lundi, décembre 5, 2022
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Les ennemis de Téhéran, sournoisement ostracisés

The New York Times, Tribune, par Louis J. Freeh * – Tandis que les Etats-unis tentent de mettre fin au programme nucléaire iranien et préparent le retrait des troupes d’Irak, les électeurs américains devraient se demander pourquoi l’administration Obama se plie à la volonté des mollahs iraniens et de leurs alliés irakiens au sujet d’une question clef : le sort de 3400 membres désarmés du groupe d’opposition iranien en exil, les Moudjahidine du Peuple, qui vivent dans le camp d’Achraf au nord de Bagdad.

Le gouvernement du premier ministre Nouri Kamal al-Maliki, un musulman chiite, a impunément assassiné des membres des Moudjahidine du Peuple. M. Maliki justifie ses attaques en faisant remarquer que le groupe se trouve sur la liste officielle des Etats-Unis des organisations terroristes étrangères.

En avril dernier, les forces irakiennes ont envahi le camp d’Ashraf et tué, en leur tirant ou roulant dessus, 34 résidents et blessé des centaines d’autres. Et maintenant, M. Maliki a donné aux Moudjahidine du Peuple jusqu’au 31 décembre pour fermer le camp et disperser ses résidents à travers l’Irak.

Sans l’intervention ferme des Américains et des Nations Unies pour protéger les résidents du camp et la décision du Département d’Etat de retirer la désignation officielle de groupe terroriste des Moudjahidine du Peuple, une plus grande attaque encore contre le camp ou le massacre de ses résidents ailleurs en Irak est probable.

Cette situation est la conséquence directe de la tentative mal conçue du Département d’Etat de paralyser les Moudjahidine du Peuple en les désignant comme organisation terroriste dès 1997.

A cette époque, j’étais directeur du FBI. J’en avais déduit que cela faisait partie du stratagème politique infructueux d’encourager un dialogue avec Téhéran. Il n’y avait pas de preuve crédible alors, et il n’y en a toujours pas aujourd’hui, que ce groupe constituait une quelconque menace pour les Etats-Unis.

Tragiquement, l’étiquette terroriste injustifiée du Département d’Etat permet aux ennemis des Moudjahidine du Peuple à Téhéran et à Bagdad de se sentir comme s’ils avaient une licence pour tuer et pour piétiner les garanties écrites de protection données aux résidents d’Achraf par les Etats-Unis. Et les tribunaux de pacotille de Téhéran se délectent de la désignation terroriste comme d’une excuse pour arrêter, torturer et assassiner quiconque menace le régime des mollahs.

Pour le meilleur et pour le pire, le Département d’Etat fait souvent des désignations politiquement motivées, ce qui explique pourquoi l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA) n’a jamais été mise sur la liste (malgré la recommendation du FBI). De même, l’Armée de Mahdi de Moktada al-Sadr en Irak ainsi que le réseau terroriste Haqqani au Pakistan – lesquels ont tué, tous deux, de nombreux Américains – ont réussi à éviter d’être sur la liste.

Durant mon mandat de directeur du FBI, j’avais refusé d’allouer des crédits du Bureau pour enquêter sur les Moudjahidine du Peuple, parce que j’avais déduit, en me fondant sur les preuves, que la désignation était infondée et que le groupe ne constituait aucune menace pour la sécurité américaine.

Cependant, je m’étais opposé à l’insistance politiquement motivée du Département d’Etat que le FBI cesse de prendre les empruntes des lutteurs iraniens, ainsi que des agents du Renseignement se faisant passer pour des athlètes, lorsque les lutteurs avaient été invités pour la première fois  aux Etats-Unis comme un geste de bonne volonté. Et le FBI avait en effet tenté, sans succès, d’attirer l’attention de l’administration Clinton sur la menace que représentait le Corps des Gardiens Révolutionnaires Iranien, qui exportait le terrorisme et commettait ou orchestrait des actes de guerre contre l’Amérique, comme l’attaque des Tours Khobar en Arabie Saoudite en 1996 qui a causé la mort de 19 soldats américains. Nous avons appris mardi par les procureurs qu’une unité du Corps avait fomenté le meurtre de l’ambassadeur saoudien à Washington.

Certains critiques qualifient les Moudjahidine du Peuple de secte dangereuse. Mais encore en quittant mon bureau, j’ai soigneusement examiné les faits et je suis arrivé à la conclusion que les Moudjahidine du Peuple ne sont pas une organisation terroriste et devraient être immédiatement retirés de la liste du Département d’Etat.

De nombreux experts du terrorisme parmi les plus reconnus et les plus respectés au monde sont arrivés à la même conclusion. (Bien que j’ai reçu par moments des compensations financières pour mes interventions ou mes frais de voyage de la part des sympathisants des Moudjahidine du Peuple, mon analyse objective en tant que agent d’exécution de la loi constitue la seule base de mes conclusions.)

La Grande-Bretagne ainsi que l’Union Européenne ont déjà agi selon les preuves, en ayant retiré les Moudjahidine du Peuple de leurs listes de sanctions, respectivement en 2008 et 2009. la cour britannique réexaminant le dossier des Moudjahidine du Peuple était allée jusqu’à qualifier la désignation terroriste de «perverse».

Les Moudjahidine du Peuple sont aujourd’hui dirigés par une femme charismatique et claire, Maryam Rajavi, qui bénéficie d’un soutien significatif au sein des gouvernements européens. En 2001, les Moudjahidine du Peuple ont renoncé à la violence et cessé les actions militaires contre le régime iranien. Et en 2003, le groupe a bénévolement remis ses armes aux forces américaines et a depuis fourni aux Etats-Unis des renseignements précieux sur le programme d’armes nucléaires de l’Iran. Selon les propres directives du Département d’Etat, les Moudjahidine du Peuple devraient être retirés de la liste.

Pourtant, la Secrétaire d’Etat Hillary Rodham Clinton ainsi que la Maison Blanche rechignent à retirer le groupe de la liste et à protéger ses membres au camp d’Achraf, malgré les appels bipartisans à l’action.

Incroyablement, tandis que notre devoir de protéger les résidents atteint un niveau critique, le Département d’Etat n’offre que le silence et le délai. La secrétaire « réexamine » toujours la désignation, près de 15 mois après que la cour d’appel des Etats-Unis à Washington a statué que le Département avait enfreint la loi en n’ayant pas accordé aux Moudjahidine du Peuple la procédure attendue lorsqu’il les avait listés comme groupe terroriste. Mme Clinton ne s’est pas pliée à l’ordonnance de la cour d’indiquer « quelles sources elle considère comme suffisamment crédibles » pour justifier cette désignation qui menace des vies.

La raison en est claire : il n’y a pas de preuve.

* Louis J. Freeh était le directeur du FBI de 1993 à 2001.

The New York Times – 13 octobre 2011

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