vendredi, décembre 2, 2022
AccueilActualitésActualités: Iran RésistanceLe monologue de l'Occident avec Téhéran

Le monologue de l’Occident avec Téhéran

Par Ali Safavi *

Huffingtonpost, 1 janvier – Alors que les puissances occidentales et le régime iranien prévoient de se réunir en janvier pour de nouvelles négociations, les décideurs politiques à Washington s’évertuent à discuter sur ce que est censé ressortir de la stratégie de rapprochement de la Maison Blanche, tant la politique de rapprochement et les sanctions non-exhaustive sur le programme nucléaire iranien, se sont avérées un échec jusqu’à présent. Le temps s’écoule rapidement et les options s’amenuisent.

Pour éviter de voir le principal soutien étatique du terrorisme s’équiper de l’arme la plus meurtrière au monde, pour être ensuite livrée à des terroristes ciblant l’Occident, Washington et ses alliés feraient mieux d’agir rapidement en rectifiant les erreurs passées et en se rangeant aux côtés du peuple iranien pour un changement démocratique dans leur pays.

Qualifier le niveau actuel de l’approche de l’Occident vis-à-vis de l’Iran comme un «dialogue» serait un terme impropre. Il serait préférable de qualifier l’initiative par le terme de «monologue» pour reprendre la formule de Maryam Radjavi, la Présidente-élue du parlement en exil, le Conseil national de la Résistance iranienne.

Cela s’est très clairement illustré lorsque la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a tenté sa chance, non pas une mais trois fois, lors d’une conférence à Bahreïn le mois dernier pour aller faire un salut amical au ministre iranien des affaires étrangères, Manouchehr Mottaki.  Elle a honteusement été snobée aux trois tentatives. Fait révélateur: Mottaki a été lui-même limogé quelques semaines plus tard, apparemment pour ne pas avoir été assez radical !

Après des années de négociations et de sanctions, le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) affirme que Téhéran continue à enrichir de l’uranium au mépris des résolutions de l’ONU. Pendant ce temps, les responsables du régime continuent de souligner que les pourparlers en janvier ne concerneront pas leur «droit» de produire de l’uranium enrichi. De quoi sera-t-il donc question?

Les sanctions, d’ailleurs, sont au mieux une source externe de pression, devant être complétée par les forces à l’intérieur du pays afin de produire un impact rapide et douloureux sur les projets des mollahs.

Que faut-il donc faire?

Au lieu de poursuivre la même politique de rapprochement manquée, et pour éviter une action militaire, les États-Unis devraient se focaliser sur les forces démocratiques déjà engagées dans la réalisation d’un changement profond de régime en Iran. Le premier avantage de cette approche est qu’elle est sous-tendue par la cohérence et la force des idéaux et des valeurs de l’Amérique, tels que les droits de l’homme et la démocratie. Un régime démocratique en Iran est la réponse stratégique appropriée à long terme.

L’étape la plus importante dans cette direction serait pour les États-Unis de retirer les obstacles du chemin du principal mouvement d’opposition, les Moudjahidine du peuple d’Iran(OMPI).

Comme d’innombrables responsables et rapports de presse l’ont affirmé, l’OMPI a été placée sur la liste du terrorisme en 1997 par le Département d’État, comme un «geste de bonne volonté» vis-à-vis de ce qui était alors perçu comme un courant «modéré» dans les cercles dirigeants de Téhéran. Cette notion s’est avérée être un mythe, mais les restrictions sur les ennemis jurés des mollahs sont restées intactes.

Les dissidents en Iran sont régulièrement emprisonnés, torturés et même tués par le régime sous prétexte de l’étiquette de « terroriste ». En décembre un prisonnier politique de 63 ans, Ali Saremi, a été cruellement exécuté à la prison d’Evine pour avoir rendu visite à son fils dans le camp d’Achraf, en Irak, qui abrite 3.400 membres de l’OMPI, dont beaucoup ont survécu à la répression de Téhéran avant de trouver refuge dans ce camp.

En Irak, les résidents d’Achraf font face aux mêmes types de menaces par les agents du régime, qui s’appuient essentiellement sur l’étiquette de terroriste pour justifier leurs actes odieux. En décembre, un patient atteint de cancer, Mehdi Fathi, est mort inutilement parce que les forces irakiennes qui agissent aux ordres du régime iranien, lui ont refusé les soins nécessaires.

Les États-Unis devraient cesser immédiatement d’enchaîner l’OMPI, afin de dissiper la perception selon laquelle ils se comportent en complices involontaires des mollahs dans de tels crimes.

Récemment, certains officiels de l’administration Bush ont admis que le gouvernement avait fait une terrible erreur en maintenant l’OMPI sur la liste noire. Lors d’un discours à Paris, Frances Townsend, ex-conseillère à la Maison Blanche pour la Sécurité intérieure et la lutte anti-terroriste, a qualifié cette décision de «jugement erroné», ajoutant: «Je sais que nous avons eu tort de ne pas radier l’OMPI, en raison de la réaction de l’Iran … Le régime tyrannique en Iran estime que le manquement de radier l’OMPI a été un signe de faiblesse de notre part et non pas de puissance.»

Lors d’un symposium le 17 décembre à Washington, l’ancien Secrétaire à la Sécurité intérieure, Tom Ridge, avait exprimé le même sentiment concernant la classification terroriste du principal mouvement d’opposition iranien: «Si l’objectif était d’améliorer le dialogue et de solliciter une réponse différente du gouvernement iranien, cela n’a pas très bien fonctionné. »

En observant le comportement de l’OMPI, qui contredit profondément sont étiquette terroriste, l’ancien ministre de la Justice américain, Michael Mukasey, a demandé au Département d’Etat: « Si l’OMPI a renoncé à la violence, comme elle l’a fait, ne présente aucune menace pour aucun personnel ni intérêt américain, a été d’une aide positive pour les États-Unis, comme elle l’a été, n’est pas considérée comme une organisation terroriste au Royaume-Uni ou dans l’UE, alors pourquoi a-t-elle été inscrite sur la liste et pourquoi y est-elle maintenue? »

Le consensus croissant sur la nécessité de radier l’OMPI est bipartite. Une résolution à la Chambre des Représentant, H.Res.1431, a recueilli 113 signatures, 70 d’entre elles sont démocrates. Le Président de la Sous-commission sur le terrorisme, la non-prolifération et le commerce, Brad Sherman (D-CA), a déclaré lors d’un briefing du Congrès en décembre: «J’ai du mal à comprendre ce que l’OMPI a fait, que ce soit dans un passé éloigné ou dans un temps récent, pour être sur cette liste. Je sais qu’il n’existe pas d’entité plus crainte, plus détestée par les mollahs qui dirigent l’Iran que l’OMPI, ce qui est peut-être le plus beau compliment qui peut être fait à cette organisation. »

En juillet, la Cour d’Appel fédérale des USA a fortement suggéré que la désignation de l’OMPI devrait être révoquée parce qu’elle repose sur des preuves non fiables et des rumeurs et qu’elle a violé les droits du mouvement à une procédure régulière. Ceci, avec un soutien écrasant au Congrès pour la radiation, ainsi que l’aveux par de hauts responsables de l’administration Bush affirmant avoir fait preuve de mauvais jugement en maintenant l’OMPI sur la liste du terrorisme, donne à la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton l’argument juridique, morale et politique, ainsi que la responsabilité pour radier l’OMPI de la liste du terrorisme.

Réhabiliter la principale force de l’opposition iranienne va indubitablement encourager la dissidence contre le régime en Iran, permettra à l’opposition démocratique d’exprimer plus librement ses points de vue aux États-Unis, et écarter l’un des prétextes du régime pour exécuter les prisonniers politiques et les sympathisants de l’OMPI, tout en favorisant les résidents du camp d’Achraf en Irak pour obtenir un avenir plus sûr. Plus important encore, la radiation permettrait à l’OMPI de consacrer ses moyens politiques et sociaux ainsi que ses ressources, utilisées principalement pour contester sa désignation durant les 13 dernières années, en vue de promouvoir un changement en Iran.

En outre, les membres de l’OMPI au camp d’Achraf doivent être protégés par les forces américaines et l’ONU pour éviter une nouvelle catastrophe humanitaire.

Reprenant les termes de l’ancien ministre de la justice Mukasey, « Il faut tout simplement reconnaître que l’OMPI est la seule organisation des Iraniens, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Iran, qui s’oppose au régime actuel et favorise un gouvernement organisé comme une république démocratique, laïque et une non-nucléaire. » Elle mérite d’avoir ses droits respectés.

L’Occident va capter l’attention du régime, même lors des discussions, une fois que qu’il aura été donné assez de marge de manœuvre au peuple iranien pour intensifier l’opposition et faire en sorte que la perspective d’un changement démocratique soit plus visible que jamais en Iran. C’est ainsi que les États-Unis peuvent éviter un autre conflit militaire et faire du monologue un dialogue.

Mais le plus important, c’est comment le foyer des menaces du régime cédera la place à une société libre et plus pacifique en Iran et au Moyen-Orient.

Ali Safavi membre du Parlement iranien en exil;

Président de la Near East Policy Research

 

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe