mardi, février 7, 2023
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La gestapo iranienne n’a pas pu arrêter le soulèvement populaire

La gestapo iranienne n’a pas pu arrêter le soulèvement populaire

Par Struan Stevenson

Le 1er février (UPI) – Les mollahs qui sont au pouvoir en Iran suivent la politique du Guide suprême religieux, ou pouvoir théocratique absolue, qui leur permet de justifier chaque atrocité, chaque torture médiévale, chaque exécution publique, chaque acte de terreur, comme étant la « volonté de Dieu. »

Le 28 décembre, les citoyens désenchantés de l’Iran ont finalement indiqué qu’ils en avaient assez. Le soulèvement qui a commencé dans la ville sainte de Machhad a été initialement déclenché par des manifestations contre la cherté de la vie, la hausse du chômage et l’augmentation de la pauvreté. Cela a rapidement dégénéré en un affrontement furieux avec le gouvernement, se propageant comme une traînée de poudre dans la capitale Téhéran et dans 142 villes à travers le pays.

L’Iran est le pays le plus répressif du Moyen-Orient. Il exécute plus de personnes par habitant que n’importe quel autre pays au monde. Plus de la moitié de la population de 80 millions d’habitants est âgée de moins de 30 ans. Environ un quart de la jeunesse est sans emploi. L’Iran est l’un des pays les plus pro-occidentaux au Moyen-Orient, pourtant il est dirigé par une bande de vieux mollahs barbus et extrêmement corrompus qui ont siphonné les riches ressources pétrolières du pays pour construire leurs propres modes de vies somptueux et financer leur politique d’expansionnisme réactionnaire agressive.

C’était la rage contre cette dictature théocratique corrompue et répressive qui a fait descendre des millions d’Iraniens dans la rue au cours des cinq dernières semaines. Dans ce contexte, les manifestations étaient nettement différentes de la crise de 2009. A l’époque, la cause était la désillusion et l’incrédulité face à la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad, avec une vague de soutien pour le soi-disant Mouvement vert et son dirigeant Mir-Hossein Mousavi, un des candidats malheureux. Les médias Occidentaux, comme à leur habitude, ont qualifié Mousavi de modéré et de réformateur, ignorant le fait qu’il a occupé le poste de Premier ministre de 1981 à 1989, une période au cours de laquelle il a supervisé le massacre de plus de 30 000 prisonniers politiques à l’été 1988, dans l’une des pires atrocités commises depuis la Seconde Guerre mondiale, un crime contre l’humanité au sujet duquel les Nations Unies enquêtent activement actuellement.

En ciblant explicitement le Guide Suprême et le président Hassan Rohani, les manifestants en colère, principalement des jeunes, à travers le récent soulèvement demandaient le renversement de tout le régime théocratique. Evidemment, les mollahs ont réagi de leur façon traditionnelle, en envoyant la gestapo du régime, les Gardiens de la révolution (pasdaran) qui sont allés tuer des dizaines de personnes dans les rues et ont arrêté plus de 8.000 manifestants, dont 10 ont été torturés à mort en prison. Mais la violente répression n’a servi qu’à renfoncer l’aversion populaire contre le régime et à raffermir la détermination de la population pour son renversement final.

Je ne vois pas comment le régime théocratique actuel pourrait survivre. Des millions d’Iraniens vivent actuellement dans la pauvreté. Il y a une inflation croissante et un chômage massif, en particulier chez les jeunes. Pourtant, Téhéran continue de verser des milliards pour soutenir Bachar el-Assad en Syrie, les violentes milices chiites en Irak, les impitoyables rebelles houtites au Yémen et le Hezbollah au Liban. Le peuple iranien n’est plus disposé à voir les mollahs piller leur richesse nationale et transformer l’Iran en un état paria. Le dernier soulèvement a révélé l’émergence d’une nouvelle force pleine de courage au cœur des villes iraniennes qui souffrent depuis longtemps ; une nouvelle force, prête à se battre pour ses droits et à se battre pour la liberté et l’égalité. Cette nouvelle force possède, je crois, la capacité de renverser les mollahs fascistes.

Actuellement, suite au récent soulèvement, les mollahs ont décidé d’accuser le principal mouvement d’opposition démocratique, l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI ou MEK). Dans son discours du 9 janvier, l’Ayatollah Khamenei a déclaré : « Ces incidents ont été organisés. L’OMPI s’est préparée pour cela depuis des mois et ses médias ont exhorté à cela. » Donc le mouvement d’opposition, jadis qualifié de groupuscule insignifiant par les mollahs, a soudainement été catapulté à la tête des agitateurs derrière le soulèvement. Selon l’agence de presse AFP, Rohani a même téléphoné au président français, Emmanuel Macron, le 3 janvier, lui demandant de prendre des mesures contre l’OMPI qui a son siège à Paris et contre son leader Maryam Radjavi. Macron a rejeté la requête de Rohani.

Le fait que le régime ait ouvertement accusé l’OMPI d’avoir joué un rôle dans le soulèvement, il a exposé sa reconnaissance du fait qu’il y a une résistance organisée et une alternative à la théocratie au pouvoir. Et les Iraniens savent qu’ils ne sont plus seuls dans leur quête pour un changement. Aux États-Unis, républicains et démocrates ont enfin reconnu le régime des mollahs comme le parrain du terrorisme. Il est temps que le gouvernement du Royaume-Uni et l’UE fassent de même. Alors que les arrestations et la violente répression se poursuivent, la communauté internationale ne doit pas rester silencieuse. Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit adopter des mesures punitives contre le régime. Ils doivent tenir responsables les auteurs du massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988, dont la plupart étaient des partisans de l’OMPI. Beaucoup de ces meurtriers sont toujours à des postes de pouvoir en Iran aujourd’hui.

La communauté internationale doit exiger la libération des milliers de manifestants arrêtés lors du récent soulèvement et lancer de vigoureux avertissements contre toute torture ou exécution de ces prisonniers. Ils doivent exiger la restauration d’un accès complet et sans restriction à Internet pour le peuple iranien et, surtout, ils doivent exprimer leur solidarité avec le peuple iranien dans sa tentative de changement démocratique.

Struan Stevenson est président de l’Association Européenne pour la Liberté en Irak. Il a été membre du Parlement européen représentant l’Écosse (1999-2014), président de la délégation du Parlement pour les relations avec l’Irak (2009-14) et président de l’Intergroupe Amis d’un Iran libre (2004-14). Il est un conférencier international spécialiste du Moyen-Orient.