mercredi, février 8, 2023
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« Achraf est un cas de non assistance à personne en danger par des forces démocratiques » – Jacques Attali

CNRI – « Il faut protester en disant que nous ne sommes pas dans une situation de lieux sauvages, de lieux introuvables, d’endroits inaccessibles. Pas du tout. Achraf est un endroit où on peut vraiment considérer qu’il y a non assistance à personne en danger par des gens qui pourraient les assister.  Je suis très frappé que très souvent quelques tragédies comme ça n’ont pas la visibilité qu’elles devraient avoir. Là nous sommes vraiment dans un cas de non assistance à personne en danger par des forces démocratiques qui devraient créer les conditions de cette assistance » a déclaré Jacques Attali le 19 avril à Paris.

L’ancien conseiller du président Mitterrand et actuel président du comité pour la relance économique de la France, s’exprimait dans une conférence de presse sur l’attaque des forces irakiennes contre le camp d’Achraf. Il était entouré de Mehdi Abrichamtchi, président de la commission de la Paix du CNRI, Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH et de François Serres, directeur exécutif du Comité international de juriste en défense d’Achraf.

Voici l’intervention de Jacques Attali :

C’est la deuxième fois qu’on me demande et j’accepte avec plaisir de parler de ce problème. Le camp d’Achraf et une situation exemplaire, à la fois c’est une situation spécifique, tout à fait particulière. C’est un camp où les gens sont maltraités, martyrisé, massacrés. Dans des conditions qui ne devraient pas avoir lieu, puisqu’en principe l’Irak est devenu un pays démocratique dans lequel les droits de l’homme devraient être respectés et en plus où l’armée américaine a encore une présence forte qui devrait justifier que ce genre de choses ne se produise plus.

Donc il faut déjà protester en disant que nous ne sommes pas dans une situation de lieux sauvages, de lieux introuvables, d’endroits inaccessibles. Pas du tout. C’est un endroit qu’on peut vraiment considérer qu’il y a non assistance à personne en danger par des gens qui pourraient les assister.

Je suis très frappé que très souvent quelques tragédies comme ça n’ont pas la visibilité qu’elles devraient avoir. Là nous sommes vraiment dans un cas de non assistance à personne en danger par des forces démocratiques qui devraient créer les conditions de cette assistance.

Puis généralement, je crois que ça pose le problème du statut de ces camps et de la nature de leur protection. Ces camps ont une réalité, on en trouve dans beaucoup de pays du monde où les réfugiés se trouvent ainsi ballottés avec leur histoire. Ils ne se sont pas fondus dans les peuples qui les ont recueillis, mais sont là en attente d’une situation différente. Soit parce qu’ils ne veulent pas se fondre ou soit parce qu’on ne veut pas d’eux, ou soit parce qu’ils attendent le retour dans une situation meilleure. Il y en a beaucoup, partout à travers le monde, mais ces camps n’ont pas de statuts juridiques clairs.

Je pense qu’il est très important aujourd’hui de réfléchir dans le cadre nécessaire de l’évolution du droit international, même si ce n’est pas le droit international qui immédiatement va sauver la vie de ceux qui sont menacés aujourd’hui. C’est la première partie de ma remarque qui devrait y conduire.

Mais il est très important aujourd’hui de mobiliser tous ceux qui réfléchissent au droit international: la fédération internationale des droits de l’homme, les juristes internationaux, les tribunaux pénaux internationaux, le conseil des droits de l’homme des Nations unies à New York comme à Genève, autour de cette nécessité d’un statut des camps de réfugiés à travers le monde.

Dans des situations extrêmement différente; la situation d’Achraf n’a rien à avoir avec les camps thaïlandais, libanais, palestiniens et les camps qu’on trouve en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale, en Afrique de l’Est et même en Amérique latine et dans beaucoup d’autres endroits de la planète. Donc il y a je crois là une réflexion à mener.

On peut rêver d’une situation où ces camps auraient un statut d’extra territorialité et de protection internationale, lesquels seraient placés clairement sous le contrôle des Nations unies avec une protection au sens de l’article 37 de la charte des Nations unies qui assureraient que en cas de menace sur l’intégrité de ces camps, des interventions puissent avoir lieu de la part de la communauté internationale. Comme on a vu la communauté internationale intervenir au nom du chapitre sept pour protéger des populations, encore récemment en Libye ou en Côte d’Ivoire ou dans d’autres circonstances. Donc je pense que ce à quoi il faut réfléchir aujourd’hui, dans ce cas particulier, à une protection qui incombe clairement aux Etats-Unis, pour autant qu’ils sont encore là, et évidemment aussi à l’armée irakienne et à la police irakienne.

Et plus généralement à des réformes du statut de ces camps de façon à ce que il existe une liste de ces camps reconnus comme sous protection des Nations unies et des conventions de Genève avec la possibilité de disposer des moyens de police et militaire nécessaires.

On en est loin évidemment, mais je pense que nous allons devoir non seulement le faire pour ce cas-là, mais nous allons avoir malheureusement un grand nombre de situations de ce genre qui peuvent se multiplier à cause des énormes mouvements de population qui sont en marche, des remises en cause de régimes de dictature et de tendances très dangereuses qui se produisent sur la planète. On voit des expulsions ethniques, des expulsions idéologiques, des expulsions religieuses menacer.

Et donc cette situation qui naturellement ne peut être qu’un pis aller, car vivre dans un camp ne peut pas en aucune façon qu’être une situation provisoire. Mais c’est justement parce que cette situation était provisoire qu’on n’a rien fait pour créer un statut, en disant qu’on ne va pas créer un statut pour quelque chose de provisoire. Mais malheureusement non seulement le provisoire dure, mais même s’il ne dure pas sur les lieux, il y en a d’autres qui apparaissent et ce statut est nécessaire. Je vous remercie