jeudi, février 2, 2023
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Je souhaite une troisième série de sanctions plus fortes contre l’Iran– Nicolas Sarkozy

CNRI – Avant son départ pour New York, le président Sarkozy a accordé une interview au New York Times dont le texte a été publié en français dans le site de l’Elysée. En voici des extraits concernant l’Iran :

QUESTION – Vous avez évoqué le nom de l’Iran à propos duquel il y a beaucoup de confusion dans la politique française à ce jour. Vous avez dit, y compris hier soir, que l’Iran doté de l’arme nucléaire est inacceptable.

LE PRESIDENT – Je le confirme. Les recherches iraniennes sur le nucléaire militaire font courir au monde un grave risque. C’est inacceptable. De même qu’il est inacceptable d’avoir le nucléaire militaire pour la Libye, et le nucléaire militaire pour la Corée du Nord. L’Iran est un grand pays, les Iraniens sont un grand peuple, l’Iran est une grande civilisation, l’Iran a toute sa place à jouer. L’Iran peut accéder au nucléaire civil. L’Iran a un rôle extrêmement important dans la région. L’Iran a mieux à faire que de chercher à se doter d’une arme nucléaire. Je le dis aux dirigeants iraniens sans l’ombre d’une ambiguïté. Je suis prêt à expliquer que pour empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire, il faut renforcer les sanctions. Pour ma part, je ne prononce pas le mot guerre.

QUESTION – Mais, est-ce que vous auriez la gentillesse d’expliquer votre phrase dans le discours aux Ambassadeurs ? Vous parliez d’une alternative catastrophique entre la bombe iranienne et le bombardement de l’Iran.

LE PRESIDENT – Ça, c’est ce dont je ne veux pas, c’est ce dont ne veut pas la France. Et à l’intérieur de ces deux extrêmes, il y a la voie pour la négociation, pour les sanctions, pour la fermeté et pour la discussion. Voilà, le total ensemble. Ce n’est pas vrai qu’il n’y a aucune solution entre la soumission et la guerre. Il y a une palette de décisions que la communauté internationale doit prendre pour faire comprendre aux Iraniens qu’ils sont dans une impasse, comme on a réussi à le faire comprendre aux Coréens du Nord, comme on a réussi à le faire comprendre aux Libyens. Nous ne sommes pas condamnés aux deux extrêmes.

QUESTION – Mais la France serait-elle prête à faire usage de la force pour empêcher la République islamique d’Iran d’avoir l’arme nucléaire ?

LE PRESIDENT – Mais c’est justement une alternative que je refuse dans mon expression, soit la soumission, soit la force. C’est exactement ce que souhaitent les dirigeants iraniens. Je ne suis pas obligé de tomber dans ce piège. Entre la soumission et la guerre, il y a une palette de situations, de solutions qui existent comme le renforcement des sanctions qui finiront par produire leurs effets.

QUESTION – Concernant les sanctions, par exemple, on parle de recommandations aux sociétés comme Total ou Gaz de France de terminer leurs activités en Iran. Est-ce que••• ?

LE PRESIDENT – La France n’aura pas deux langages. La France veut dire aux Iraniens : pas d’arme nucléaire militaire et nous ne cherchons pas à négocier par sociétés interposées des contrats. Nous n’avons qu’un seul langage et partant, nous recommandons très vivement aux sociétés françaises de s’abstenir d’aller en Iran tant que les procédures de sanction ont été déterminées par la communauté internationale. Et si les sanctions ne sont pas suffisantes, je souhaite une troisième série de sanctions plus fortes, étant entendu que les sanctions ne peuvent fonctionner que s’il y a unanimité donc il faut emmener tout le monde.

QUESTION – Mais cette stratégie est vraiment différente pour la France, c’est une rupture avec la politique de principe de la France qui a hésité d’imposer des sanctions ou même de réfléchir à des sanctions en dehors du contexte de l’ONU.

LE PRESIDENT – Je préfère les sanctions de l’ONU, mais la troisième série de sanctions, elle sera votée, je l’espère par l’ONU. Mais que la Communauté européenne adopte elle-même des sanctions, ce n’est pas de l’unilatéralisme, c’est une décision internationale, multilatérale, donc elle me va.

QUESTION – Mais cette stratégie politique est différente ?

LE PRESIDENT – Vous savez, je ne fais pas l’exégèse de ce qui se faisait avant, j’essaye d’être cohérent dans ce qui se fait maintenant. Voilà. La position de la France, elle est là : pas d’arme nucléaire pour l’Iran, l’arsenal des sanctions pour les convaincre, la négociation, la discussion, la fermeté et je ne veux pas entendre parler d’autre chose qui n’apporterait rien à la discussion aujourd’hui.

QUESTION – Mais, pouvez-vous nous expliquer précisément, quelles sont vos propositions pour augmenter la pression économique et financière sur l’Iran, parce que l’on parle d’un mécanisme de sanctions au niveau européen, soit de l’Union européenne soit au niveau interne ?

LE PRESIDENT – Je n’ai pas à rentrer dans le détail. Ce que je veux obtenir, c’est que la société iranienne se rende compte de l’impasse où les conduit l’attitude de quelques uns de ses dirigeants. Ce que je souhaite, c’est qu’il y ait un véritable débat au sein de la société civile et politique iranienne pour voir que l’Iran, comme tout les autres pays du monde, ne peut survivre à un isolement total. Voilà, et le plus tôt ils le comprendront, le moins longtemps, le peuple iranien qui n’y est pour rien, n’aura à subir des souffrances. Voilà. C’est une crise internationale qu’il faut gérer avec beaucoup de sang-froid, avec beaucoup de fermeté, mais avec beaucoup de réflexion. C’est ce que j’essaye de faire. En tout cas, je n’irai pas au-delà. Parce que ce n’est pas la politique de la France. Cela ne sert à rien d’évoquer d’autres alternatives. C’est parfaitement contre-productif.

QUESTION – Certains disent, que la politique de la France concernant l’Iran se rapproche de l’approche de la politique américaine en Iran. Est-il juste de dire qu’à ce stade, pour la France, comme pour les Etats-Unis, toutes les options sont sur la table ?

LE PRESIDENT – La question pour moi, sur l’Iran, n’est pas de savoir si nous sommes proches des Etats-Unis ou pas. La question est de maintenir l’unité de la communauté internationale face à l’Iran. Après je laisse aux commentateurs le soin de juger si nous sommes plus proches ou moins proches. Par ailleurs, l’expression « toutes les options sont sur la table » n’est pas la mienne et je ne la fais pas mienne. Moi, j’ai expliqué quelle était notre stratégie et je m’y tiendrai. Je suis tout à fait prêt à parler des Etats-Unis Je ne me détermine pas sur la question iranienne en fonction de la position des seuls Etats-Unis. La position des Russes, la position des Chinois, cela compte pour obtenir des sanctions. Et ne pas avoir comme alpha et oméga, la position de la France et la position des Etats-Unis.

QUESTION – Dans la version anglaise de votre livre « Témoignage », il est fait référence à l’Iran comme une nation hors-la-loi. Si tel est le cas, la doctrine de l’endiguement (containment) peut-elle s’appliquer ou le régime doit-il être remplacé ?

LE PRESIDENT – Moi, je ne dirais pas que l’Iran est une nation interdite, une nation en dehors, parce que cela voudrait dire que le peuple iranien est lui-même en dehors. Je pense que le peuple iranien est d’abord victime avant d’être coupable. Je pense que certains dirigeants iraniens se sont mis en dehors de la communauté internationale, mais pas la nation, parce que le peuple iranien, il a le droit de vivre, il a droit à la prospérité, il a le droit à la paix, il a le droit au développement.

QUESTION –, Monsieur KOUCHNER a dit qu’il aimerait bien aller à Téhéran s’il était invité, pourquoi ?

LE PRESIDENT – Je pense que les conditions d’un voyage aujourd’hui à Téhéran ne sont pas remplies. Dans les couloirs de l’ONU, on peut discuter. Un voyage à Téhéran, c’est autre chose.

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