Par Corine Lesnes
Le Monde – Le président américain George Bush n’entend pas engager de négociations directes avec l’Iran sur la question nucléaire. Il l’a fait savoir à l’occasion de deux entretiens accordés à la presse allemande dans la foulée de la visite effectuée, la semaine dernière, par la chancelière Angela Merkel à Washington, et dont la Maison Blanche a publié, dimanche 7 mai, la transcription.
Jusqu’ici, l’administration américaine a évité d’alimenter ce qui pourrait paraître comme un élément de discorde entre Washington et ses alliés, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU aborde une nouvelle étape. Mais devant la multiplication des appels à une implication directe des Etats-Unis, M. Bush a préféré répondre. "Les gens demandent : "Alors ? Pourquoi n’êtes-vous pas à la table des négociations ?" Nous sommes à la table des négociations, en ce sens que nous sommes avec nos partenaires sur une base régulière", a-t-il déclaré au magazine Bild.
En quelques semaines, l’idée de négociations directes s’est propagée dans les chancelleries. Il s’agirait d’une dernière chance donnée à l’Iran d’entrer dans un marchandage global avant de passer à l’étape des sanctions. Les Américains y seraient associés pour fournir des "carottes" plus intéressantes pour Téhéran que celles qu’ils avaient consenties quand ils ont appuyé la médiation européenne, en mars 2005 (ce qui les a conduits à lever leur opposition à l’entrée de l’Iran à l’Organisation mondiale du commerce, en mai 2005, après 22 refus depuis 1996).
Mentionnée par le ministre allemand de la défense, Franz Josef Jung, comme le seul moyen pour la diplomatie de sortir de l’impasse actuelle, l’idée a été reprise par Paris et, jeudi 4 mai à Washington, par le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Si Mme Merkel a plaidé en ce sens auprès de M. Bush, comme le prévoyait la presse, elle n’en a rien dit publiquement. Pendant sa conférence de presse avec M. Bush, elle a éludé la question. "Ce que je veux, c’est que nous réussissions ensemble", s’est-elle contentée de déclarer.
La formule préconisée par les Allemands serait celle de pourparlers élargis, à l’image des négociations à six ouvertes en 2003 sur la Corée du Nord. Interrogé par la chaîne allemande ARD, M. Bush n’a pas écarté définitivement cette possibilité. Mais il a estimé qu’il est "beaucoup mieux d’avoir un front diplomatique uni". "Je ne veux pas voir tout cet effort commun s’écrouler parce que tout le monde dépend d’un pays pour régler le problème", a-t-il ajouté. Pour M. Bush, la priorité est d’isoler Téhéran : "Quand (le président iranien Mahmoud) Ahmadinejad dit qu’il veut détruire Israël, le monde doit prendre cela très au sérieux. C’est une menace grave", a-t-il insisté ( )

