vendredi, décembre 9, 2022
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Mme Radjavi, nous vous reconnaissons comme la représentante de l’opposition démocratique au régime iranien – François Colcombet

CNRI – « Ce souhait de reconnaître maintenant le CNRI comme une véritable organisation résistante et comme la principale organisation résistante démocratique face au régime des mollahs est quelque chose dans lequel nous devons nous engager », a déclaré François Colcombet à Paris le 18 mai.

Ce magistrat et ancien député s’exprimait à la Maison de la Chimie lors d’une conférence de soutien à la Résistance iranienne. En effet une majorité de députés de toutes les tendances politiques parlementaires appelle le gouvernement français à reconnaître la résistance contre la dictature religieuse en Iran et à envisager d’établir un dialogue avec le Conseil national de la Résistance iranienne.

La conférence tenue à l’initiative du Comité parlementaire pour un Iran laïc et démocratique a réuni pour l’occasion de nombreux députés, Mme Radjavi, présidente élue de la résistance iranienne, Me Henri Leclerc, avocat émérite et président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Jacques Attali, économiste, écrivain et ancien conseiller de François Mitterrand, Aude de Thuin, créatrice du Women’s Forum, Sid Ahmed Ghozali, anicien premier ministre algérien et Marzieh Babakhani, une réfugiée iranienne qui a survécu à son immolation par le feu au lendemain du 17 juin2003. Elle a été longuement applaudie par une salle debout après son témoignage bouleversant sur cette décision qu’elle « ne regrette pas ».

Voici l’intervention de François Colcombet :

Je me réjouis de voir la diversité des députés réunis aujourd’hui.
En réalité, depuis le début de la révolution iranienne, la France a été aux premières loges des engagements positifs et aussi des erreurs. Dès 1968, lorsque j’étais président du syndicat de la magistrature et que l’un de nos grands penseurs était Michel Foucault, nous avions de l’information sur cette révolution et nous nous engagions allègrement dans la mauvaise voie. Ensuite, Giscard d’Estaing a accueilli en France Khomeiny.

Les choses se sont un peu calmées lorsque, dans les années 1972, le parti socialiste a réfléchi à ce qu’était le droit d’asile. À l’époque, une convention européenne contre le terrorisme se préparait, qui prévoyait l’extradition automatique à l’intérieur d’un certain nombre de pays. Cette convention avait amené à réfléchir à nouveau à ce qu’était le droit d’asile.

Je me souviens que François Mitterrand, avant son élection, avait pris des engagements très forts en disant qu’il accueillerait, selon la jurisprudence et le droit fondamental des pays démocratiques, les gens qui étaient persécutés pour leur engagement politique dans d’autres pays, en particulier pour des engagements démocratiques.
 
Massoud Radjavi a été le premier, dès juin 1981, à bénéficier de ce qui était une nouvelle jurisprudence pour la France. Dans cette phase-là, la France s’est bien comportée.

Néanmoins, très vite, parce qu’il y a eu une série de prises d’otages dans lesquelles les mollahs d’Iran se sont placés en intermédiaires, quand ils n’en étaient pas à l’origine, il y a aussi eu des négociations commerciales. Tout ceci a fait que bon an, mal an, dès la première cohabitation, on a invité Massoud Radjavi à quitter la France. Le seul pays qui l’a accueilli à l’époque a été l’Irak et précisément, l’affaire d’Achraf se noue à ce moment-là.

Ensuite, la situation a été critique sans être dramatique, jusqu’au jour où a été élu Khatami. Non seulement la classe politique, mais toute l’opinion publique française s’attendait à des raisons pour soutenir le régime des mollahs.

Disons le bien clairement : j’étais parlementaire lorsqu’une délégation du Parlement est allée en grande pompe se faire recevoir par le gouvernement iranien. J’étais de ceux qui se sont engagés contre à l’époque, considérant que c’était inadmissible, d’autant que Khatami, qu’on nous présentait comme un modéré, est en vérité l’un des ministres de Khomeiny pour les pires actes. C’était lui qui donnait notamment la petite clé aux enfants qui se jetaient sur les champs de mines en leur assurant que cette clé leur garantissait une arrivée certaine dans le paradis. Qu’un tel personnage ait pu, aux yeux de gens civilisés en France, apparaître comme un modéré me laisse toujours pantois.

Mais il y avait pire à attendre car à la demande de Khatami, à la demande des mollahs, tous les pays occidentaux qui voulaient faire un effort ¬— les États-Unis en premier — ont commencé de demander ce qui ferait plaisir à ce cher régime.

Qu’a demandé ce cher régime ? Eh bien que les Moudjahidines du peuple d’Iran et le CNRI soient considérés comme des terroristes. C’est ainsi que les États-Unis ont inscrit l’OMPI sur la liste de leurs organisations terroristes, ensuite le Canada, l’Angleterre, puis l’Europe.

Entre-temps, la France, qui voulait faire encore davantage, a ouvert cette fameuse information. J’ai été député de l’ouverture, mais rattaché au parti socialiste. Je peux dire que c’est mon parti qui a ouvert la première information, celle qui se clôture aujourd’hui, qui a été ouverte à cette époque.

Rappelons tous ces faits pour dire, non pas que les torts soient d’un côté ou de l’autre, mais disons que les torts des pays occidentaux ont été très largement partagés. Ce que nous devons faire aujourd’hui, c’est réparer les graves erreurs que nous avons commises.

Les différents pays et l’Europe ont inscrit les Moudjahidines sur la liste des organisations terroristes. En fait, ce sont les juges, par une réaction assez normale, puisqu’ils sont là pour cela, qui se sont opposés au pouvoir politique des différents pays. Ce sont ensuite les parlementaires européens, puis dans les différents pays, qui ont repris leurs responsabilités.

Nous avons connu une période durant laquelle les représentants des peuples, en Angleterre, aux États-Unis, pratiquement dans toute l’Europe, et en France, qui sont pour votre reconnaissance, contre leur propre gouvernement.

Rappelons aussi que lorsque les juges anglais ont annulé votre inscription sur les listes et qu’ensuite l’Europe a fait la même chose, il a fallu quatre décisions successives du tribunal européen.

Chaque fois, les ministres se réunissaient avant que la décision soit rendue et vous réinscrivaient sur la liste, en sorte que la radiation ne portait que sur l’inscription ancienne… c’est vraiment quelque chose à faire étudier dans les écoles de la magistrature et dans des écoles équivalentes de l’ENA dans tous les pays pour montrer à quelles aberrations on peut arriver.

Bref ! Vous avez finalement été radiés de la liste. Ne restait plus que la France, qui s’est entêtée au-delà du raisonnable. Autant j’étais fier de voir à un moment que les juges résistaient, autant, pour ce qui concerne la justice française, elle doit passer condamnation. Pas entièrement, puisque les tribunaux administratifs ont toujours reconnu le vrai. Le tribunal administratif a toujours annulé les arrêtés d’expulsion. Le Conseil d’État a toujours confirmé.

Mais les juges judiciaires en ont de leur côté rajouté. Des juges qui étaient devenus indépendants depuis 1993, et qui avaient un bien mauvais usage de leur indépendance. Le juge Bruguière, pour ne pas le nommer, suivait, le petit doigt sur la couture du pantalon, les ordres qui lui étaient donnés par le pouvoir politique.

C’est plutôt le parquet qui résistait. En effet, le juge Trévidic — celui qui a rendu l’ordonnance — faisait partie à l’époque du parquet antiterroriste. Il a fait partie de ceux qui n’étaient pas d’accord, semble-t-il, et autant qu’on peut le savoir, sur la procédure qui a été menée.

Je note avec intérêt, Me Leclerc l’a souligné, et je pense que cela a un sens dans le landernau du monde des Romains, que le parquet antiterroriste a pris cette fois des réquisitions pour vous libérer.
Il l’a pris probablement parce qu’il savait que le juge le ferait de toute façon et qu’il aurait à affronter un scandale, mais en tout cas, il a pu trouver les arguments pour faire que les supérieurs du parquet — notamment le garde des Sceaux et le président de la République — acceptent cette solution.

La solution qui est rendue, je tiens à le souligner, engage largement, non seulement la justice, mais également le gouvernement français. Le parquet s’est engagé clairement en votre faveur ; le juge a suivi. C’est une belle décision, Madame la Présidente, trop tardive, mais c’est vraiment une belle décision.

Je reprends ce qu’a très bien dit Me Leclerc : il a expliqué votre geste, non pas par des erreurs judiciaires, non pas par des coïncidences malheureuses, mais par le fait qu’il faut vous considérer comme des résistants, et non pas des terroristes. Vous êtes des résistants. Le mot a un sens, et dans l’histoire de notre pays, le mot a des résonances. Tous, nous pouvons voir de quoi il s’agit — les parlementaires l’ont évoqué.

La plupart d’entre nous étaient trop jeunes pour avoir participé à la résistance. Ils ne la connaissent que par ouï-dire. Mais nous avons eu l’occasion, avec vous et avec d’autres, de connaître des gens qui résistaient à leur pays. Après tout, beaucoup de Français, notamment à gauche, mais aussi à droite, ont soutenu tous les opposants à des régimes terroristes d’Amérique du Sud, et c’étaient des résistants comme vous, des gens qui ont payé de leur vie, et qui petit à petit arrivent à être reconnus.

Les politiques français en général ne s’étaient pas trompés, sauf quelques-uns. Je pense que la comparaison est tout à fait juste, et je crois qu’il est indispensable que l’ensemble de notre pays prenne la mesure de ce qu’il doit faire.

Je suis moins spécialiste de ces questions de justice internationale et de situation dans un camp protégé par la quatrième convention de Genève. Néanmoins, je suis heureux de souligner qu’une délégation de l’Europe s’est déjà rendue sur place et a rendu un avis sur lequel on peut tous tabler. Cet avis, vous le savez, c’est la reconnaissance du statut de façon concrète, et non pas verbale, en l’air, depuis New York ou Bruxelles.

Cela veut dire que l’on exige concrètement, sur place, l’accès de la médecine, la possibilité de soigner les gens qui sont à l’intérieur, la possibilité de faire sortir ceux qui veulent s’en aller, et la protection quotidienne de tous les gens qui sont dans le camp. C’est le minimum, et c’est ce que nous devons absolument obtenir.

Ces parlementaires européens ont également proposé que des négociations soient engagées pour que les résidents du camp qui le souhaitent puissent partir. Ils pensent que la totalité pourrait être accueillie dans des pays occidentaux.

Cette piste doit être explorée, même si les gens du camp auront quelques difficultés à se décider sur ce sujet. Néanmoins, c’est une offre qui doit leur être faite, et c’est une offre qui engage les pays occidentaux, qui est concrète. Chaque pays peut dire : « Je suis prêt à accueillir tant de personnes, à leur trouver un travail, à leur offrir un statut, des cartes de résidents… » Il faut que nous suivions cela.

Bien entendu, plus tard, comme le dit M. Attali, on peut imaginer une solution meilleure, une enclave d’opposition iranienne à l’intérieur de l’Irak, mais connaissant la situation de l’Irak, en Syrie et dans les pays de la région, à part la Turquie qui reste à peu près calme, il n’y a aucune zone de sécurité pendant quelque temps dans cette région du monde.

Une des solutions les plus raisonnables est donc certainement d’aider concrètement les gens.

Mon ami Alain Néri le disait très bien tout à l’heure : le souhait de reconnaître maintenant le CNRI comme une véritable organisation résistante et comme la principale organisation résistante démocratique face au régime des mollahs est quelque chose dans lequel nous devons nous engager.

Madame la présidente, au nom de ceux que je représente, qui ne sont pas très nombreux, de tous mes amis, je peux vous dire que nous, nous vous reconnaissons comme la représentante de l’opposition démocratique à ce régime et nous vous soutiendrons. Jusqu’à ce que vous vous trompiez, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent, nous vous suivrons dans votre action.

 

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