vendredi, juin 2, 2023
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Iran : Bataille au sommet, économie en ruine, allié affaibli

Le régime des mollahs se déchire sur fond de crises multiples

Midi Libre, 19 février – Par GABRIEL LEON – L’Iran a célébré, le 11 février, le 34eanniversaire de la révolution islamiste de 1979 sur fond de crise politique, économique et diplomatique.

Le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, n’a pu arbitrer le combat au couteau entre le président Mahmoud Ahmadinejad et le chef du Parlement Ali Larijani, se contentant d’appeler au « calme » les deux dirigeants qui ont échangé des accusations de corruption sans précédent lors d’un débat sur le limogeage du ministre du Travail par les députés. « Il est mauvais et contraire à la loi et à la religion (NDLR, l’islam) que le chef d’un des pouvoirs accuse ceux des deux autres sur la base de documents douteux», a stipulé l’ayatollah Khamenei, en allusion au président iranien. Il a aussi condamné l’attitude du président du Parlement, dénonçant le limogeage du ministre et jugeant que M. Larijani était « allé trop loin » face à M. Ahmadinejad.

La manifestation du bazar

M. Ahmadinejad et son gouvernement sont à couteaux tirés avec le Parlement et l’autorité judiciaire, notamment depuis que le président a tenté en avril 2011 de contester le pouvoir du Guide dont se réclament les ultraconservateurs. Ces fractures au sein du régime apparaissent sur fond de crises multiples.

Pour l’opposant Franck Radjaï, chercheur au CNRS basé à Montpellier et proche de l’OMPI (opposition), « la grande manifestation des commerçants du bazar et de la population de Téhéran aux cris de « à bas la dictature » au mois d’octobre dernier a été vu comme le signe annonciateur du feu des contestations ».

La crise économique s’approfondit, « attisée par la mauvaise gestion et la corruption », doublés de l’effet des sanctions contre le programme nucléaire militaire. L’inflation atteint 50 % chaque année, le taux de chômage 30 % de la population active.

L’influence du printemps arabe et l’affaiblissement dramatique de l’allié syrien compliquent un peu plus la donne de ce système quasi-dictatorial. L’axe Téhéran-Damas-Hezbollah (libanais)-Hamas (palestinien) est affaibli.

Quant à la confrontation sur la question nucléaire, elle est à « un tournant », selon M. Radjaï, qui évoque soit une marche arrière du régime, soit un choc frontal. Reculer « signifierait la ruine de l’autorité du guide suprême sur l’appareil des Gardiens de la révolution, piliers du régime militariste ».

Choisir l’affrontement pourrait en revanche ressouder le régime et raviver le sentiment national. Mais à quel prix et avec quel avenir ?