mercredi, décembre 7, 2022
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Iran : Pas de solution américaine… et pas de solution américano-cléricale non plus

Par Sid Ahmed Ghozali *

Assharq al-Awsat, 8 décembre – Parmi les informations qui ont fait la une des médias récemment figurait la décision de Washington de mettre le Corps des gardiens de la révolution (pasdarans) iraniens sur sa liste terroriste et de sanctionner des banques iraniennes de premier plan et de hauts commandants de ce corps.

C’est la première fois qu’un Etat sanctionne l’armée d’un autre Etat. 

Loin d’être spontanée, cette décision est le résultat de trente années de hauts et de bas entre les deux pays. La décision a été prise au bout de longues années de piétinement et d’obstination du régime iranien sur le dossier nucléaire et fait suite à un communiqué présidentiel et deux résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU.  Nous voilà donc à la veille d’une troisième résolution. 

Parallèlement, l’ingérence iranienne en Irak qui a fait de ce pays son terrain de chasse n’est un secret pour personne. Il semble que le régime des mollahs ait dès le départ tout programmé pour s’emparer de l’Irak. C’est un rêve qui lui a tenu à coeur pendant les huit années de guerre contre l’Irak qui ont coûté la vie à plus de deux millions de personnes des deux cotés et mille milliards de dollars de dégâts économiques du seul côté iranien. Nul doute qu’il voyait dans l’Irak un tremplin pour envahir d’autres pays du Moyen-Orient jusqu’à l’Afrique du nord.

Mais quand ce projet a échoué dans les années 1980, la guerre des Etats-Unis contre l’Irak et le  renversement de son régime a permis la renaissance de ce rêve, et les mollahs ont pleinement profité de cette situation. Ils ont plongé l’Irak dans un bain de sang quotidien.  Les nationalistes irakiens disent que les Américains ont offert l’Irak sur un plateau d’argent aux mollahs iraniens. 

Est-il encore nécessaire d’élaborer sur la portée de l’ingérence iranienne en Irak, ou d’expliquer les événements à l’intérieur d’Iran ? Cependant il fait  souligner que le peuple iranien a montré dans ses  manifestations et ses révoltes, aussi bien que dans sa résistance, qu’il ne voulait pas de ce régime. 

On peut donc se demander légitimement sur quelles bases repose ce régime pour durer.

En premier lieu, sur une répression en crescendo, avec des exécutions publiques à la clé, des corps toujours plus nombreux à se balancer au bout de grues, des centaines de milliers d’arrestations durant  des mois sous prétexte d’infraction au code vestimentaire. 

En second lieu, et plus important, un effort concentré sur l’exportation de troubles à l’étranger, pour déclencher des guerres et fomenter des crises dans d’autres nations. Il suffit de jeter un regard sur le Moyen-Orient pour en voir les conséquences. La situation irakienne parle d’elle même. Le cœur du monde arabe et musulman qu’est la Palestine, est désormais scindé en deux, et le Liban est au bord de la guerre civile. L’Afghanistan retombe une fois de plus dans la violence … 

L’objectif a été annoncé à maintes reprises par la théocratie iranien: Instaurer un califat de régimes intégristes, sous l’hégémonie de Téhéran. 

On ne peut suivre cette politique, ni exécuter ce plan à long terme, si on ne se dote pas des moyens nécessaires. Le premier impératif est la bombe atomique. C’est la raison pour laquelle Téhéran ne cesse de chercher, depuis une vingtaine d’années, à se doter d’une puissance nucléaire. Dans sa dernière lettre écrite à la fin de la guerre de huit ans contre l’Irak, Khomeiny dit clairement que la guerre ne pourra continuer que s’ils se dotent de la puissance nucléaire. Faut-il souligner que dès que les mollahs auront la bombe, leur premier objectif sera les pays arabes et musulmans, et non pas Israël ou les pays occidentaux, car la domination de ces pays a toujours été dans la ligne de mire stratégique de Téhéran. 

On comprend ici pourquoi derrière l’attitude de l’Iran en Irak et dans la région, il s’obstine à préserver son programme nucléaire. 

Washington a tout fait pendant ces longues années pour établir des relations normales avec ce régime en lui offrant des cadeaux dont il n’osait rêver. Personne n’a oublié le scandale de l’Irangate, ni la classification de l’opposition iranienne, l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, comme organisation terroriste ; tout cela pour amadouer le régime iranien et le séduire. Après l’arrivée de Khatami au pouvoir en 1997, les Etats-Unis ont tout misé sur lui comme l’homme de la modération, avec le président américain Clinton lui offrant le plus grand des cadeaux, à savoir laisser le département d’Etat américain inscrire l’OMPI sur la liste des organisations terroristes la même année. Deux ans plus tard, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) y était ajouté. 

Après avoir occupé l’Irak, les forces de la coalition dirigées par les Etats-Unis ont désarmé l’armée de Libération nationale iranienne et l’ont confinée dans sa base. 

Mais aujourd’hui, après un bras de fer de vingt ans, Washington a décidé d’adopter une politique de fermeté avec le régime iranien. Cela signifie que les Etats-Unis ont perdu tout espoir de changement au sein de ce régime. 

D’où la question essentielle : Est-ce le début d’une guerre totale des Etats-Unis contre l’Iran? A mes yeux, cette position ne signifie pas en soi nécessairement la guerre. Je dirai au contraire, c’est une étape qui doit empêcher une guerre extérieure contre l’Iran. Comment?

L’Iran des mollahs est devenu un véritable problème pour la région et le monde entier. C’est un problème qui ne peut pas durer longtemps. La première question est de savoir si le monde peut rester les bras croisés devant ce qui se passe dans cette région et regarder le problème grandir de jour en jour? A cause de raisons évidentes, la réponse est négative.  

Donc il faut une solution à ce problème. Laquelle? La solution est de changer la situation actuelle. Ce changement pourrait venir des forces modérées au sein du régime dans une tentative de l’ « intégrer » dans la communauté internationale. C’est le choix préféré des Européens depuis que ce régime est au pouvoir. Nous n’avons pas ici la place d’entrer au fond des conséquences d’une telle politique. Il suffit de dire que les seize années de présidence de Rafsandjani et de Khatami nous donnent assez de raisons pour refuser ce choix dans les termes les plus fermes.  

Un autre choix est de mener une guerre extérieure pour changer le régime. C’est le choix autour duquel on a fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci, surtout après l’inscription sur la liste noire des Gardiens de la révolution par les Etats-Unis. Mais j’estime que les Américains ne sont pas prêts à s’aventurer dans une autre guerre destructrice au Moyen-Orient et précisément dans le Golfe. Nul n’oublie ce qui s’est passé et ce qui se passe en Irak. 

En étudiant les relations ces dernières années entre Téhéran et les occidentaux, on peut voir que ces derniers ont toujours été prêts à reculer, pour satisfaire ce régime, et même au plus grand regret, à revenir sur les principes fondateurs de la démocratie occidentale. Il est difficile de concevoir que le plus grand défi et la plus grande menace ne soit pas une guerre américaine contre l’Iran, mais en fait le manque de fermeté vis-à-vis de l’attitude de l’Iran pour le contenir à ses frontières. 

Mais pourquoi recourir à une guerre extérieure alors qu’il existe une possibilité d’apporter le changement dans ce pays par ses propres citoyens? Il s’agit du choix présenté par la dirigeante de la Résistance iranienne, Madame Maryam Radjavi il y a trois ans, un choix accueilli chaleureusement par les Iraniens et beaucoup de défenseurs de la liberté et de la démocratie dans le monde.  

C’est la solution qu’on appelle la Troisième voie et qui fait défaut à la dernière tentative américaine.  C’est-à-dire si les Américains voulaient sérieusement barrer la route au régime iranien et aux dangers qu’il représente pour la paix mondiale, il leur faut en accepter toutes les conséquences. La première serait un changement de politique vis-à-vis de la Résistance iranienne. Une résistance qui s’est montrée sérieuse sur la nécessité d’instaurer la démocratie dans son pays, et qui a pu pendant toutes ces années se battre contre les politiques contraires aux intérêts de son peuple et des autres peuples. C’est une résistance qui a sacrifié des dizaines des milliers de ses membres et sympathisants pour l’instauration de la liberté, de la démocratie et de la paix dans son pays et avec ses voisins. 

Ce n’est pas une solution uniquement pour l’Iran mais aussi pour l’Irak. S’il est vrai que le problème irakien vient de l’Iran, la solution doit aussi forcement en venir. L’histoire des relations entre l’Iran et l’Irak est remplie de tueries, de massacres, de haines et de vengeances depuis décennies, voire des siècles. Les huit ans de guerre entre les deux pays en a été le paroxysme.  Dans la situation actuelle tout le monde sait que l’Iran des mollahs est la source principale de la catastrophe actuelle en Irak. 

Mais de l’autre coté, présente sur le terrain depuis une vingtaine d’années, l’OMPI est devenue une source de tranquillité et de démocratie en Irak. Elle jouit du soutien d’une grande partie du peuple irakien. L’an dernier 5,2 millions Irakiens ont signé une pétition soulignant la nécessité d’une présence continue de l’OMPI en Irak; et aujourd’hui on voit quelques 300.000 chi’ites du sud de l’Irak soutenir cette organisation dans une déclaration. Nul doute que l’OMPI représente une solution à la crise iranienne, tout en étant porteuse d’une solution pour l’Irak. Il me semble que la solution au problème irakien dépende de la solution du problème iranien. 

Pour appliquer ce choix, il faut que les Américains complètent leur premier pas en radiant l’OMPI et le CNRI de la liste terroriste. J’appelle également les Européens à mettre fin à cette politique d’échec en appliquant l’arrêt de la Cour européenne de justice datée du 12 décembre 2006, annulant l’inscription de l’OMPI sur la liste des organisations terroristes. 
C’est comme cela qu’on peut ouvrir la voie à une solution pacifique et humaine aux problèmes de l’Iran et de l’Irak. 

* Ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères algérien.

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