
Le 3 février 2026, le pouvoir judiciaire iranien a convoqué la 53e session de son procès par contumace contre 104 membres de la Résistance iranienne, tout en tentant de poursuivre l’Organisation des Moudjahidines du peuple (OMPI) elle-même en tant qu’« entité juridique ». L’audience, qui s’est déroulée dans la 11e chambre du tribunal pénal n° 1 de Téhéran, a été présentée comme « publique ».
Ce qui s’est passé lors de cette session n’était pas une audience judiciaire classique. Il s’agissait d’une opération politique visant à atteindre trois objectifs : s’approprier les aspects les plus organisés et radicaux du soulèvement et les qualifier de complot criminel, afin d’effrayer les citoyens ordinaires et de les dissuader de toute résistance organisée ; intimider une société déjà en ébullition ; et rassurer une base sécuritaire ébranlée, lui signifiant que le régime peut encore persécuter ses ennemis.
L’affaire de janvier devant les tribunaux
La crainte du régime envers les Unités de résistance de l’OMPI – et la dimension organisée du soulèvement de janvier – est apparue au grand jour lorsque l’avocat des plaignants a tenté d’intégrer directement des événements récents à l’affaire.
Selon le rapport officiel, l’avocat a affirmé que des « images et des reportages datant de moins d’un mois et demi » montrent des médias affiliés à l’organisation « encourageant » des individus armés, décrits comme des « Unités de résistance », à commettre des « actes de violence » et à « provoquer des morts », les présentant « avec fierté ». Il a ensuite réclamé des « enquêtes » de sécurité supplémentaires sur le rôle de ces unités et la « poursuite » des activités de l’organisation.
Il ne s’agit pas d’une simple rhétorique de cour d’audience. C’est un signal d’alarme.
Lorsqu’un régime est sûr de lui, il relègue ses opposants au second plan. Lorsqu’il est inquiet, il les nomme et tente de criminaliser l’idée même qu’une force organisée puisse opérer sur son territoire. L’insistance du régime lui-même, lors d’une audience, sur la « continuité », l’« organisation », la « structure » et les « dernières semaines » constitue un aveu tacite que le soulèvement de janvier ne s’est pas arrêté avec la répression. Il a simplement changé de forme.
Un tribunal conçu pour semer la peur
Selon les informations officielles, le cadre était étroitement contrôlé : juge, représentant du procureur, avocats des plaignants sélectionnés et participants favorables. Mais le contenu, largement relayé par l’avocat des plaignants, ressemblait à un acte d’accusation rédigé par les services de sécurité et prononcé par un magistrat.
L’avocat des plaignants a réitéré l’argument central habituel du régime : l’organisation serait responsable de la mort de « plus de 17 000 » Iraniens et se serait même « ventée » de tels actes. Que la justice puisse ou non prouver ces allégations devant une instance crédible importe peu ici. Le régime ne cherche pas à convaincre des juges indépendants. Il cherche à qualifier de terrorisme, de trahison ou de guerre toute forme de dissidence organisée.
Le passage le plus révélateur est survenu lorsque l’avocat des plaignants a soutenu que l’affaire ne portait pas sur un épisode historique isolé, mais sur quelque chose de « continu » et d’« en chaîne » – un concept visant à s’étendre au présent et à criminaliser les réseaux actuels de résistance. Il a explicitement affirmé que les actions présumées de l’OMPI ne se limitaient pas à une décennie spécifique et que même les membres plus récents n’ayant pas participé aux opérations précédentes étaient coupables « du simple fait de leur appartenance et de leurs activités », dans ce qu’il a qualifié de continuation de ce schéma.
Pourquoi le régime rouvre-t-il ce théâtre d’opérations maintenant ?
La question n’est pas de savoir pourquoi le régime craint l’OMPI. Il l’a toujours craint. La question est de savoir pourquoi il ressuscite et prolonge ce procès dans des circonstances aussi dramatiques.
Deeply troubled by the @UN Special Rapporteur's report exposing its atrocity crimes and #genocide in the 1980s, the world's leading executioner per capita is using a sham trial in #Tehran to attack the UN. pic.twitter.com/TLSxwMB8an
— NCRI-FAC (@iran_policy) 19 septembre 2024
La réponse se trouve dans les aveux prononcés lors de cette session. Le pouvoir judiciaire reconnaît ouvertement que la frange la plus radicale du soulèvement de janvier était organisée – et c’est précisément ce qui effraie le régime. L’État peut brutaliser des foules dispersées, même importantes. Il a des décennies d’expérience en matière de passages à tabac, de fusillades, d’arrestations et de dispersion de personnes.
Dans les rues, certes. Mais une organisation dotée de réseaux, de discipline et d’une solide assise populaire – une organisation qui a survécu à des décennies de massacres et de campagnes d’extermination et qui conserve une influence internationale – ne peut être éliminée de la même manière. On ne peut la dissocier de la société, ni l’anéantir par une simple répression.
C’est pourquoi la session a tant insisté sur la hiérarchie, la structure et la « continuité ». Il ne s’agissait pas simplement de plaider la culpabilité ; il s’agissait d’adresser un message à la population : n’associez pas votre colère à la résistance organisée. L’objectif du régime est d’intimider les citoyens et de les isoler, afin que chaque protestation reste un foyer isolé qu’il peut réprimer, plutôt qu’un mouvement capable de se régénérer, de se coordonner et de prendre de l’ampleur.
En fin de compte, ce procès-spectacle s’apparente moins à une poursuite qu’à un aveu : l’aveu que le régime craint non seulement l’ampleur du soulèvement de janvier, mais aussi la force organisée qui se cache derrière ses attaques les plus violentes – et qu’il instrumentalise désormais le système judiciaire pour intimider la société et la détourner de cette force en criminalisant tout attachement à elle.

