mercredi, février 8, 2023
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Les erreurs des partisans du rapprochement avec les mollahs en Iran

Par le Pr. Kazem Kazerounian*

Global Politician – L’argument pour négocier avec les mollahs de Téhéran repose sur plusieurs présomptions erronées :

1. Le régime de l’Iran est stable et ses dirigeants ont suffisamment de pouvoir pour  supprimer l’opposition.
2. L’occident désire offrir à Iran ce qu’il veut.
3. Les ayatollahs d’Iran veulent bien faire un compromis sur leurs aspirations idéologiques.
4. On peut faire confiance à un engagement et une promesse de Téhéran.

Une politique basée sur ces notions mène à des conséquences désastreuses. Néanmoins, il y a un pot-pourri d’arguments complexes de groupes d’intérêt qui prônent la négociation avec l’Iran. Ils peuvent l’évoquer sous la forme d’un rapprochement, du dialogue, de négociation, de rencontre, d’échange ou de ce que leur lexique trompeur invente. L’examen de ces quatre conjectures est simple et direct.

1. Le régime de l’Iran est stable et ses dirigeants ont suffisamment de pouvoir pour  supprimer l’opposition.

Tout d’abord, la notion qu’au 21e siècle un régime théocratique avec des dirigeants barbares datant de l’Age de Pierre puisse être stable est absurde. La stabilité d’un gouvernement exige une capacité d’adaptation, du pragmatisme et une base populaire. Les dirigeants de Téhéran sont dépourvus des trois. Ils ont survécu jusqu’ici grâce une répression étendue des groupes d’opposition qui a mené à des centaines de milliers d’exécutions et d’emprisonnements – le déclenchement d’une guerre étrangère pour détourner le foyer du mécontentement populaire – la création d’une milice d’une triste notoriété forte d’un million d’hommes pour maintenir l’ordre dans la population – l’assassinat de dissidents en Iran et à l’étranger – et écraser les mouvements des femmes, des étudiants, des ouvriers, des enseignants et des autres groupes. Les partisans de la négociation parient que les mollahs en Iran sont capables de continuer cet état de terreur. Empruntant une citation célèbre, je suggère que ces enthousiastes contrôlent leur exubérance irrationnelle. La vérité, c’est que ce régime n’a jamais été stable. Si les mollahs eux-mêmes avaient  confiance dans leur stabilité, ils n’auraient pas besoin de ce règne de terreur. Une économie en ruine, le chômage de la jeunesse, la pauvreté, le manque de liberté politique, sociale et religieuse, un gouvernement méprisé et des autorités corrompues, forment le potentiel pour renverser ce régime à n’importe quel moment. Chacune de ces indications est constamment à la hausse. Les mollahs peuvent réchapper de la turbulence des événements encore quelques années – peut-être plus – peut-être moins. C’est loin d’être stable.

2. L’occident désire offrir à Iran ce qu’il veut.

En priorité sur la liste des demandes des mollahs à l’occident s’est toujours trouvé la garantie de la sécurité. Cela a plus particulièrement signifié empêcher l’opposition au régime de l’Iran. Les Etats-Unis et l’Europe ont répondu par l’affirmative en plaçant les principaux groupes d’opposition de l’Iran les Moudjahidine du peuple (OMPI) et le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) sur la liste du terrorisme durant les dix dernières années. Cette catégorisation a lié les mains des ennemis des ayatollahs et soulagé Téhéran. Mais l’attitude de Téhéran n’a pas changé. Ils désirent se frayer un chemin vers la domination de la région. Ils n’ont jamais hésité à déclarer publiquement leurs objectifs stratégiques. Tandis que l’Ouest a quelque peu facilité leur chemin, il n’est pas imaginable que le monde civilisé tolère une super puissance intégriste islamique dominée par les mollahs. Affaiblir l’opposition aux mollahs mènera seulement à Téhéran demandant la même chose pour le groupe d’opposition suivant. Que pourrait demander Téhéran à l’occident ? La paix dans le monde ?

3. Les ayatollahs d’Iran veulent bien faire un compromis sur leurs aspirations idéologiques.

Dans l’article 1, j’ai dit en détail comment l’Intégrisme islamique est une idéologie qui aspire à retourner à l’Age d’or des premiers jours de l’Islam. Les intégristes de Téhéran cherchent à établir une base au Moyen-Orient. Les infiltrations de Téhéran en Irak et en Afghanistan ne sont pas des actes ad hoc lancé au hasard. Ce sont des actes bien planifiés, cohérents et systématiques de dirigeants intelligents motivés par une idéologie. Le prix est monumental. Le début d’un empire islamique – réapparaissant après 1400 ans – contrôlant la vie, la pensée et les biens de centaines de millions de personnes – contrôlant des d’immense parties des réserves pétrolières mondiales – et doté d’armes nucléaires. Il y a trente ans, l’ayatollah Khomeiny avait mis en place une feuille de route qui a été suivie par Téhéran après Khomeiny, y compris sous les présidents Khamenei, Rafsandjani, Khatami et finalement Ahmadinejad, comme une stratégie cohérente et soutenue. Les dirigeants de Téhéran croient que leur stratégie a triomphé et qu’elle leur a donné un statut de superpuissance dans la région. C’est puérilement naïf d’espérer qu’à ce stade dans leur voie présumée victorieuse, les mollahs envisageraient l’abandon de leurs aspirations idéologiques.

4. On peut faire confiance à un engagement et une promesse de Téhéran.

Jack Straw, l’ancien ministre des Affaires étrangères britannique et un ami des ayatollahs, a déclaré une fois dans des négociations avec Téhéran : ils vous vendraient une table, mais vous ne réaliseriez qu’après coup qu’il lui manque les pieds. Des dirigeants intégristes islamiques en Iran ont à maintes reprises démontré leur machiavélisme en politique internationale. Le mensonge, la tromperie et la démagogie, sont les outils légitimes qui peuvent être intelligemment utilisés par ces dirigeants rusés. Les événements nucléaires en Iran ne forment-ils pas un  excellent exemple de leur tromperie ? Après leur deux décennies de projet nucléaire clandestin révélé par l’OMPI, un groupe de l’opposition, ils ont essayé toute une série de négociations tactiques et d’accords juste pour gagner du temps. Plus drôle encore, les mollahs appellent à une coopération internationale contre le terrorisme dans le monde!

N’importe quelle négociation sans ces quatre points préalables est un effort futile. Il est temps que les groupes d’intérêt qui plaident pour un rapprochement avec les Hitlers des temps modernes de mettre fin à leur myopie.

* Le Professeur Kazem Kazerounian enseigne à l’Université du Connecticut.