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Le coup d’État de 1953 et l’avertissement qu’il porte pour l’Iran d’aujourd’hui

Le coup d’État de 1953 et l’avertissement qu’il porte pour l’Iran d’aujourd’hui
Une foule de partisans du Shah grimpe sur un char militaire et l’entoure alors qu’il circule dans les rues bordées d’arbres de Téhéran, le 19 août 1953, lors du coup d’État soutenu par la CIA et le MI6 qui a renversé le Premier ministre, le Dr Mohammad Mossadegh.

Ce 19 août 2026 marque le soixante-treizième anniversaire du coup d’État de 1953 contre le gouvernement national du Dr Mohammad Mossadegh en Iran. Ce renversement a écarté un Premier ministre dont la force politique s’était bâtie au sein du Parlement et grâce à un puissant mouvement populaire axé sur la nationalisation de l’industrie pétrolière iranienne. Il a également permis le retour au pouvoir de Mohammad Reza Shah Pahlavi, après que celui-ci avait fui le pays lors de la première phase avortée du coup d’État. Les archives rétrospectives de la CIA elle-même indiquent que l’éviction du Dr Mossadegh a été menée à bien le 19 août 1953.

Pour l’Iran, le 19 août a donc représenté bien plus que le simple remplacement d’un gouvernement par un autre. Il a ouvert un nouveau chapitre politique au cours duquel le Shah est revenu grâce à une aide étrangère décisive, pour ensuite présider un système de plus en plus autoritaire. Une évaluation du renseignement national américain (*National Intelligence Estimate*) datée de décembre 1954 notait que le pouvoir politique était largement revenu entre les mains du Shah et du groupe dirigeant conservateur traditionnel, dans un contexte marqué par la loi martiale, la censure et la répression des opposants.

C’est pourquoi les événements d’août 1953 ne constituent pas simplement un anniversaire à commémorer. Soixante-treize ans plus tard, alors que les Iraniens se déchirent à nouveau sur l’avenir de leur pays, une question incontournable surgit :

Qui a le droit de décider de l’après-dictature : le peuple iranien lui-même, ou des puissances étrangères et des réseaux politiques persuadés de pouvoir identifier et promouvoir une alternative « acceptable » ?

Les archives américaines déclassifiées relatives au renversement du Dr Mohammad Mossadegh en 1953 révèlent un moment marquant qui touche au cœur même de cette question. Ce ne sont ni les propos d’un agent de la CIA ni l’interprétation d’un historien a posteriori ; ce sont les paroles du Shah lui-même, telles que rapportées par ses proches collaborateurs à l’ambassadeur américain Loy Henderson, à Washington, le 21 mai 1953.

« Les Britanniques ont évincé la dynastie Qajar ; ils ont installé mon père ; ils ont évincé mon père. »

Le Shah est allé plus loin. Il a affirmé que la Grande-Bretagne pouvait le destituer ou le maintenir au pouvoir à sa guise, et a demandé à savoir si Londres souhaitait qu’il reste ou qu’il parte discrètement. Quelques jours plus tard, il a envoyé un émissaire auprès de Henderson pour obtenir une réponse secrète et sans équivoque quant à la position britannique vis-à-vis de son trône. Winston Churchill a par la suite donné des assurances, affirmant que la Grande-Bretagne ne souhaitait pas le voir perdre ses pouvoirs ou sa position.

Il est difficile de trouver une illustration plus claire de la conception que Mohammad Reza Shah se faisait de sa propre sécurité politique. Il ne se préoccupait pas uniquement de l’opinion publique intérieure, du Parlement ou de la légitimité constitutionnelle. Il concevait le destin de sa dynastie à travers le prisme des décisions d’une puissance étrangère.

C’est précisément pour cette raison que ses paroles restent pertinentes aujourd’hui. La question centrale soulevée par les événements de 1953 n’a jamais été simplement de savoir qui gouvernait l’Iran, mais qui avait le droit de décider de qui gouvernerait l’Iran.

L’homme qui allait bientôt retrouver le trône grâce à une aide étrangère décrivait lui-même le sort politique de sa famille en fonction de décisions prises au-delà des frontières iraniennes.

La suite des événements allait démontrer à quel point cette conviction était lourde de conséquences.

Un gouvernement dont Washington lui-même reconnaissait l’ancrage populaire
Les archives des services de renseignement américains ne dépeignaient ni le Dr Mossadegh ni le Front national comme étant exempts de tout reproche. Les évaluations américaines critiquaient le désordre politique, certains aspects du processus électoral et l’aggravation de la crise économique. Toutefois, c’est précisément ce qui confère une importance particulière à d’autres éléments de ces mêmes archives. En juillet 1952, le Bureau des estimations nationales de la CIA a conclu que les dirigeants du Front national n’étaient pas parvenus au pouvoir grâce à des tractations politiques classiques ni grâce au soutien du Shah, mais en raison du « large soutien populaire » dont bénéficiait leur position vis-à-vis de la Grande-Bretagne et du différend pétrolier.

Un autre mémorandum de la CIA, daté de mars 1952, envisageait l’éventualité d’un régime autoritaire et précisait : « Rien n’indique non plus que le régime du Front national envisage d’adopter des méthodes autoritaires. »

La phrase suivante soulignait que le Dr Mossadegh s’appuyait largement sur le soutien du Majlis. Ces documents mettent en évidence un fait précis : les services de renseignement américains eux-mêmes reconnaissaient l’ancrage populaire du Front national et sa dépendance à l’égard du Parlement avant même que la décision de renverser son gouvernement ne soit prise.

En avril 1953, le ton d’un document de planification interne de la CIA s’était fait brutalement direct : « Mossadegh doit partir. » Il a été déclaré que des moyens clandestins américains appropriés seraient mobilisés pour provoquer sa chute et que la politique ainsi que l’aide financière des États-Unis soutiendraient son successeur.

Fabriquer le mythe d’un « soulèvement spontané »
Les documents déclassifiés rendent difficile la présentation du Shah comme un simple bénéficiaire passif des événements.

Le 19 mai 1953, un émissaire a transmis le point de vue du Shah à l’ambassade des États-Unis. Selon la note de synthèse, le Shah estimait que le Dr Mossadegh devait être écarté par l’intermédiaire du Majlis, mais que des « moyens clandestins » devaient être employés pour inciter le Parlement à agir. Les mesures occultes envisagées comprenaient une aide matérielle américaine ainsi qu’un soutien au général Fazlollah Zahedi et à Mozaffar Baqai.

Le 30 mai, Henderson a demandé directement au Shah si la nomination de Zahedi au poste de Premier ministre lui convenait. L’une des conditions posées par le Shah était que Zahedi soit acceptable pour les États-Unis et la Grande-Bretagne, et qu’une aide financière et économique substantielle soit mise à la disposition du nouveau gouvernement dans les plus brefs délais. Henderson lui a assuré que la Grande-Bretagne accueillerait favorablement un gouvernement dirigé par Zahedi et s’est dit convaincu que Washington en ferait autant si le Shah apportait son soutien à cette option.

Le 17 août, alors que le Shah se trouvait à Bagdad, l’ambassadeur américain a noté que, lorsqu’on avait sollicité le Shah quelque deux semaines plus tôt pour parrainer un coup d’État militaire, « il avait accepté l’idée ».

L’ambassadeur a également rapporté que le Shah ne manifestait aucune amertume à l’égard des Américains qui avaient « encouragé et planifié l’action ». Fait plus marquant encore, il a conseillé au Shah de ne jamais révéler l’implication étrangère, car cela nuirait à son prestige en Iran. Le Shah a donné son accord.

Deux jours plus tard, l’opération a abouti. Washington a alors donné pour instruction au Shah de remercier publiquement le peuple iranien pour un « soulèvement spontané » en sa faveur et d’annoncer son retour rapide.

Il existait donc un décalage entre la réalité des faits en coulisses et le récit présenté au public.

Kashani, le clergé et le chemin du retour vers le trône

Le rôle joué par le clergé en 1953 revêt également une importance capitale. L’histoire de l’Iran au cours des 120 dernières années montre que, lors de chaque crise politique majeure, la monarchie et le clergé ont fait front commun lorsque leurs intérêts partagés et leur emprise sur le pouvoir étaient menacés. Les archives déclassifiées de 1953 offrent l’un des exemples documentés les plus clairs de ce schéma : des figures influentes du clergé, des forces royalistes et ceux qui œuvraient à l’éviction du Dr Mossadegh ont convergé vers un même objectif politique : le renversement de son gouvernement et le rétablissement de l’autorité du Shah.

Le 15 avril 1953, selon un rapport de renseignement de la CIA, un représentant de la cour royale a sollicité l’ayatollah Abol-Ghasem Kashani pour obtenir son soutien à un plan — auquel le Shah semblait favorable — visant à « évincer le Premier ministre Mossadegh et à le remplacer par le général Fazlollah Zahedi ».

Le rôle envisagé pour Kashani était concret. Il devait écrire au Shah pour affirmer que le désordre et les menaces pesant sur les députés avaient rendu le Majlis incapable de fonctionner. Le Shah pourrait alors utiliser cette lettre pour justifier l’éviction du Dr Mossadegh et la nomination de Zahedi. Kashani préférait une version soutenue par des parlementaires et pensait pouvoir recueillir une quarantaine de signatures.

Un autre document de la CIA indiquait que Kashani comptait agir comme le véritable pouvoir derrière le successeur du Dr Mossadegh ; il signalait également que Kashani s’était associé à Zahedi — envisagé comme remplaçant potentiel du Dr Mossadegh — dès septembre 1952.

Le 17 avril, un autre rapport de renseignement notait que Boroujerdi, Kashani et Behbehani — décrits comme des figures de proue du clergé — parvenaient à un accord « sur la nécessité de soutenir le Shah dans sa résistance face à Mossadegh ».

Ces réseaux religieux n’étaient pas des éléments périphériques dans les descriptions ultérieures de l’opération par la CIA. Une rétrospective de la CIA datée de mars 1954 précisait que l’une des quatre phases principales de l’opération consistait à coordonner les factions politiques hostiles au Dr Mossadegh — incluant explicitement le « clergé très influent » — et à obtenir leur soutien pour une action du Shah visant à l’évincer.

Le compte rendu établi par Kermit Roosevelt après l’opération montre que la mobilisation du clergé restait au cœur de la réflexion opérationnelle durant les jours décisifs. Évoquant le calendrier des actions de rue, il rappelait : « si les mollahs ne peuvent agir avant vendredi… », les planificateurs ne pouvaient se permettre d’attendre simplement et auraient besoin d’une manifestation plus tôt. Un rapport de renseignement ultérieur indique que Zahedi a remis 10 000 tomans à l’ayatollah Behbehani le 26 septembre, puis 5 000 autres le 3 octobre. L’objectif affiché était de « s’assurer la bienveillance de Behbehani » et de maintenir son alignement politique sur le gouvernement Zahedi.

Soixante-treize ans plus tard : la question resurgit
Le coup d’État de 1953 ne fut pas le simple fruit d’un affrontement de personnalités. Il a mis en lumière une dynamique politique qui a refait surface à maintes reprises tout au long de l’histoire moderne de l’Iran.

Au cours des 120 dernières années, chaque fois que les fondements du pouvoir politique ont été gravement menacés, la monarchie et l’establishment religieux s’est souvent retrouvé du même côté contre les forces cherchant à briser l’ordre autoritaire en place. En 1953, les documents déclassifiés révèlent cette convergence avec une précision remarquable : le Shah, les forces royalistes, des religieux influents et des puissances étrangères œuvraient de concert vers un même objectif politique : la destitution du Dr Mohammad Mossadegh et la restauration de l’autorité monarchique.

Soixante-treize ans plus tard, l’Iran n’est plus gouverné par un Shah, mais par une dictature cléricale. Pourtant, l’utilité politique de la monarchie pour l’establishment religieux n’a pas nécessairement disparu avec elle.

C’est ce qui rend l’ascension fulgurante de Reza Pahlavi si importante à analyser.

Pendant des décennies, le fils du Shah déchu est resté politiquement marginal, sans véritable appareil organisationnel en Iran capable de diriger un soulèvement national. Mais à mesure que les vagues successives de protestation ébranlaient le régime iranien, le nom de Pahlavi s’est imposé en Occident dans le débat sur l’avenir de l’Iran.

La question est de savoir à qui profite la reformulation de la lutte contre la dictature cléricale en un choix entre le régime iranien et la restauration de la monarchie.

Pour le régime, ce choix s’avère extrêmement avantageux. Il transforme la lutte entre dictature et démocratie en une querelle entre deux symboles de la mémoire autoritaire : le turban et la couronne.

L’apparition d’un slogan royaliste sous protection policière

L’un des indices les plus révélateurs est apparu lors des manifestations qui ont suivi les soulèvements populaires de 2017 et 2018.

Jusqu’alors, les slogans dominants dans les rues iraniennes visaient majoritairement le système en place, sa corruption, la pauvreté, la répression et la dictature cléricale, tout en appelant à un changement de régime et à l’instauration d’une république libre. Mais à partir de 2018, le slogan « Reza Shah, rohat shad », « Reza Shah, que ton âme repose en paix », a commencé à apparaître sporadiquement dans les milieux de la contestation.

Ce qui a rendu cet épisode remarquable, c’est la réaction au sein même de l’écosystème médiatique du régime. En juin 2018, le quotidien d’État Jomhouri Eslami rapportait que des groupes, près du Parlement, scandaient « Reza Shah, rohat shad » (« Reza Shah, que ton âme repose en paix ») tout en se déplaçant « sous escorte policière ». Le journal les identifiait comme étant du même type que les individus que l’on pouvait voir lors des prières officielles du vendredi et des manifestations organisées par le régime.

L’implication est difficile à ignorer. Dans un État où les slogans contestant l’ordre établi peuvent entraîner une arrestation, un emprisonnement, voire pire, un groupe prétendument monarchiste pouvait être autorisé à circuler librement au sein d’une manifestation sous protection policière.

Pourquoi ? Parce que ceux qui scandaient ce slogan étaient eux-mêmes membres des forces de sécurité du régime.

Un petit groupe rejoint une manifestation. Il scande un slogan royaliste. Quelqu’un filme pendant trente secondes. La vidéo est mise en ligne. Des comptes coordonnés la reprennent. Un média complaisant ou des chaînes de télévision par satellite en langue persane basées à l’étranger la diffusent.

Le lendemain matin, on ne parle plus des manifestations des Iraniens contre la pauvreté, la répression ou le pouvoir clérical. On entend désormais : l’Iran veut le retour du Shah. Ce discours non seulement déforme la nature de la protestation, mais décourage aussi la population en donnant l’impression que l’alternative à la dictature cléricale est un retour à la monarchie.

Le régime sait quelle opposition il peut instrumentaliser

Le régime iranien n’a pas à craindre toutes les forces se réclamant de l’opposition. Au contraire, ses propres médias ont maintes fois véhiculé une logique bien plus cynique : une opposition faible, déracinée, divisée et incapable de menacer les fondements de l’État peut s’avérer politiquement utile.

C’est précisément là que le projet monarchiste prend tout son sens pour le régime. Plus le débat public se réduit à « la République islamique ou les Pahlavi », plus il devient facile d’occulter toute autre possibilité.

Aux Iraniens, le régime peut affirmer : « Ce n’est pas un soulèvement démocratique. Ils veulent restaurer le Shah. » et « Si la République islamique s’effondre, l’Iran retombera simplement dans un autre système autoritaire soutenu de l’étranger. »

Cette logique a été exprimée avec une franchise inhabituelle au sein même de l’écosystème médiatique du régime. Vatan-e Emrooz, un organe de presse proche du régime, aurait déclaré : « Un mouvement faible et sans racines comme le monarchisme peut en réalité contribuer à la survie de la République islamique. »

Une formulation similaire est apparue dans Tasnim, largement associé aux Gardiens de la révolution, affirmant que le monarchisme peut aider la République islamique à survivre. Et Khabar Online a avancé l’idée que présenter Reza Pahlavi comme une alternative monarchiste pourrait être en soi : « un projet fabriqué par la République islamique. »

Le cercle vicieux de l’amplification occidentale

L’ascension artificielle de Reza Pahlavi s’opère par un cercle vicieux de médias et de lobbying qui prend racine au sein même du régime et sa manipulation qui trouve son aboutissement dans les cercles politiques occidentaux. Lorsque des acteurs liés au régime injectent des slogans pro-monarchiques dans les manifestations, mettent en scène ou amplifient de courtes séquences vidéo et les diffusent via des réseaux en ligne coordonnés, la première grande caisse de résonance est souvent constituée par les médias satellitaires persanophones et les plateformes de la diaspora ; là, des images fragmentaires sont présentées comme la preuve d’une aspiration nationale au rétablissement de la monarchie.

De là, cette image s’invite dans la couverture médiatique occidentale grand public, où journalistes et décideurs politiques, en quête d’un « visage » simple et identifiable pour l’opposition iranienne, confondent souvent visibilité et légitimité.

Parallèlement, de puissants réseaux de lobbying liés à l’étranger, des campagnes médiatiques et des événements de la diaspora richement dotés contribuent à organiser, à l’étranger, des réunions de haut niveau, des rassemblements et des séances photo pour Reza Pahlavi, donnant ainsi l’impression d’un gouvernement en attente plutôt que celle d’une figure en exil dépourvue de toute organisation avérée sur le sol iranien.

Cette amplification à plusieurs niveaux — cybernétique, satellitaire, médiatique, diplomatique et liée au lobbying — parachève la construction d’une alternative fabriquée de toutes pièces : Téhéran y trouve son compte, le soulèvement démocratique étant alors requalifié en projet monarchiste soutenu par l’étranger, tandis que les acteurs extérieurs se dotent d’une figure commode et « vendable » autour de laquelle articuler le récit d’un changement de régime. Le grand perdant est le mouvement démocratique du peuple iranien lui-même, dont le message pluraliste et hostile à la dictature se trouve étouffé par un spectacle bâti autour d’un nom hérité.

 

L’écho de 1953
C’est ici que l’histoire nous ramène au 19 août 1953. Les acteurs diffèrent. Les circonstances diffèrent. Le système politique diffère. Mais le danger sous-jacent nous est étrangement familier.

En 1953, des capitales étrangères croyaient pouvoir déterminer qui devait gouverner l’Iran. Le Shah lui-même demandait ce que souhaitait la Grande-Bretagne. Des dignitaires religieux et des forces royalistes s’allièrent contre le Dr Mossadegh. Un gouvernement fut renversé. Un monarque fut rétabli. Et le peuple iranien en subit les conséquences pendant un quart de siècle supplémentaire.

Aujourd’hui, le danger n’est pas que l’histoire reproduise le même coup d’État avec les mêmes protagonistes. L’histoire se répète rarement de manière aussi nette. Le danger réside dans la persistance d’une même logique politique : celle selon laquelle l’avenir de l’Iran pourrait, une fois de plus, se résumer à une figure promue depuis l’étranger — et par les mollahs eux-mêmes ; celle selon laquelle on pourrait confondre visibilité et légitimité ; …qu’un nom issu d’une lignée héréditaire peut servir à dissuader la population en faisant craindre que ses protestations ne conduisent, à terme, au retour d’une dictature monarchique.

Le régime clérical et la monarchie peuvent bien se présenter comme des ennemis jurés, l’histoire des 120 dernières années révèle un schéma récurrent : la monarchie et la réaction cléricale se sont maintes fois renforcées mutuellement.

Aujourd’hui, le régime iranien sait qu’une restauration de la monarchie est pratiquement impossible et que le projet monarchiste ne constitue pas une menace réelle pour sa survie. C’est précisément ce qui le rend utile. En mettant la monarchie en avant et en présentant les Pahlavi comme la principale alternative au pouvoir clérical, le régime utilise ce nom héréditaire pour décourager le public : il suscite la crainte que les protestations ne mènent finalement au retour d’une dictature monarchique, faisant ainsi apparaître son propre maintien au pouvoir comme préférable, voire inévitable.

La stratégie du régime consiste à ancrer, sur la scène internationale, l’illusion que l’avenir de l’Iran se résume à un choix entre le régime clérical et la monarchie. La promotion de ce faux dilemme dans les médias internationaux ne sert que les intérêts du régime : elle décourage le peuple iranien, affaiblit la dynamique de la contestation et contribue, in fine, à prolonger la survie du régime. Résultat : celui-ci se maintient au pouvoir, réprimant la population iranienne à l’intérieur du pays tout en utilisant l’instabilité, les forces par procuration et les confrontations régionales pour prendre en otage le Moyen-Orient — et, de plus en plus, la communauté internationale dans son ensemble — au service de sa stratégie de survie.