samedi, décembre 3, 2022
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“Le régime iranien est sans doute le principal problème au Moyen-Orient”

Entretien avec Alejo Vidal-Quadras, vice-président du Parlement européen

Revue parlementaire (France), juillet 2007 – Membre du comité central du parti populaire espagnol, M. Alejo Vidal-Quadras est vice-président du Parlement européen du groupe PPE. Officier de la légion d’honneur, M. Quadras est également président d’honneur de l’intergroupe parlementaire des Amis d’un Iran Libre au Parlement européen. C’est l’un des parlementaires les plus actifs sur la question du Moyen-Orient et des problèmes posés par l’Iran. A ce titre et récemment de passage à Paris, Alejo Vidal-Quadras a accepté de répondre à nos questions.

Vous êtes le président d’honneur des Amis d’un Iran Libre au Parlement européen, votre récente visite à Paris avait-elle un lien avec l’Iran ?

Oui, j’ai participé à la fin du mois de juin à Villepinte à un rassemblement qui restera pour moi historique. Dans un rassemblement de 50 000 Iraniens, des dizaines de personnalités politiques, des parlementaires de divers pays d’Europe, des Etats-Unis et de pays arabes ont exprimé leur souhait de voir un Iran démocratique. Il s’agissait pour nous tous d’appeler les gouvernements occidentaux à un changement radical de politique vis-à-vis de l’Iran des mollahs. Nous voulions également exprimer notre solidarité avec la dirigeante de la Résistance iranienne, Mme Maryam Radjavi et avec les milliers d’Iraniens qui ont manifesté contre le pouvoir totalitaire, fin juin en Iran contre le rationnement du carburant.

Pourquoi ce meeting a-t-il déplacé une telle foule ?

Le régime iranien constitue aujourd’hui la plus grande menace pour la paix et la sécurité dans la région et dans le monde. Outre la répression intérieure, il tente avec tous ses moyens, d’acquérir l’arme nucléaire et de dominer l’Irak afin de créer un empire islamique. La suppression d’Israël n’est pas seulement un slogan mais un programme élaboré par un régime que le président de la République, Nicolas Sarkozy, a qualifié à juste titre de « dangereux ». Les événements de la bande de Gaza, ainsi que l’ingérence du régime iranien en Afghanistan, montrent l’ampleur de ce danger. Si l’on ne cherche pas de solution, tôt ou tard le régime iranien reprendra au Liban, le même scénario funeste qu’à Gaza.

Peut-on prendre le risque d’affrontement avec un régime qui se voit déjà en superpuissance régionale ?

La réalité première est la fragilité de ce régime qui lui enlève toute capacité de négociation et de recul par rapport à ses positions déclarées. Souvent cette incapacité à changer de comportement est interprétée par erreur chez nous comme une démonstration de force. Il faut savoir que tout nous dit que le pouvoir iranien est dans sa phase terminale et qu’il recherche son salut dans l’arme atomique et l’expansion dans la région. Il aurait été souhaitable que les négociations et autres tractations avec ce régime aboutissent à un résultat.

Mais il s’est agit d’une succession d’échecs. Au Parlement européen, nous nous sommes battus âprement pour convaincre le leadership de l’UE que la politique correcte vis-à-vis de l’Iran ne pouvait passer par ces négociations inutiles. Si l’Occident craint à juste titre une autre guerre dans la région, chercher la complaisance avec ce régime n’est pas la solution. Le régime iranien ne fait pas partie de la solution en Irak et au Moyen-Orient; il fait partie du problème et j’ose dire qu’il est sans doute le seul problème. En s’asseyant avec les autorités de ce régime qui n’ont aucune volonté de négocier, mais cherchent à gagner du temps, on avance vers une guerre puisque l’Iran poursuit son programme nucléaire.

Pourquoi la politique cherchant à changer le comportement de l’Iran a été contreproductive ?

Trop de flexibilité vis-à-vis des mollahs en Iran a encouragé l’aile la plus dure du pouvoir. En Iran, nous assistons à une détérioration de la situation des droits de l’homme et dans la région, à une multiplication des foyers d’intégrisme et de terrorisme nourris par les mollahs. En face, nous nous sommes placés dans une impasse en cédant aux exigences des mollahs et en mettant leur principale opposition en quarantaine. Nous nous sommes ainsi privé, et nous avons privé le peuple iranien, du principal instrument de changement en Iran en plaçant les Moudjahidine du peuple (OMPI) sur la liste terroriste.

Nous ne devons pourtant pas oublier que c’est l’OMPI qui a révélé les sites nucléaires secrets en août 2002. Face à un tel régime c’est la fermeté qui paye. Nous en avons fait l’expérience au Parlement européen. Le jour où nous avons invité Mme Radjavi à Strasbourg, le régime iranien a exercé d’énormes pressions sur plusieurs Premiers ministres et chefs d’Etat qui pensaient de manière erronée qu’en l’invitant dans notre Parlement, les négociations de l’UE avec l’Iran sur la question nucléaire seraient perturbées.

Au contraire, ce n’est qu’avec un fort engagement vis-à-vis de nos principes que nous serons respectés. Finalement c’est notre groupe PPE/DE (démocrate chrétien) qui a eu gain de cause en invitant la dirigeante iranienne, le 12 décembre dernier pour présenter sa solution à la problématique iranienne.

Et quelle est cette solution ?

Les soulèvements des enseignants, des étudiants et des travailleurs ont pris une ampleur considérable ces derniers mois. Le pouvoir ne peut plus cacher la volonté de changement des Iraniens. Il existe une troisième voie autre que la guerre et la complaisance ; il faut une solution iranienne à l’Iran : c’est le changement démocratique par les Iraniens et par l’opposition démocratique.

Nous savons combien la suggestion comme quoi l’occident devrait faire appel à des Iraniens anonymes et sans visage, des membres de la société civile et des ONG, est invraisemblable parce que dans un environnement répressif, aucune communication de ce genre ne peut être établie en raison de la peur ressentie par les citoyens envers les représailles que le régime exerce contre toute opposition interne. De plus, il y a toujours le risque de contamination par l’appareil de sécurité de l’Etat.

Par contre tous les observateurs de l’Iran, quelle que soient leurs opinions sur cette opposition, considèrent le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) et sa composante principale, l’OMPI, comme la force d’opposition la plus organisée et la plus active. C’est sur elle qui faut s’appuyer. Les réseaux intérieurs de ce mouvement, ont joué un rôle actif dans l’organisation des récents soulèvements populaires. Au PE dans le cadre de l’intergroupe des Amis d’un Iran Libre, nous nous sommes intéressés de près à ce mouvement dont nous avons étudié les activités. La Résistance iranienne réclame une démocratie laïque pour l’Iran. L’égalité des droits entre les femmes et les hommes et la liberté de culte. Elle s’oppose à la peine de mort et défend dans son programme l’investissement privé, le marché libre et l’établissement de relations égales avec tous les pays du monde.

Et le 12 décembre 2006, la Cour européenne de justice de Luxembourg a décidé du retrait du nom de l’OMPI de la liste des organisations terroristes ?

Oui, il s’agit d’un verdict historique pour la justice qui a montré que cette résistance est légitime. Mais l’exécutif de l’UE, c’est-à-dire le Conseil des ministres, n’a pas voulu appliquer cette décision juridique pour ne pas vexer ses interlocuteurs. C’est là aussi une grave erreur. Simultanément plus de 1 000 parlementaires d’Europe ont appelé au retrait du nom de l’OMPI de la liste du terrorisme. Ce retrait prouverait que l’UE colle à ses principes, qu’elle croit dans l’état de droit, et cela forcerait le régime iranien à modérer sa position répressive de la population. Maintenir sur la liste l’OMPI, qui n’est pas terroriste, encourage les véritables terroristes que sont les dirigeants actuels de l’Iran, à poursuivre leur oeuvre sinistre de propagation de la violence et de la destruction dans tout le Moyen-Orient.

Compte tenu de vos observations et des positions fermes de Nicolas Sarkozy sur l’Iran, que suggérez vous à la politique française ?

Je pense que la France sous la direction du Président Sarkozy peut jouer un rôle déterminant. Le gouvernement français peut montrer l’exemple d’une politique courageuse, c’est l’attitude que doit adopter d’ailleurs le gouvernement espagnol. Au sein du Conseil européen, il faut s’opposer au maintien du nom de l’OMPI sur la liste des organisations terroristes. Nous pensons que le temps est venu pour les gouvernements européens d’établir une relation amicale avec le peuple et l’opposition iranienne et de mettre fin aux politiques passées en rétablissant un dialogue avec le CNRI.

Cette initiative sera une garantie pour la France et les autres pays européens en Iran et dans la région après la fin de la théocratie. Ce changement est certainement en vue et aura de grand impact dans la région.

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