lundi, novembre 28, 2022
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Me Patrick Baudoin : comment ne pas parler de l’Iran avec 2000 exécutions depuis l’arrivée au pouvoir de Rohani

Me Patrick Baudoin : comment ne pas parler de l'Iran avec 2000 exécutions depuis l'arrivée au pouvoir de Rohani

« Il est vrai que nous nous félicitons de voir que votre organisation, Madame la présidente (Radjavi), a placé en tête d’affiche de ses combats, la lutte contre la peine de mort et la volonté affichée, si un jour vous arrivez au pouvoir, d’abolir la peine de mort. Ce combat doit être absolument incessant », a déclaré Me Patrick Baudoin, président d’honneur de la FIDH, à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre.

À cette conférence intitulée « Iran : droits de l’homme, stopper les exécutions », tenue à l’invitation du Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (CSDHI), d’autres personnalités sont également intervenues, notamment Maryam Radjavi (Présidente-élue du CNRI), Phumla Mandela (fille de Nelson Mandela), Mgr Jacques Gaillot, Rama Yade (ancienne secrétaire d’État chargée aux Droits de l’homme), Gilbert Mitterrand (Président de la Fondation France Liberté-Danielle Mitterrand), Me Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Tahar Boumedra (ancien directeur du bureau des droits humains de l’ONU en Irak), François Colcombet (co-fondateur du syndicat de la Magistrature), Jean-François Legaret (maire du 1er ardt de Paris), Jean-Pierre Brard (ancien député-maire).

Dans son intervention, le grand avocat des droits de l’homme a déclaré : « Hélas les multiples violations des droits de l’homme qui continuent de sévir en Iran dont votre organisation est l’une des premières victimes. Je voudrais juste faire 3 catégories d’observations. La première pour donner un petit signe d’optimisme dans ce monde de chaos. C’est tout de même de se féliciter de ce qu’a été hier le prix Nobel de la paix. S’en féliciter parce qu’il a été accordé à ce qu’on appelle des organisations de la société civile.

Et en particulier nous sommes spécialement concernés à la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme, puisque parmi les 4 organisations honorées, « le quartet », il y a la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme. Cette dernière est la plus ancienne organisation des droits de l’homme du monde arabe et d’Afrique. C’est une organisation qui a été créée en 1978 et qui constamment a été un véritable laboratoire d’idées, d’échanges, de dialogue, de démocratie en Tunisie.

Bien sûr la Tunisie n’est pas pour autant aujourd’hui assurée de lendemains complétement ensoleillés, mais je crois que ce signal fort donné par le jury du prix Nobel est un encouragement, est un signe d’espoir au-delà de la Tunisie pour toutes les personnes, tous ceux qui agissent au sein de ce qu’on appelle les sociétés civiles.

Le deuxième point, évidemment, la Journée mondiale contre la peine de mort. Et comment ne pas parler de l’Iran avec 2000 exécutions depuis l’arrivée au pouvoir du président Rohani. Et loin de régresser, le mouvement progresse, on voit que cette année, en 2015, ‘le nombre d’exécutions s’accroit. Alors combien de fois faudra-t-il crier que la peine de mort est un châtiment barbare ? Que c’est un châtiment qui est prononcé et exécuté froidement par une société qui n’a pas le droit de le faire. Tout simplement au nom du respect des valeurs fondamentales que sont celles de la vie et de l’intégrité physique. L’Iran aujourd’hui semble-t-il est le pays au monde qui, en proportion de sa population, est le principal exécuteur et se situe à ce niveau-là au ban des nations.

Faudra-t-il encore dire que la peine de mort est un châtiment irréversible ? Avec le nombre, on le voit aux États-Unis, d’exécutions qui ont visé des innocents. Et faudra-t-il dire enfin que ce châtiment ne sert à rien et que c’est n’est pas le pays qui pratique le plus les exécutions qui est le pays le plus sécurisé.

On le voit très bien aux États Unis où la peine de mort est maintenu et l’on voit que c’est un pays où hélas les crimes de sang, les assassinats sont extrêmement nombreux par rapport au pourcentage de population. Alors que dans les pays européens, où enfin on a aboli la peine de mort, on voit que le nombre de crimes en proportion de la population est inférieur.

Donc, qu’on ne nous dise pas que la peine de mort a la moindre justification ! Elle n’en a qu’une seule : terroriser la population. C’est de faire peur et c’est ce qu’utilise aujourd’hui le régime des mollahs en Iran. Donc luttons, luttez, continuez cette lutte que vous menez.

Il est vrai que nous nous félicitons de voir que votre organisation, Madame la présidente (Radjavi), a placé en tête d’affiche de ses combats, avec beaucoup d’autres, la lutte contre la peine de mort. Et la volonté affichée, si un jour vous arrivez au pouvoir, d’abolir la peine de mort. Ce combat doit être absolument incessant.

Un pays qui ne défend pas ses valeurs n’est pas en mesure de bien défendre ses intérêts

La troisième observation : elle concerne plus particulièrement la France. La France parce que dans un mois, Madame Rama Yade l’a rappelé, le président Rohani fera une visite officielle en France. Et je crois que c’est le moment de s’adresser aux autorités françaises. Il n y a pas longtemps en juillet, Monsieur Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, qui reste influent dans la direction de la politique étrangère française, écrivait dans le journal Libération : « Un pays qui ne défend pas ses intérêts, n’est pas en mesure de défendre ses valeurs ». Et bien c’est l’inverse – j’ai fait pour ma part une réponse dans un article également du journal Libération – je pense que c’est tout l’inverse : Un pays qui ne défend pas ses valeurs n’est pas en mesure de bien défendre ses intérêts.

On en a des exemples : si on prend la politique française vis à vis de la Tunisie de l’époque de Ben Ali. Tous les gouvernements français successifs ont voulu fermer les yeux sur les abominations de ce régime tunisien. En définitive, quand ce régime est tombé- ce qui était inéluctable et ce qui était souhaitable – et bien la France s’est trouvé très démunie et a pu constater qu’elle avait beaucoup de mal à remonter le courant vis à vis des tunisiens, qui a juste titre se souvenaient du soutien inconditionnel qui avait été apporté par les autorités françaises au régime du président Ben Ali.

Et bien qu’aujourd’hui la France ne récidive pas avec l’Iran ! On peut tous espérer, et ça viendra, que ce régime des mollahs tombe et qu’il y ait enfin en Iran un régime différent, un régime tel que vous le souhaitez, un régime démocratique. Et ce jour-là, si la France continue dans cette lignée qui consiste à fermer les yeux devant les violations commises dans un certain nombre de pays, elle se trouvera discréditer et se sera bien fait. Autant que la France aujourd’hui prenne les devants.

Moi j’observe qu’il y a des dirigeants aujourd’hui dans le monde occidental, qui ont plus de courage que les dirigeants français. Je pense à Madame Merkel. Quand elle reçoit le Président Sissi – qui n’est pas un modèle en matière de respect des droits de l’homme dans le monde – elle lui dit droit dans les yeux qu’il faut que l’Égypte améliore la situation en matière des droits de l’homme.

Lorsque monsieur Hollande se rend au Caire, récemment, pour vendre les rafales et autres, il n’y a pas un mot sur les violations des droits de l’homme. Lorsque Monsieur Hollande se rend à Cuba, ce qui était très bien, il ne s’agit de contester la légitimité du voyage en lui-même, il trouve le moyen également – alors que l’on sait qu’il y a des prisonniers politiques, qu’il n’y a pas de libertés pour les opposants – il trouve aussi le moyen non seulement de ne pas les rencontrer, mais encore d’être totalement taisant.

Alors c’est un véritable appel qu’il faut lancer aux autorités françaises, pour leur dire vous allez recevoir dans un mois le président Rohani, cette fois au moins n’ayez pas l’hypocrisie lâche de ne rien dire sur les violations des droits de l’homme en Iran.

Des concessions considérables viennent d’être faites à ce régime, à travers l’accord sur le nucléaire, et c’est vrai que ce n’est pas gagnant-gagnant. C’est tout gagnant pour l’Iran, parce que cela permettra en fait à l’Iran de continuer tranquillement quel que soit les mesures qui ont été prises, son bout de chemin pour aller plus loin dans l’obtention du nucléaire. Et que par ailleurs, et surtout, cela permet à l’Iran de se redonner un visage « pseudo-respectable » – ce qu’il ne l’est pas évidemment – et surtout d’engranger des milliards de dollars à travers la reprise des échanges économiques.

Puisque le mal est fait, il est difficile là d’exiger des autorités françaises qu’on ait un retour en arrière complet, mais au moins que la France profite de cette visite pour dire qu’en ce qui la concerne – si elle a encore un peu le souci de maintenir cette image si souvent galvaudée de pays de défense des droits de l’homme – et bien que la France ait au moins le courage de dire aux autorités iraniennes, qu’elle ne commercera et elle n’aidera les échanges commerciaux avec l’Iran que si ce pays commence à aller dans un sens plus favorable pour la défense des droits de l’homme.

Qu’il cesse, ce gouvernement actuel, de torturer, d’exécuter, d’emprisonner arbitrairement, d’avoir une justice inexistante – si ce n’est la justice complètement entre les mains du pouvoir – d’avoir un minimum de libertés et d’avantages pour l’opinion, la presse, l’information. Et enfin, que ce pays prenne l’engagement, dans les mois qui viennent, d’abolir, de cesser d’appliquer ce châtiment horrible qui ne fait encore que ternir le tableau, qui est celui de la peine de mort. »

 

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Journéé contre la peine de mort – Maryam Radjavi : l’avenir en Iran sans exécutions – Vidéo

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