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Le pari économique de Téhéran : le régime allume la mèche, mais c’est la rue qui décidera de l’issue.

Le pari économique de Téhéran : le régime allume la mèche, mais c'est la rue qui décidera de l'issue
Des foules de personnes, de motos et de taxis font la queue devant une station-service très fréquentée en Iran, tandis que les automobilistes attendent de faire le plein.

Le régime clérical de Téhéran approche d’un point critique où ses tactiques traditionnelles de temporisation et de subventions ne fonctionnent plus. Confronté à une conjonction sans précédent de paralysie économique, de dégradation alarmante des infrastructures et de colère populaire grandissante, le pouvoir iranien est contraint de prendre des décisions qu’il ne peut plus reporter. Si le régime conserve le pouvoir d’initier des changements économiques drastiques, comme la réduction des quotas de carburant ou l’imposition des prix du marché, il est totalement incapable de gérer les répercussions politiques qui en découleront. L’élite dirigeante peut décider du moment opportun pour appuyer sur le bouton, mais l’issue du choc à venir sera dictée non pas dans les couloirs du Parlement, mais par la rue et une opposition intérieure organisée.

Les calculs complexes à l’origine de cette impasse ont été mis en lumière lors d’une séance publique du Parlement iranien le 17 août 2026. Hamid Pourmohammadi, directeur de l’Organisation du Plan et du Budget, a révélé que le budget général avait subi un déficit catastrophique de 700 billions de tomans au cours des cinq mois précédents, auquel s’ajoutait un déficit de 260 billions de tomans au niveau des subventions ciblées. M. Pourmohammadi a explicitement averti les parlementaires qu’une « forte augmentation de la croissance économique et une pression budgétaire maximale » surviendraient entre septembre et octobre, évoquant de graves perturbations des recettes fiscales et d’exportation essentielles dans les secteurs de l’acier, de la pétrochimie et du gaz.

Cet effondrement budgétaire frappe de plein fouet une population déjà à bout de forces. S’exprimant au Parlement le 17 août, le député Ali Babaei-Karnami a cité des chiffres officiels montrant que l’inflation nationale avait atteint 90 %, tandis que plus de 3,2 millions de retraités et de fonctionnaires survivent avec des salaires mensuels compris entre 10 et 15 millions de tomans. Le même jour, les journaux d’État Tose’eh Irani et Ham-Mihan ont rapporté que le coût mensuel de la vie courante pour une famille moyenne avait atteint 90 millions de tomans, soit une hausse de 211 % des dépenses de la vie courante entre mars et juillet 2026.

Le dilemme du carburant
Nulle part ailleurs le choix imposé au régime n’est plus dangereux que dans la gestion des ressources énergétiques nationales. Le 14 août 2026, Saqeb Esfahani, directeur de l’Organisation de gestion de l’énergie, a indiqué que la consommation quotidienne d’essence avait atteint 135 millions de litres, contre une production des raffineries nationales de seulement 121 millions de litres. Face à un déficit quotidien insoutenable de 14 à 15 millions de litres, Esfahani a admis que les options du gouvernement n’étaient plus des choix politiques, mais une « contrainte inévitable ».

Cette pénurie a provoqué une paralysie politique aiguë au sein de l’appareil au pouvoir. Le 16 août, le vice-président Mohammad-Reza Aref a présenté la hausse des prix des carburants comme une « réalité inévitable » dans un contexte de « ni guerre ni paix ». Le même jour, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a pourtant publiquement rejeté les propositions du président Massoud Pezeshkian, affirmant que les augmentations de prix n’étaient « pas une mesure calculée » et avertissant que des ennemis étrangers comptaient exploiter le mécontentement populaire en combinant chocs économiques et troubles sociaux.

La terreur suprême qui imprègne ces débats internes au régime est le souvenir de novembre 2019, lorsqu’un ajustement soudain du prix de l’essence avait déclenché une révolte anti-régime à l’échelle nationale. Le 18 août, Jamaran News, organe de presse proche du pouvoir, a adressé un avertissement sans équivoque aux responsables, écrivant que « la plus grande menace pour la sécurité nationale aujourd’hui n’est pas seulement la pression extérieure ; c’est l’accumulation du mécontentement intérieur ». Le secrétaire de la Commission économique du Parlement, Aboutorabi, a également averti que les ajustements proposés des prix des carburants au prix du marché pourraient imposer une dépense supplémentaire de 8 millions de tomans par mois aux ménages à faibles revenus, constituant ainsi « le terreau d’une explosion sociale ».

Une fin incontrôlable

Au-delà de la crise du carburant, les services municipaux essentiels et le respect des obligations financières se dégradent à travers le pays. Le 17 août, les commerçants du bazar de Téhéran ont manifesté publiquement contre les coupures d’électricité quotidiennes et tournantes, fréquentes aux heures de pointe de l’après-midi. Parallèlement, le média d’État Chand Saniye a rapporté le 18 août que le rapatriement des devises par les pays exportateurs non pétroliers avait chuté de 83 % à 52 % entre 2018 et 2026, et que plus de 20 milliards de dollars de recettes d’exportation étaient restés hors des circuits officiels pour la seule année précédente.

Cette détérioration systémique a mis à nu l’illusion du contrôle étatique. Lors du débat parlementaire du 17 août, le député Hamid Rasaee a critiqué les retards dans le versement des aides sociales, soulignant que les citoyens perçoivent de plus en plus les défaillances administratives et les promesses non tenues comme des « fraudes ». S’adressant aux parlementaires, le président de l’Assemblée nationale, Ghalibaf, a lui-même reconnu l’impasse structurelle, déclarant : « Nous n’avons plus le temps de tâtonner », tout en exhortant les responsables à éviter toute action susceptible de « susciter la colère de la population ».

Ce piège structurel ne laisse à Téhéran aucune issue aisée. S’exprimant le 16 août, Esfahani a confirmé que le gouvernement prendrait, d’ici 10 à 15 jours, une décision définitive concernant trois modèles contraignants de gestion du carburant, assurant qu’il n’y aurait aucune « surprise » pour une population qui a tout à fait « le droit de s’inquiéter ». Toutefois, si le régime peut choisir le moment de lancer cette manœuvre risquée, l’issue finale lui échappe totalement. Cette situation offre au peuple iranien et à la Résistance une occasion en or de se mobiliser, de bâtir une force de libération et de pousser la dictature cléricale — alors qu’elle se trouve dans une phase de grande vulnérabilité — à prendre des décisions de plus en plus dangereuses et meurtrières.