dimanche, janvier 29, 2023
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Le régime des mollahs est coupable d’avoir déshumanisé l’Iran – Ingrid Betancourt

CNRI – « Ce qui est terrible dans le régime des mollahs et dans leur misogynie, ce n’est pas seulement qu’ils ont détruit le concept de la femme, mais qu’ils ont tout simplement détruit le concept de la condition humaine », a déclaré Ingrid Betancourt le 9 mars à Paris.

Elle s’exprimait aux côtés de Maryam Radjavi, présidente élue de la résistance iranienne, et d’un millier de personnalités, de parlementaires et de femmes venues de 40 pays du monde en solidarité aux femmes iraniennes et aux femmes de Liberty et d’Achraf.

Voici les points forts de l’intervention d’Ingrid Betancourt :

Pourquoi sommes-nous ici aujourd’hui ? Parce que nous sommes du bon côté. Parce que dans la célébration de la journée du concept de la femme, nous avons pris sur nous de nous rassembler pour dénoncer ce que nous ne pouvons plus accepter.

Dans le monde d’aujourd’hui, une des façons de tester la valeur d’une démocratie, c’est de voir comment les femmes sont traitées dans un système politique. Et aujourd’hui, il nous faut dénoncer un régime tyrannique, despote, dictatorial, mais surtout et avant tout un régime misogyne.

Pourquoi est-ce qu’un groupe d’hommes se sont érigés au sein d’un peuple pour faire instaurer des lois qui font de la femme un ennemi public, un ennemi social ? Pourquoi est-ce que des hommes ont pris le pouvoir pour faire de la femme une citoyenne de seconde zone ? Pourquoi est-ce que dans le régime des mollahs, les femmes sont devenues des parias ?

 

La réponse, pour celles qui ont fait un peu de politique, est simple et terrible. Ceux qui suivent les enseignements de Machiavel savent qu’il faut diviser pour régner. Et les mollahs ont construit leur pouvoir dans une société qu’ils ont mortellement, fondamentalement divisée. Ils ont passé des lois qui nous font honte. Ils ont passé des lois dans lesquelles les femmes sont devenues des choses, des objets de consommation, de tractation, de transaction. Qu’est-ce que cela veut dire un régime religieux, fondé sur le concept de Dieu qui veut faire de la femme son ennemi ? Le Dieu de l’islam, comme le Dieu des chrétiens, comme le Dieu universel, est un Dieu qui n’a pas de genre, qui n’est pas un Dieu mâle ou femelle. C’est un Dieu au-dessus des genres.

Mais si nous avons des hommes qui ont construit leur pouvoir en déformant l’image de Dieu pour pouvoir asservir la femme, il faut comprendre qu’ils ont construit un système qui ne peut que faire honte à ce Dieu qu’ils disent proclamer. Parce que, voyez-vous, ce qui est terrible dans le régime des mollahs et dans leur misogynie, ce n’est pas seulement qu’ils ont détruit le concept de la femme, mais qu’ils ont tout simplement détruit le concept de la condition humaine. Être humain, ce n’est pas être homme. Être humain, ce n’est pas être femme. Être humain, c’est être homme et femme.

Dans le régime des mollahs, la soif d’extermination, d’asservissement de la femme a produit un homme aliéné de lui-même et en lui-même. Ce n’est pas seulement une femme aliénée qui a été le produit de ces lois et de cette idéologie. C’est l’homme qui a été aliéné. Aliéné parce que l’homme naît du ventre d’une femme, il grandit avec ses sœurs et ses frères, il épouse une femme et il va probablement mourir en regardant pour la dernière fois un être humain qui aura un visage de femme. Voilà pourquoi le régime des mollahs est coupable d’avoir déshumanisé l’Iran, en dévoilant la soif de domination et de pouvoir, croyant que cet homme peut être l’égal de Dieu, en détruisant et en anéantissant la femme qui est à côté de lui et qui l’aime et qu’il aime. C’est cette horreur que nous devons dénoncer. C’est ce culte à l’homme qui déshumanise l’homme que nous devons dénoncer. Car il ne peut y avoir d’humanisation dans le monde que dans un monde dans lequel la femme et l’homme sont égaux dans leur condition humaine.

Comment pouvons-nous accepter, imaginer un monde dans lequel la femme n’a aucun droit, où elle n’a même pas le droit de choisir comment s’habiller ? Mais en plus, et de plus en plus, tous les droits lui étant niés, elle ne peut pas s’occuper de ses enfants puisque le droit de garde lui est nié ; elle a un enfant et elle sait qu’elle sera dépossédée de cet être qu’elle aime, auquel elle a dévoué sa vie ; elle est dépossédée de ce qui lui est le plus cher ; elle est déshumanisée, mais elle est déshumanisée aussi dans la déshumanisation de cet être qui va grandir dans un état qui va lui faire croire qu’il n’a pas le droit de parler à un égal, dans un monde narcissique, ultra masculin, dans lequel l’homme se condamne à être le Dieu triste et solitaire de lui-même, un monde dans lequel ce Narcisse a perdu le droit d’aimer quelqu’un d’autre.
Je suis émue, je suis émue parce que je pense à cette jeune femme qui est morte, tuée, assassinée, il y a un mois dans le camp Liberty sous le bombardement criminel organisé, télécommandé par les mollahs de Téhéran sur le camp Liberty où les habitants, les Achrafiens qui ont ce beau nom de cette héroïne, sont aujourd’hui emprisonnés
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Elle était, comme le sont la majorité des leaders de ce mouvement des Moudjahidine du Peuple, une femme de tous les combats. Elle avait commencé par combattre le chah d’Iran, et elle avait gagné. Mais sa victoire lui avait été raflée par le régime de Khomeiny. Et elle s’était opposée au régime de Khomeiny pour lutter pour ces valeurs, ces principes, ces idéaux. Et elle avait été faite prisonnière, et elle a été torturée pendant cinq ans dans les prisons de Khomeiny. Elle a eu la chance que n’ont pas eue des milliers d’autres femmes, de pouvoir fuir et d’aller se réfugier, cette fois-ci, en Irak. Et là, elle s’est retrouvée avec d’autres combattants comme elle, et elle a pensé qu’elle pouvait reconstruire une autre vie, reprendre ses rêves et sa lutte, à côté des siens, à côté de ces femmes extraordinaires qui, comme elle, avaient vécu et survécu la tyrannie de Khomeiny et qui, comme elle, voulaient reconstruire un Iran digne des femmes et des hommes de tout l’Iran. C’est cette femme qui est morte il y a un mois.

Et je suis émue parce que je me demande jusqu’où nous, les femmes, qui avons le droit à la parole, qui avons le droit de voyager, qui avons le droit d’aimer et de ne pas aimer, qui avons le droit de dire ce que nous pensons, nous avons été complices de ce délit contre cette jeune femme, parce que nous avons été trop silencieuses, parce que nous n’avons pas suffisamment embrassé sa lutte, parce que nous ne l’avons pas suffisamment comprise, parce que dans le monde d’aujourd’hui, notre ennemi est le mensonge et notre ennemi, ce sont les préjugés. Et que c’est face à un mur de préjugés que nous devons nous battre.

Nous sommes complices du délit d’ignorance. Un délit terrible qui est celui de croire que nous avons tous compris quand nous n’avons rien compris. Celui de croire que cette lutte des femmes d’Iran ne nous touche pas en Occident. Parce que nous, nous avons nos droits, et que c’est quand même bien bizarre des femmes qui sont de l’islam et en même temps se révoltent contre un régime islamique. Et que nous pensons que les femmes en Iran ont envie d’être voilées, qu’elles ont envie de vivre dans un monde qui les discrimine. Pourquoi ? Parce qu’elles suivent le Prophète. Et que nous croyons, nous dans notre ignorance occidentale qu’elles sont, qu’elles sont à l’aise et conformes dans ce monde que les hommes du régime d’Iran, à travers une désinformation massive, nous vendent comme le désir du peuple iranien.

Alors, oui, nous sommes complices. Nous sommes complices de ne pas vouloir regarder, de ne pas vouloir comprendre, de rester retranchées dans notre commodité, de regarder du haut de nos libertés que nous pensons si sûres, si intouchables et si inviolables, le malheur des autres.

Alors, dans cette nuit noire, terrible, douloureuse, il y a une voix, et il y a une lumière. Il y a la voix d’une femme qui parle pour toutes les femmes d’Iran qui ont été torturées et tuées. Elle parle pour toutes les femmes en Iran qui sont en prison, sous la torture. Elle parle pour toutes les femmes en Iran qui ont été violées et accuses de complicité. Elle porte toute la tristesse, toute la solitude et l’indignité de ces êtres humains souffrant en silence. Ces femmes et ces hommes, ces hommes courageux qui n’acceptent pas le traitement que le régime des mollahs imposent à leur mère, leur épouse, leurs sœurs. Ces hommes qui se battent et dénoncent un régime dont on pourrait penser qu’il les favorise. Mais ils ont compris qu’en fait il les diminue, les aliène et les déshumanise. 

Aussi cette voix, nous l’avons entendue aujourd’hui. Ce discours incroyable de Maryam Radjavi qui dévoile la profonde dignité de l’être humain, non pas en tant qu’Iranien, homme ou femme, mais en tant qu’être humain, un représentant et la voix de cette planète. Une voix de cette génération, de tous les gens du monde qui recherché la vérité, qui se battent pour la vérité et qui se battent pour ce qui vient avec la vérité, c’est-à-dire la liberté.

C’est pour l’honorer, parce que vous devez être très courageux pour vous battre pour une femme et pour parler en tant qu’homme. Vous devez être très courageuses non seulement pour parler pour vous-mêmes, votre famille, vos sœurs qui sont mortes et vos parents, mais pour parler de votre pays et pour la région, pour toutes les femmes arabes qui ont été privées de leur printemps. Nous les avons vues marcher, nous les avons vues réclamer leur liberté. ET nous voyons comment ce voile noir tombe sur elles aussi. Nous devons crier notre indignation contre ceux qui veulent priver les femmes des pays arabes de la liberté qu’elles méritent. Il est si courageux de la part de Maryam Radjavi de parler du point de vue d’une femme en islam dénonçant le fait que l’islam est déformé pour server illégalement les intérêts d’un groupe d’hommes qui déguisent leur soif de discrimination et de pouvoir sous le nom de dieu. Et nous n’allons pas l’accepter. Nous n’allons pas accepter que Maryam Radjavi soit seule plus longtemps sur la scène internationale. Nous serons avec vous, tout le temps, jusqu’au jour de la libération de l’Iran.

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