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Le spectre de 1953 et la quête inachevée de la souveraineté iranienne

Le spectre de 1953 et la quête inachevée de la souveraineté iranienne
Des foules de rue rémunérées, recrutées par la CIA et le MI6 pour soutenir les forces du coup d’État de 1953 et aider à renverser le Premier ministre iranien, le Dr Mohammad Mossadegh.

Chaque 19 août, le spectre de 1953 plane sur l’histoire de l’Iran. Sept décennies après le coup d’État clandestin qui a renversé le Dr Mohammad Mossadegh, les commentaires occidentaux présentent souvent sa chute comme un prologue tragique aux interventions étrangères au Moyen-Orient. Pourtant, réduire l’héritage de Mossadegh à une simple mise en garde contre les ingérences de la CIA et du MI6 revient à passer à côté de la leçon politique la plus essentielle pour notre époque. Son renversement ne fut pas seulement une catastrophe historique ; ce fut une leçon profonde, illustrant à la fois la puissance d’une action politique indépendante et les vulnérabilités fatales d’une démocratie désorganisée.

Le Dr Mossadegh était une figure majeure de la vie politique du XXe siècle. Après avoir survécu à la centralisation autocratique de Reza Shah, il a manœuvré avec une habileté exceptionnelle au sein d’un parlement (le Majlis) par ailleurs dominé par des courtisans royalistes. En tant que force indépendante, il a accompli ce que les empires occidentaux jugeaient impossible : nationaliser l’industrie pétrolière iranienne et mettre fin à des décennies d’exploitation impériale britannique. Sa légitimité reposait uniquement sur le peuple iranien. Lorsqu’une première tentative pour l’évincer a éclaté en juillet 1952, ce ne sont ni des parrains étrangers ni des gardes militaires qui ont sauvé son gouvernement, mais des centaines de milliers d’Iraniens ordinaires descendus dans la rue pour défendre son mandat.

Cet attachement populaire contrastait vivement avec la situation de la dynastie Pahlavi. À maintes reprises, les Pahlavi ont révélé l’insécurité fondamentale des dirigeants autocratiques dépendants d’un soutien étranger. En 1941, Reza Shah a abdiqué discrètement et a été contraint à l’exil sur ordre des forces anglo-soviétiques. En août 1953, son fils, Mohammad Reza Shah, a paniqué et fui le pays pour se réfugier à Bagdad et à Rome dès les premiers signes d’instabilité, ne revenant qu’une fois son trône assuré par les services de renseignement étrangers. Les Pahlavi gouvernaient grâce à leurs maîtres extérieurs, tandis que Mossadegh ne servait que la nation iranienne.

Pourtant, la chute de Mossadegh fut précipitée par une trahison interne dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui : la collaboration de l’establishment religieux. Des figures religieuses clés, au premier rang desquelles l’ayatollah Abolghasem Kashani, se retournèrent contre le Premier ministre et complotèrent avec le Shah, des militaires réactionnaires et des agents des services de renseignement étrangers. Terrifiés à l’idée d’un État souverain, démocratique et laïc, les religieux préférèrent un monarque autocratique à la démocratie populaire ; ce fut une sombre alliance entre la couronne et le turban qui jeta les bases de la théocratie actuelle.

Malgré son génie stratégique, le Dr Mossadegh finit par chuter en raison d’une lacune structurelle. Il lui manquait un appareil politique organisé, discipliné et dévoué, capable de protéger les institutions de l’État lorsque les opérations clandestines, les foules à la solde du pouvoir et la subversion militaire envahirent la rue. Sans une ossature organisationnelle solide, le soutien populaire ne put résister à une campagne de violence savamment orchestrée.

C’est précisément cette leçon historique qui a façonné le mouvement moderne de la Résistance iranienne. Le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a compris que pour qu’une nation accède à une souveraineté et à une démocratie durables, les aspirations populaires doivent s’ancrer dans une structure organisationnelle intransigeante. À travers sa composante principale, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI), la Résistance a forgé le cadre discipliné qui avait fait défaut au Dr Mossadegh.

Depuis plus de six décennies, l’OMPI a enduré épreuve après épreuve : les massacres de 1988, les exécutions systématiques, les déplacements forcés — de l’Iran vers l’Irak, puis vers l’Albanie et divers autres pays tiers — ainsi que les politiques étrangères de complaisance, marquées par l’inscription sur des listes noires, la diffamation et les persécutions judiciaires. Pourtant, le mouvement n’a jamais abdiqué. Ses membres ont compris une vérité politique immuable : la souveraineté nationale ne peut être ni importée ni octroyée par la diplomatie étrangère ; elle doit être conquise grâce à l’autonomie, au sacrifice et à la volonté de payer le prix ultime.

Aujourd’hui, l’illusion qu’une intervention extérieure apporterait la liberté s’est effondrée. Le destin de l’Iran ne se jouera pas dans les capitales étrangères. Il sera déterminé par les héritiers historiques du Dr Mossadegh — cette résistance organisée qui a bâti la solidité institutionnelle nécessaire pour résister à la tyrannie et maintenir en vie un mouvement indépendant. Soixante-dix ans après 1953, la voie vers une république iranienne libre reste ouverte, portée par ceux qui ont tiré les leçons amères de l’histoire et bâti la force nécessaire pour achever le voyage.