lundi, novembre 28, 2022
AccueilActualitésActualités: Droits humainsLa détérioration flagrante de la situation des droits de l'homme en Iran...

La détérioration flagrante de la situation des droits de l’homme en Iran (interview)

pascal Décaillet, Radio CitéRadio Cité Genève, 16 février – Interview de Behzad Naziri, du Conseil national de la Résistance iranienne, par Pascal Décaillet à l’émission « le 7-8 » de Radio Cité

Pascal Décaillet : M. Naziri, vous êtes membre de la commission des Aaffaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne. Hier l’Iran était sous la loupe du Conseil des droits de l’homme qui n’a pas été très tendre. Parlez-nous de ce moment d’hier lorsque l’Iran est jugé par les Nations Unies.

Behzad Naziri : C’était un prélude à un tribunal international qu’on pourrait attendre pour que les véritables bourreaux des Iraniens soient jugés un jour devant la communauté internationale. Mais ici c’était d’abord une mise en scène montée par le régime iranien pour montrer que tout allait bien en Iran et qui avait envoyé une forte délégation. Les pays représentatifs de la communauté internationale et pas seulement les pays occidentaux se sont insurgés. Même s’il n’avait que deux minutes de parole chacun, ils ont avant tout relevé la réalité du terrain, c’est-à-dire la détérioration flagrante de la situation des droits de l’homme en Iran depuis ces huit derniers mois, c’est-à-dire depuis le soulèvement populaire, qui a commencé en Iran en juin dernier et qui continue toujours.

Decaillet : alors il y a huit mois de manifestation que ce soit à Téhéran ou dans d’autres endroits. Il y a la répression et il y a même des condamnations à mort et des exécutions.

Naziri : Exactement. Il y a des condamnations à mort et particulièrement, ce qu’il est intéressant de noter, c’est qu’actuellement les autorités accusent les manifestants d’être Mohareb. Alors qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire « en guerre contre Dieu ». C’est dune sinistre mémoire pour les Iraniens, parce qu’avec ce mot de Mohareb, en guerre contre Dieu, Khomeiny dans une fatwa avait condamné 30.000 prisonniers politiques en 1988. C’était un massacre de prisonniers dont la plupart étaient des Moudjahidine du peuple d’Iran. Aujourd’hui, les mêmes autorités qui étaient des décideurs de ce massacre sont promues à des postes clé dans l’appareil judiciaire du régime iranien. Ce sont les mêmes qui sont en train d’accuser les manifestants iraniens d’être des Mohareb.

Décaillet : Donc on ressort les thèmes de la grande répression d’il y a vingt ans, c’était à la fin de la décennie des années 1980, il y avait encore la guerre Iran Irak à ce moment là. Au fond la répression, selon vous, se durcit actuellement.

Naziri : Elle se durcit parce que, non seulement on ressort ces mots sinistres, mais en plus ils sont entrés dans la législation iranienne, c’est-à-dire dans le code pénal.  Dans la législation vous avez que toute personne appartenant à un groupe qui veut le renversement de cette dictature religieuse est passible de la peine de mort, même s’il a jeté une pierre dans la rue, même s’il a participé à une manifestation.

Décaillet : Alors selon vous ce régime, M. Ahmadinejad, l’équipe autour de lui, ses 12 vice-présidents, et puis le régime et le système judiciaire, va-t-il pouvoir se maintenir ? Est-ce que la force des manifestants est assez puissante pour le submerger aujourd’hui ?

Naziri : On voit plus que jamais à travers cet élan du soulèvement populaire qui ne s’est pas arrêté malgré les nombreuses analyses qu’on a connu au début, que les Iraniens ne veulent plus d’une dictature religieuse. Que ce régime par nature, viole les droits de l’homme, par sa constitution, par ses lois. C’est un régime anachronique.

Decaillet : Mais ce régime va-t-il tomber par la force, la même force par laquelle il s’est imposé en 1979 face au chah, ou va-t-il peut-être tomber par une forme de réforme intérieure ? Vous n’y croyez pas ?

Naziri : Je crois qu’on a eu assez d’expérience depuis la mort de Khomeiny, qu’une vipère ne peut accoucher d’une colombe. C’était l’illusion des pays occidentaux, c’est une illusion perdue aujourd’hui, parce qu’on a vu avec Rafsandjani et Khatami que rien ne s’est passé. Que le fruit, le résultat, c’était Ahmadinejad. Aujourd’hui la population dit très clairement « Mort à Khamenei », « Mort à la tutelle du guide suprême », parce que c’est un régime du guide suprême, un grand ayatollah qui a le dernier mot. C’est la force populaire et la résistance organisée qui est capable de mettre fin à ce régime, si la communauté internationale, et particulièrement les pays occidentaux, adoptait une politique ferme vis-à-vis de ce régime.

Décaillet : Mais en réalité, et c’est là que le bât blesse pour l’opposition iranienne dont vous êtes membre, vous êtes membres du Conseil national de la Résistance iranienne, au fond l’Iran ce sont de grands diplomates, ils jouent bien des divisions, même avec les Etats-Unis leur grand ennemi à cause de la question nucléaire. Ils arrivent parfois quand même à passer des accords.

Naziri : C’est vrai qu’ils ont tenté de jouer entre l’Europe et les Etats-Unis. Mais on a vu que la main tendue de M. Obama n’a jamais été saisie jusqu’à fin décembre qui était le délai déterminé. Autrement dit, une politique de complaisance ne marche pas avec ce régime.

Décaillet : Il faut la force !

Naziri : il faut avant tout une politique de fermeté. Il faut des sanctions. Il faut suspendre les relations diplomatiques, commerciales les subordonner à la fin de la répression. La répression qui se manifeste par les exécutions dont vous venez de parler, par la torture qui continue dans les prisons. Il ne faut pas continuer cette politique de négociation pour négociation, qui n’a rien donné jusqu’à présent, et je peux vous dire, en l’occurrence pour la Suisse aussi, que les Iraniens n’ont pas été contents de la politique qui a été menée, particulièrement à l’égard du gouvernement d’Ahmadinejad.

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe