mercredi, février 1, 2023
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Iran : les signes avant-coureur d’une éruption

Afrique Asie juillet – août 2007 – Ce jour-là à Chiraz, fait banal en Iran, un jeune devait être pendu, peu importe le motif, les pendaisons publiques se sont multipliées à un rythme infernal depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmadinejad. Elles sont devenues un moyen de contrôler la société. Avec l’idée que plus il y en aura et plus les Iraniens auront la peur au ventre. Une grue plantée sur un camion s’est arrêtée sur la place de Chiraz. Au bout, une corde. Un homme cagoulé fait fonction de bourreau. Partout des policiers et des gardiens de la révolution veillent à ce qu’il n’y ait pas de débordement. Mais le spectacle ne se passe pas comme prévu. Un groupe de jeunes se met à protester, le ton monte et la cérémonie tourne à l’émeute. La grue symbole de cette répression barbare est renversée et les autorités renoncent à la mise en scène. Cela se passe à Chiraz, la ville de la rose et du rossignol, au XXIe siècle.

 

Par Jean Levert

Afrique Asie juillet – août 2007 – Ce jour-là à Chiraz, fait banal en Iran, un jeune devait être pendu, peu importe le motif, les pendaisons publiques se sont multipliées à un rythme infernal depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmadinejad. Elles sont devenues un moyen de contrôler la société. Avec l’idée que plus il y en aura et plus les Iraniens auront la peur au ventre. Une grue plantée sur un camion s’est arrêtée sur la place de Chiraz. Au bout, une corde. Un homme cagoulé fait fonction de bourreau. Partout des policiers et des gardiens de la révolution veillent à ce qu’il n’y ait pas de débordement. Mais le spectacle ne se passe pas comme prévu. Un groupe de jeunes se met à protester, le ton monte et la cérémonie tourne à l’émeute. La grue symbole de cette répression barbare est renversée et les autorités renoncent à la mise en scène. Cela se passe à Chiraz, la ville de la rose et du rossignol, au XXIe siècle.

Autre scène, autre décor : Téhéran, place du 7-Tir le 20 mai, les forces de sécurité tentent d’arrêter des femmes dites « mal voilées », mais des passants s’interposent. Des hommes n’ont pas hésité à se heurter aux agents pour faire échapper les malheureuses. Un commerçant, qui a assisté à la scène, déclare : « Les agents ont arrêté trois femmes âgées de 25 à 30 ans pour infraction au code vestimentaire. Lorsqu’un agent a tenté d’en entraîner une vers le véhicule de police, elle s’est mise à résister. Alors un autre officier a frappé la jeune femme au genou. C’est là que la foule, attirée par les cris, a réagi vigoureusement. Les jeunes femmes ont pu fuir à bord du véhicule d’un inconnu.

Début juin, plusieurs affrontements ont eu lieu dans la capitale, opposant les forces spéciales de police et des jeunes femmes, suite à la mise en place par le Majlis des mollahs du nouveau plan de chasteté et de la campagne contre les infractions au code vestimentaire. L’information est relayée par l’Association des femmes iraniennes à Téhéran. Depuis le début de la campagne, 70.000 Iraniennes ont été appréhendées à Téhéran.

Mouvements protestataires
Ces scènes de résistance à la répression brutale se multiplient en Iran. Depuis quelques mois, le pays est touché par une vague de manifestations et de mouvements de grèves dans différents secteurs. La tension est montée d’un cran dans diverses universités iraniennes et des heurts sporadiques ont éclaté avec les forces de sécurité. 

Les étudiants des universités d’Ispahan, d’Avicenne d’Hamadan (ouest), d’Azad de Kermanchah (ouest), de Tabriz (nord-ouest), et de bien d’autres, ont rejoint les protestations. Dans le passé, ce genre de mouvements se bornait à des revendications sociales. Cette fois, la principale exigence des étudiants est la libération de leurs camarades.

L’un des foyers de protestation est l’Ecole Polytechnique Amir-Kabir de Téhéran. C’est ici qu’Ahmadinejad a été humilié par les étudiants qui ont brûlé son portrait en sa présence. Depuis, de nombreux participants à cet acte courageux ont été emprisonnés. Les rédacteurs en chefs de la principale publication étudiante de cette école viennent d’être interpellés. Un bulletin étudiant indique qu’ils se trouvent à la prison d’Evine de Téhéran, à la section 209, celle du ministère des Renseignements, le VEVAK. Les autorités ont procédé à la fermeture de six journaux et trois organisations étudiantes et de nombreux étudiants se sont vus interdire l’accès à l’université.

Lors de ces manifestations, les étudiants brandissaient des pancartes où, parmi de nombreux slogans, on pouvait lire : “Le train du mouvement d’étudiant n’a plus de frein ”, en référence aux déclarations d’Ahmadinejad sur son programme nucléaire. Les slogans les plus en vue restent  « Nos amis sont emprisonnés, libérez tous les prisonniers », « Université = prison d’Evine », «Cessez les arrestations aveugles ».

A l’instar des étudiants, les travailleurs de toute la province venus défiler à Téhéran le 1er mai, ont scandé des slogans peu orthodoxes : « Libérez les travailleurs emprisonnés », « Non au programme nucléaire, non aux salaires à 180 000 tomans (130 euros ndlr) ». C’est dire que pour la plupart des Iraniens, l’acharnement du pouvoir à poursuivre son programme nucléaire se fait au détriment du pouvoir d’achat.

Les enseignants sont tout aussi virulents, mais ils réclament d’abord la libération de leurs collègues emprisonnés. « Je suis la fille d’Ali Reza Akbari, mon papa est instituteur Il est en prison. Moi je croyais que la prison c’était pour les méchants, mais maintenant je sais que c’est pour les instituteurs […]Je voudrais l’entendre me dire qu’il va bien, seulement ça ! ». Cet appel de la petite Elaheh, 10 ans, a ému les dizaines de milliers d’instituteurs et d’institutrices qui se sont réunis à Téhéran  pour réclamer la libération de leurs collègues arrêtés. Avec un salaire de base de 130 à 140 euros, les enseignants vivent en dessous du seuil de pauvreté.

La prison ou la corde
Cette situation soulève une question importante : Pourquoi les mollahs refusent-ils d’examiner les revendications des enseignants, des travailleurs ou des étudiants ? Pourtant les revenus pétroliers de 2006, évalués à 56 milliards de dollars, le permettent largement.

En fait, les mollahs craignent que, en répondant à ces revendications, ils ne fassent qu’amplifier un mécontentement incontrôlable comme à la fin du règne du chah. L’apparition des slogans sur les murs des grandes villes en faveur des Moudjahidine du peuple laisse un très mauvais souvenir.

Cette inquiétude du régime se comprend d’autant plus que les protestations s’étendent  comme une traînée de poudre, y compris dans les provinces à forte minorités azéris, baloutches et arabes. Pas étonnant : Malgré les richesses de leurs régions, ces populations appauvries souffrent discriminations. Cette année, pour la commémoration du premier anniversaire du soulèvement de mai des Iraniens azéris, la manifestation à Naghadeh a dégénéré en émeutes et en affrontements sporadiques avec les forces de l’ordre.

La seule réponse du pouvoir est une répression encore plus cruelle. Sous prétexte de renforcer la sécurité, des commandos cagoulés des unités spéciales des lancent des raids dans les grandes villes pour arrêter les jeunes révoltés. Ceux-ci sont traînés à terre, lynchés et humiliés avant d’être emprisonnés. Ces scènes filmées sont ensuite diffusées à la télévision d’Etat pour entretenir le climat de terreur. Les victimes risquent les peines très lourdes. Selon Saïd Agha Sadeghi, directeur adjoint de l’organisation carcérale, cité journal gouvernemental Ressalat du 29 mai : « Les « voyous » arrêtés sont considérés comme des criminels dangereux et seront privés de tous les services offerts dans les prisons.” De son coté, Alireza Jamchidi, porte-parole du pouvoir judiciaire, a confirmé la détention de 1500 jeunes, déclarant qu’ils devaient s’attendre à de lourdes peines. Pis Ali Eftekhari, le vice-procureur du régime à Ghazvine (dans l’ouest de l’Iran), a appelé à leur exécution alors qu’aucun n’a encore été jugé et qu’on ne sait pas de quoi ils sont accusés.

D’ores et déjà on enregistre une recrudescence des exécutions. Selon les médias officiels, quarante-deux personnes ont été exécutées le mois dernier. Des étudiants et des prisonniers politiques risquent également la peine capitale. Un prisonnier, M. Hardani, dont la pendaison avait été suspendue sous la pression internationale en 2005, attend de nouveau dans le couloir de la mort. Le régime a exécuté un adolescent de 17 ans, Saïd Ghanbar-Zehi à Zahedan pour s’être opposé au régime. En fait, pour son lien de parenté avec un membre d’un groupe baloutche qui avait agi contre les forces de la répression. Plusieurs ont été exécutés pour « résistance aux forces de sécurité », ce qui veut dire opposition politique.

Entre le régime des mollahs et les Iraniens la rupture est consommée. La question est de savoir si le pouvoir pourra, comme par le passé, contenir la révolte en terrorisant la population. Il y est en tout cas encouragé par la décision choquante du Conseil de Droits de l’Homme de l’Onu, prise en mars dernier, de mettre fin à son contrôle en Iran, ainsi que par celle antérieure de l’Union européenne de ne plus présenter de résolutions de condamnation à la Commission des droits de l’homme. On peut en dire de même des multiples appels du pied des occidentaux au régime des mollahs. Notamment le refus de l’UE de respecter le jugement de la Cour européenne de Justice supprimant de la liste du terrorisme, la principale opposition de Téhéran. L’UE redoute en effet une brouille totale avec Téhéran.

Un régime isolé
Alors que les Américains et les Européens discutent de l’opportunité des négociations avec Téhéran et fantasment sur une issue honorable des dossiers nucléaire et irakien, un vent d’inquiétude souffle sur la sphère du pouvoir iranien. Non à cause d’une intervention étrangère jugée très improbable. Mais en raison de la sympathie de la population pour les Moudjahidine du peuple. Ils bénéficient aujourd’hui d’un formidable pouvoir d’attraction auprès de la jeunesse qui n’a connu que l’école de Khomeiny, et que l’on a voulu à tout prix maintenir apolitique. Le régime tremble à l’idée que l’ébullition à l’intérieur du pays ne soit attisée par son isolement international.

En Iran même, les promesses économiques d’Ahmadineajd sont restées lettres mortes et à l’étranger, les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU cassent l’image de stabilité que les autorités voulaient donner à leurs partisans. En Irak où le régime promettait une percée facile pour ses troupes, les obstacles se dressent. Le monde découvre l’ingérence iranienne et les pays arabe désignent l’Iran comme le parrain des groupes extrémistes les plus violents qui prennent pour cible l’ensemble de la population irakienne sans distinction.

 

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