
La dictature cléricale traverse actuellement une profonde crise interne, dirigeant une société extrêmement volatile tout en gérant simultanément des conflits régionaux en pleine escalade. Cependant, derrière la rhétorique enflammée dirigée contre les adversaires extérieurs se cache une stratégie intérieure plus immédiate : instrumentaliser l’état de guerre actuel afin d’accélérer une répression brutale de la société civile. En assimilant la dissidence populaire à l’espionnage étranger, l’establishment au pouvoir réduit au silence une population de plus en plus agitée, une campagne involontairement facilitée par les vestiges de l’ancien régime monarchique iranien, dont la rhétorique fournit à l’État précisément le prétexte qu’il recherche pour légitimer ses actions.
Afin de faire face aux défis internes, l’appareil d’État a lancé une vaste vague de répression intérieure sous couvert de sécurité en temps de guerre. Le 8 juin 2026, l’Agence de presse Mizan, organe officiel du pouvoir judiciaire iranien, a publié les déclarations du porte-parole du pouvoir judiciaire, Asghar Jahangir, détaillant un vaste nouveau dispositif sécuritaire. Jahangir a annoncé la mise en œuvre rapide d’un plan de « Défense sociale », une initiative officiellement destinée à protéger la nation contre les stratégies ennemies mais qui, dans la pratique, criminalise un large éventail de comportements civils. Lors d’une allocution publique, Jahangir a explicitement déclaré que 3 121 personnes avaient été poursuivies en tant que « traîtres à la patrie » et « mercenaires », dont 2 406 avaient déjà été arrêtées et placées en détention. Le pouvoir judiciaire justifie ces arrestations massives en les reliant directement au conflit régional, le porte-parole affirmant que les citoyens sont poursuivis pour des actes relevant des domaines « sécuritaire, économique, militaire et financier », ou simplement pour la possession de dispositifs d’Internet par satellite prétendument utilisés pour aider l’ennemi.
Nulle part cette exploitation du récit de guerre n’est plus évidente que dans le système d’enseignement supérieur du pays. Un vaste rapport de terrain publié le 7 juin 2026 par le quotidien national Tosee Irani a révélé une détérioration rapide et une sécurisation accrue de l’environnement universitaire dans les principales institutions académiques à la suite d’une fermeture des campus ayant duré cinq mois. Les commissions disciplinaires contournent systématiquement les procédures juridiques normales afin de procéder à des purges massives du corps étudiant, utilisant explicitement le conflit régional lors des audiences disciplinaires.
Selon le rapport, les étudiants convoqués devant ces commissions sont soumis à des interrogatoires de type inquisitorial portant sur leur patriotisme. Dans un cas documenté à l’Université de technologie Sharif, les enquêteurs ont demandé à un étudiant : « À quel point pensez-vous partager le sang des martyrs de cette guerre ? » et l’ont directement accusé en déclarant : « Vous êtes complice du sang de ceux qui ont été tués à Minab ». Ces accusations calculées visent à transformer des étudiants participant à des manifestations pacifiques sur les campus en adversaires militaires de l’État.
Bien que la répression de l’État soit fondamentalement motivée par son propre instinct de survie, sa machine de propagande a reçu une arme puissante de la part d’acteurs situés hors du pays. En particulier, Reza Pahlavi, fils de l’ancien dictateur iranien, a, par son positionnement public et son soutien perçu aux frappes militaires étrangères sur le territoire iranien, fourni aux dirigeants cléricaux un prétexte dont ils avaient désespérément besoin pour intensifier la répression intérieure. En présentant la lutte contre le régime comme une cause nécessitant la puissance aérienne étrangère et une intervention militaire extérieure, Pahlavi a permis aux appareils sécuritaires de l’État d’assimiler aisément les mouvements démocratiques authentiques et populaires à des opérations d’espionnage au profit de puissances étrangères.
En mettant délibérément en avant Reza Pahlavi et, plus particulièrement, ses appels bellicistes, le régime iranien cherche à créer la fausse impression que l’ensemble de l’opposition est favorable à la guerre, fournissant ainsi à l’État le récit parfait pour qualifier les étudiants militants, les travailleurs en grève et les simples manifestants de cinquième colonne plutôt que de citoyens réclamant des droits civiques.
Cette rhétorique n’affaiblit pas l’appareil répressif ; au contraire, elle lui fournit le récit de trahison nécessaire pour exécuter, emprisonner et expulser les dissidents sous la couverture incontestable de la défense nationale. Le peuple iranien se retrouve ainsi pris dans un étau douloureux, luttant contre un État tyrannique qui considère ses propres citoyens comme l’ennemi, tandis que des récits politiques extérieurs sapent activement la légitimité de leur lutte indépendante pour une société démocratique.

