
Les autorités iraniennes ont considérablement renforcé leurs mesures de sécurité intérieure dans les semaines qui ont suivi l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei et les lourdes pertes militaires subies lors des frappes conjointes américano-israéliennes. Elles ont déployé une combinaison de répression sur le terrain, d’arrestations massives et de restrictions d’accès à Internet prolongées, ce qui, selon les analystes, témoigne d’une inquiétude croissante face à d’éventuels troubles.
Cette répression accrue intervient alors que le pays peine à se stabiliser après un conflit majeur qui a considérablement endommagé ses infrastructures, tout en révélant les faiblesses de la dictature cléricale.
Expansion des points de contrôle et militarisation croissante des villes
Dans les grandes villes, dont Téhéran, les habitants signalent une expansion sans précédent des points de contrôle de sécurité. Les véhicules y sont systématiquement arrêtés et fouillés, et, dans de nombreux cas, les occupants sont interrogés et leurs téléphones portables sont contrôlés.
Le 13 avril, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Ali Zeinivand, a présenté le déploiement de ces points de contrôle comme une décision approuvée par le Conseil national de sécurité, tandis que le porte-parole de la police, Saeed Montazer al-Mahdi, a annoncé que le nombre de points de contrôle officiels avait atteint 1 463. Ce chiffre serait en réalité bien plus élevé si l’on inclut les unités du Corps des gardiens de la révolution islamique et de la milice Bassidj, qui disposent de dizaines de milliers de bases à travers le pays.
Selon des témoins, de nombreux agents des points de contrôle opèrent sans insigne visible et dissimulent souvent leur visage. Dans certains quartiers, la présence de pick-ups équipés de mitrailleuses lourdes – un spectacle inhabituel en centre-ville – renforce encore ce sentiment de militarisation.
Arrestations massives et multiplication des poursuites contre les civils
Parallèlement au renforcement des mesures de sécurité, les autorités ont intensifié les arrestations à travers le pays. Selon des articles publiés par les médias d’État entre le 10 et le 15 avril, entre 50 et 100 personnes sont arrêtées chaque jour pour divers chefs d’accusation.
Le ministère du Renseignement du régime a annoncé l’arrestation de 35 personnes dans six provinces, affirmant le 14 avril que certaines étaient impliquées dans la fabrication d’explosifs ou entretenaient des liens avec des entités étrangères. D’autres arrestations ont été signalées dans les provinces d’Hormozgan, d’Hamedan et de Kerman.
Les autorités judiciaires ont également procédé à des saisies de biens. Le 15 avril, le procureur d’Hamedan a confirmé la confiscation des biens appartenant à des dizaines de personnes accusées de collaboration avec des gouvernements étrangers, tandis que d’autres poursuites ont été engagées contre d’autres personnes pour des accusations similaires.
Les organisations de défense des droits humains estiment que le nombre total de personnes détenues depuis le début du récent conflit se situe entre 2 700 et environ 4 000, bien que le chiffre réel soit probablement plus élevé. Les personnes détenues sont accusées d’espionnage, de diffusion d’informations à des médias étrangers, d’activités en ligne jugées déstabilisatrices et de liens présumés avec des groupes d’opposition.
Campagnes de pression psychologique et mobilisation de rue
Outre les mesures coercitives, les autorités ont intensifié leurs opérations de pression psychologique et de propagande visant à contrôler l’espace public et à influencer l’opinion publique.
Des convois nocturnes équipés de haut-parleurs sont déployés dans les quartiers, diffusant des chants religieux et des slogans pro-régime. Ces unités mobiles, souvent accompagnées de militaires armés, sillonnent les zones résidentielles, une opération présentée par les autorités comme un effort pour renforcer le moral des troupes et affirmer la présence de l’État.
Le chef des forces de sécurité de l’État, Ahmad Reza Radan, a souligné l’importance de ces activités le 14 avril, déclarant : « Votre présence est tout aussi importante que celle des unités de missiles », une remarque qui assimilait implicitement la mobilisation de rue à une capacité militaire.
Parallèlement, de hautes personnalités politiques et religieuses ont appelé à plusieurs reprises leurs partisans à maintenir une présence constante dans l’espace public. Les communiqués publiés entre le 9 et le 15 avril présentaient la présence dans la rue comme un devoir civique et une nécessité stratégique. Un message attribué à la nouvelle direction du pays exhortait les citoyens à rester davantage présents dans les lieux publics.
Coupure d’Internet : sept semaines et conséquences économiques désastreuses.
La répression intérieure s’est accompagnée de l’une des coupures d’Internet les plus importantes de l’histoire de l’Iran.
NetBlocks, un organisme de surveillance indépendant, a indiqué le 16 avril que les perturbations à l’échelle nationale entraient dans leur 48e jour, causant des pertes économiques directes d’au moins 1,8 milliard de dollars. Des estimations plus larges, intégrant les effets indirects, évaluent les dégâts à près de 3,8 milliards de dollars.
Le ministre des Communications, Sattar Hashemi, a reconnu à la mi-avril que les restrictions pourraient avoir des conséquences irréversibles. Alors même que les médias d’État défendaient le contrôle d’Internet comme une « norme défensive mondiale » dans le contexte de la guerre hybride, cette coupure a perturbé non seulement les entreprises numériques, mais aussi l’éducation et les échanges internationaux. Les autorités ont confirmé que de nombreux étudiants étrangers ont quitté le pays faute d’accès aux services en ligne.
Violences isolées et signes d’instabilité intérieure
Malgré le renforcement des mesures de sécurité, des incidents violents continuent d’apparaître. Le 15 avril, l’agence de presse Fars, affiliée à l’État, a rapporté une explosion dans l’ouest de Téhéran, faisant trois blessés et endommageant des bâtiments et des véhicules à proximité. Les autorités ont qualifié les engins d’improvisés et ont cherché à minimiser l’importance de l’incident.
L’attaque, qui s’est produite près d’un point de contrôle des Bassidj selon certaines sources, souligne la fragilité du contexte sécuritaire malgré les importantes mesures de répression.
Dans leur ensemble, les récents développements indiquent non seulement une crise multidimensionnelle, mais aussi une rupture structurelle de l’économie et de la société iraniennes. Les dégâts de guerre, les perturbations industrielles, l’isolement numérique et l’effondrement du niveau de vie ne sont plus des pressions distinctes, mais des forces qui se conjuguent. L’État, déjà à bout de souffle, voit sa capacité de gouverner encore affaiblie. Le régime tente de réagir par une coercition accrue, mais la répression est de moins en moins efficace dans une société qui a déjà atteint des limites matérielles et psychologiques insurmontables. Des années de déclin économique, de pauvreté généralisée et de cycles de protestations à répétition ont fondamentalement compromis la capacité de l’État à rétablir l’ordre par la seule force.

