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Deuxième jour de grève paralysant le Grand Bazar de Téhéran, la devise atteint un niveau historiquement bas

Deuxième jour de grève paralysant le Grand Bazar de Téhéran, la devise atteint un niveau historiquement bas
Des manifestants se rassemblent à la station de métro Saadi de Téhéran, alors que la grève du Bazar entre dans son deuxième jour – 29 décembre 2025

Les allées historiques du Grand Bazar de Téhéran, traditionnellement le cœur économique du pays et un baromètre de sa stabilité politique, se sont tues le lundi 29 décembre 2025. Pour le deuxième jour consécutif, les commerçants ont fermé leurs boutiques, laissant les ruelles animées désertées par le commerce mais emplies des slogans anti-régime.

La grève, qui a débuté le dimanche 28 décembre, s’est rapidement transformée d’un mouvement de protestation économique en soulèvement politique. Déclenchée par l’effondrement catastrophique de la monnaie nationale – le dollar américain approchant les 150 000 tomans – la contestation s’est étendue des marchés traditionnels aux quartiers d’affaires modernes et aux autres grandes villes, révélant une profonde rupture entre le monde des affaires iranien et la théocratie au pouvoir.

Une capitale paralysée

Le lundi 29 décembre, l’ampleur de la grève a considérablement augmenté. Des reportages et des images vidéo ont confirmé que les fermetures ne se limitaient pas au Grand Bazar. La grève a paralysé les principales artères commerciales de Téhéran, notamment la rue Lalehzar (centre névralgique de l’électronique), le marché Bein-al-Haramein et le souk Chahar. Des secteurs spécialisés ont également été touchés, comme le marché de l’or, le marché des pièces détachées de la rue Cheragh Bargh et le marché de la chaussure de Bagh-e Sepahsalar.

La paralysie des marchés a également touché les symboles modernes de l’économie téhéranaise. Les immenses complexes de téléphonie mobile Alaeddin et Charsoo, véritables plaques tournantes du commerce technologique du pays, ont fermé leurs portes. À l’ouest de la capitale, les marchés de meubles de Yaftabad et de Delaware ont cessé leurs activités.

La répartition géographique de la contestation illustre l’effondrement total des politiques du régime du président Massoud Pezeshkian. Les manifestations ont débordé des marchés pour investir les grands axes routiers, notamment les avenues Enghelab, Taleghani, Saadi, Naser Khosrow et Jomhuri.

Si Téhéran est restée l’épicentre du mouvement, les troubles ne se sont pas limités à la capitale. Des manifestations ont éclaté à Karaj, à l’ouest de Téhéran, et à Mashhad, où les manifestants se sont rassemblés sur les places Shohada et Saadi. Dans la province du Kurdistan, des retraités du secteur des télécommunications ont manifesté simultanément, dénonçant le pillage de leurs fonds de pension par des entités liées à l’État, et citant notamment l’« Exécution de l’Ordre de l’Imam Khomeini » (EIKO) et les Gardiens de la révolution.

Du « Dollar » au « Dictateur »

Si la chute vertigineuse du rial a été l’élément déclencheur immédiat des grèves, les revendications dans les rues ont presque instantanément basculé des difficultés économiques aux appels à un changement de régime. Des commerçants, affirmant sans ambages qu’« il est impossible de faire des affaires avec un dollar à 150 000 tomans », ont été rejoints par de simples citoyens scandant des slogans visant les plus hautes sphères du pouvoir religieux.

Les slogans enregistrés lundi ont déjoué la propagande du régime. Les manifestants scandaient : « Mort au dictateur ! », en référence au Guide suprême Ali Khamenei. Rejetant ouvertement l’interventionnisme régional du régime, la foule scandait : « Ni Gaza, ni Liban, ma vie pour l’Iran ! »

D’autres slogans mettaient en lumière les échecs du gouvernement actuel et la détermination de la classe marchande :

  • « Pezeshkian, honte à toi ! Lâche le pays ! »
  • « Cette année est l’année du sang, Seyyed Ali [Khamenei] sera renversé ! »
  • « Un marchand meurt, mais refuse l’humiliation ! »
  • « Tant que les mollahs seront au pouvoir, cette patrie ne sera pas une patrie ! »

La politisation rapide des manifestations souligne une réalité admise même par des responsables du régime. Massoud Pezeshkian, commentant le budget 2026 (1405), a récemment concédé : « Si les problèmes ne sont pas résolus, nous ne pouvons pas gouverner », un aveu rare de la crise existentielle que traverse la direction de la République islamique.

Confrontation et résistance dans les rues

La réponse du régime s’est déroulée selon sa stratégie habituelle : la répression. D’importants déploiements de forces de sécurité ont été signalés au carrefour d’Istanbul, à Pol-e Hafez et aux abords du Théâtre municipal (Teatr-e Shahr). Dans le quartier de Bagh-e Sepahsalar et rue Kargar, les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogène contre des foules de commerçants et de badauds.

Cependant, l’atmosphère dans la rue était empreinte de résistance plutôt que de soumission. Selon des témoignages, à plusieurs reprises, les manifestants ont riposté aux charges des forces de l’ordre. Dans le centre de Téhéran, la scène a été décrite comme une série d’affrontements éclair, les jeunes forçant les forces de répression à battre en retraite dans certains secteurs.

Un incident particulièrement révélateur s’est produit, impliquant un religieux proche du pouvoir. Après que ce dernier aurait insulté les manifestants, une foule en colère a encerclé et détruit son véhicule.

Dans un autre scène de résistance filmée près de la rue Jomhuri : un manifestant, assis sur le trottoir face aux motos de la police, refuse de fuir malgré la menace de violence.

Panique au sein du régime et rôle de la résistance

La violence et l’ampleur des grèves des bazars ont déclenché une alerte maximale au sein du régime. Le quartier général « Sarallah » des Gardiens de la révolution, responsable de la sécurité de la capitale, aurait placé les bataillons « Fatehin » et « Ashura » ainsi que les forces Bassidj en état d’alerte maximale. De plus, les Gardiens de la révolution ont mobilisé des unités dans les provinces voisines de Mazandaran, Qom et Semnan, prêtes à envoyer des renforts à Téhéran si la situation venait à s’aggraver.

Les médias du régime commencent à reconnaître le caractère organisé du soulèvement et tentent d’imputer à l’opposition la radicalisation des manifestants. L’agence de presse Fars, affiliée aux Gardiens de la révolution iraniens, a rapporté la présence de « petits groupes de 5 à 10 personnes » au sein des manifestants, scandant des slogans allant « au-delà des revendications syndicales ». Fars a cité un responsable du renseignement affirmant que cela correspond à la « stratégie de l’ennemi » et a fait directement référence à Mme Maryam Rajavi, la présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI).

Mme Rajavi a salué les manifestants, soulignant que les slogans visant le Guide suprême et la demande de changement de régime démontrent que le peuple iranien a identifié la cause profonde de sa misère. « Les manifestants ont identifié à la fois la racine du problème, le régime du velayat-e faqih, et la solution : la résistance et le soulèvement », a déclaré Mme Rajavi, appelant les jeunes à former une chaîne de manifestations pour soutenir le bazar.

Lundi soir, la fermeture des marchés de Téhéran témoignait de manière éclatante de l’échec du régime. La grève a démontré que la crise économique ne peut plus être endiguée par de vaines promesses ni par des injections financières ponctuelles. Le Bazar, jadis pilier de l’influence traditionnelle, appelant désormais ouvertement à la chute du dictateur, le régime iranien s’apprête à traverser un hiver de mécontentement qui semble prêt à dégénérer en révolution.