mardi, novembre 29, 2022
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La défaite stratégique de Téhéran en Irak

Alireza JaffarzadehPar Alireza Jafarzadeh *

The Huffington Post, 6 avril – Les élections législatives du 7 mars ont ouvert une nouvelle ère pour l'Irak, écartant le Premier ministre sortant, Nouri Maliki et les autorités liées à l'Iran, tout en ouvrant la voie à une nouvelle liste de politiciens qui espèrent pouvoir effacer les graves divisions. Mais comme l’a dit un responsable militaire américain en Irak au Washington Post, M. Maliki et ses alliés « n'ont pas l'intention de renoncer à leur régime », quelque chose qui pourrait menacer les gains postélectoraux durement gagnés pour le progrès et la stabilité et porter préjudice au calendrier du retrait des troupes américaines.

« Ce sont des gens qui étaient exilés et qui sont arrivés au pouvoir du jour au lendemain parce que nous les avons amenés au pouvoir », a dit l’officiel. « Maintenant, ils vont perdre leur mainmise relative sur le pouvoir avec ces élections », ce qui explique la réaction enragée du bloc de Maliki à sa défaite.

Avec la coalition Irakiya déclarée gagnante du scrutin du 7 mars, des négociations ardues sont en cours pour former un nouveau gouvernement. Le triomphe de la liste multiconfessionnelle et nationaliste Irakiya, dirigée par l'ancien Premier ministre Iyad Allaoui, représente une grave menace pour le programme ambitieux du régime en Iran.

M. Allaoui et ses alliés ont réussi à gagner le plus de voix pour surmonter les monumentaux obstacles politiques de sécurité et neutraliser les complots de l'Iran, tout en affichant une force et une résistance surprenante. Téhéran va sans aucun doute intensifier son ingérence, déjà étendue, dans le but de voler aux Irakiens leur choix électoraux et mettre en place un gouvernement de substitution à Bagdad.

Pourtant, quel que soit le bloc politique qui finira par former le prochain gouvernement, le régime iranien et ses alliés irakiens ont reçu un coup stratégique alors que l'Irak fait de petits pas fragiles vers une démocratie pluraliste. Les médias officiels iraniens se lamentent sur l’ «occasion manquée», et lancent une campagne de désinformation visant à ternir la performance électorale historique des forces politiques nationalistes et non-confessionnelles.

La défaite des groupes chiites pro-Téhéran ne signale en aucun cas la montée d’une politique sectaire et d'une recrudescence sunnites, comme certains le suggèrent. Loin de là, c’est une victoire définitive du nationalisme et de la laïcité – pour les chiites comme les sunnites.

Le bloc Irakiya est composée de chiites et sunnites, et a présenté un programme anti-confessionnel qui a reçu un accueil positif de la part des Irakiens de tous bords. Comprenant d'où le vent soufflait, le bloc de l’Etat de droit de Maliki a tenté sans succès de se présenter comme une alternative nationaliste, prêt à changer sa politique sectaire, favorable à Téhéran durant ces quatre dernières années.

En coulisses, cependant, Maliki a tout tenté pour satisfaire Téhéran, et ses émissaires ont fait des allers-retours constants entre les deux capitales. À la demande de Téhéran, par exemple, il a imposé un blocus à la Cité d'Achraf, qui abrite plusieurs milliers d’opposants iraniens, membres du principal mouvement d’opposition les Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI / MEK). En juillet cela a culminé dans une attaque meurtrière contre ce camp non armé, causant la mort de onze personnes et en blessant 500.

Le poids d’Al-Maliki comme premier ministre lui a aussi donné l'occasion inégalée de courtiser les groupes influents grâce à des incitations politiques et économiques.

A la fin, toutefois, ses liens avec Téhéran étaient trop nombreux pour être éclipsés par un intérêt nouvellement découvert pour un programme nationaliste et laïc. Il a sous-estimé combien Téhéran et ses agents, après des années de crimes et d’'ingérence, sont détestés par le peuple irakien.

La désillusion avec les blocs dominants chiites qui agissent effectivement comme clients de Téhéran était flagrante, surtout dans les quartiers chiites. L'augmentation estimée de 60% des électeurs sunnites et le déclin de près de 18% de la participation globale, dénote d’une chute en flèche de la participation chiite.

Le corps des pasdarans iranien et son bras extraterritorial, la Force Qods, ont mobilisé toutes leurs ressources financières, politiques et de sécurité pour détourner les élections du 7 mars. Ils ont déversé des dizaines de millions de dollars par mois dans le pays, assassiné des Irakiens laïcs et utilisé la Commission de justice et de responsabilisation, pour exclure des centaines de politiciens inflexibles des élections.

David Ignatius du Washington Post a rapporté que selon un document de renseignement déclassé, « L'Iran soutient les efforts de débaasification élaborés par Ahmed Chalabi dans le but d'éliminer les obstacles potentiels à l'influence iranienne. Chalabi est également intéressée par l'aide de l'Iran pour obtenir le poste de Premier ministre. »

Finalement, le nationalisme irakien a vaincu l'ingérence de Téhéran. Néanmoins, il faut rester vigilant. Bien qu’ayant reçu un coup rude, le régime des ayatollahs n'est toujours pas prêt à perdre « l'occasion de l'Irak ». Agents et amis irakiens ont été invités à Téhéran pour coordonner les programmes mis en œuvre pour la phase postélectorale.

Un site officiel d’informations iranien, Khabar Online, a récemment écrit que « l'Iran joue un rôle important dans la détermination du prochain Premier ministre d'Irak, et toute personne occupant ce poste doit avoir une vision positive de Téhéran ».

Pendant des années, Téhéran a déclaré son intention de combler le vide lorsque les forces américaines quitteront l'Irak. Les élections du 7 mars ont été essentielles dans cette stratégie. S'appuyant sur les fondements nationaux pour tirer le tapis de dessous les pieds des ayatollahs, le peuple irakien doit refuser aux dirigeants iraniens la possibilité de plonger une fois de plus l'Irak dans un conflit sectaire. Les enjeux sont élevés et les tentatives de l'Amérique de quitter l'Irak dans la paix et la stabilité l'année prochaine en dépendent. 

* Alireza Jafarzadeh est l'auteur de « La menace iranienne : le président Ahmadinejad et la crise nucléaire à venir » (Palgrave Macmillan).

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