lors d’une réunion privée, selon les diplomates ayant obtenu des informations sur ce meeting.

Les suspicions sont nées car les inspecteurs savaient que Dr Khan avait fourni à la Libye et à la Corée du Nord ces centrifugeuses P-2 à la fin des années 1990 et ont entendu à plusieurs occasions qu’il en avait fait autant avec l’Iran.

B. S. A. Tahir, responsable en chef du réseau Khan, désormais en prison en Malaisie, aurait déclaré que l’Iran avait reçu beaucoup plus de technologie sur la P-2 qu’il le prétend et que certaines livraisons ont eu lieu après le soi-disant arrêt des relations entre le Dr Khan et les Iraniens vers 1995.

S’adressant à la presse jeudi à Washington, juste quelques heures après la déclaration de M. Ahmadinejad, des hauts responsables du renseignement ont annoncé que rien pour le moment ne les conduisait à réviser leur estimation selon laquelle il faut toujours 5 à 10 ans à l’Iran pour développer la bombe.

Kenneth C. Brill, directeur du Centre national de contre prolifération, créé pour suivre les programmes tels que ceux de l’Iran et de la Corée du Nord, déconseille de prendre les déclarations de Téhéran au pied de la lettre à propos de la production d’uranium enrichi et de ses projets de production de 54000 centrifugeuses.

« Cela prendra un grand nombre d’années pour en produire autant », a-t-il dit.

Par ailleurs, les rapports des renseignements circulant au sein du gouvernement américain, selon plusieurs hauts responsables désirant rester anonymes en raison du caractère sensible de ces informations, se demandent si la décision du gouvernement iranien de vanter ses progrès fait partie d’un effort de dissimulation d’une activité plus importante.

Ils suspectent qu’un programme clandestin, s’il existe, se concentre sur la P-2 car elle peut produire de l’uranium enrichi très rapidement.

Les responsables de l’AIEA disent que le mystère des livraisons de P-2 est devenu un des sujets les plus critiques sur lequel des réponses sont nécessaires dans les deux semaines à venir, avant que M. ElBaradei ne transmette son rapport au Conseil de Sécurité des Nations Unies le 28 avril.

D’autres questions pressantes incluent le refus de l’Iran à s’expliquer au sujet d’un document trouvé par les inspecteurs (les Iraniens ont refusé que les inspecteurs sortent ce document du pays) qui indique comment mouler l’uranium en sphères parfaites, forme révélatrice d’une arme primitive. Les inspecteurs pensent que ce document provient également du réseau Khan.

On ne sait pas non plus exactement si le Dr Khan a vendu aux Iraniens un plan de bombe de fabrication chinoise similaire à celui que la Libye a remis aux Etats-Unis lorsque le pays a abandonné son programme d’armes. Des questions sur d’autres copies de dessins de bombe sont restées sans réponse en Iran et au Pakistan.

« Franchement, je ne sais pas s’il a transmis ces plans de bombes à d’autres », a affirmé M. Musharraf. Même faisant l’objet d’une forme assez libre d’assignation à domicile depuis deux ans, dit-il, Dr Khan « a parfois dissimulé les faits ». 

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