Etre ou ne pas être terroriste
Par Alain Lallemand
Le Soir,9 mars- (Extraits) – Résistants ou terroristes ? La Cour européenne tranche en faveur des Moudjahidine, mais le Conseil persiste.
Ubuesque : alors que le Conseil européen considère depuis près de cinq ans lex-groupe armé «Organisation des Moudjahidine du peuple dIran » (OMPI) comme une organisation terroriste, cest bien cette même organisation, sous couvert du Conseil national de la résistance dIran, qui a rassemblé ce jeudi midi à Bruxelles, en toute légalité, entre 2.500 à 3.000 manifestants (30.000 selon les organisateurs) au pied des institutions européennes.
Un fort cordon de police a contenu lévénement pour lequel était venus des cars dexilés iraniens originaire notamment du Danemark et dAllemagne de lOuest.
Fait peu commun, le leader du mouvement, Mme Maryam Radjavi, sest affichée lors de ce rassemblement, tant lors dune discrète « conférence internationale » tenue en matinée dans les salons de lhôtel Hilton, quen prenant la parole rue de la Loi, aux côtés des « sponsors » parlementaires traditionnels de lOMPI, en majeure partie élus libéraux et conservateurs défendant le projet dun Iran libéral.
Les « terroristes » seraient-ils donc autorisés à manifester sur le territoire belge ? Tant les autorités iraniennes, qui dénoncent les activités passées de lOMPI, que les partisans de lOMPI eux-mêmes, soulignent laspect surréaliste de la question. Car lEurope sest mise dans une situation intenable : sur décision du Conseil européen et à la demande des Britanniques, lOMPI figure sur la liste des entités terroristes de lUnion depuis mai 2002. Lors de linvasion de lIrak, les partisans de lOMPI ont été arrêtés et enfermés par les forces américaines dans un camp au nord-est de Bagdad. Après interrogatoires, Washington a maintenu ce camp de regroupement mais na plus considéré les Moudjahidine comme une entité nuisible.
Entre-temps, dès juillet 2002, lOMPI a introduit un recours auprès de la Cour de justice européenne à Luxembourg, espérant obtenir le retrait de la mention de son organisation sur la liste des entités terroristes, mention qui lui vaut notamment le gel de ses avoirs. Le 12 décembre 2006, lOMPI obtenait gain de cause devant la Cour pour absence de justification suffisante dans le chef du Conseil européen. Et le Conseil na pas fait appel.
Donc lOMPI nest plus une entité terroriste ? En principe. Car la liste noire, qui doit être mise à jour tous les six mois, na plus été rafraîchie depuis mai 2006. Le 30 janvier 2007, le Conseil, plutôt que de normaliser la situation de lOMPI, a « décidé de fournir à lOMPI un exposé des motifs qui justifient son maintien sur la liste ( ) et de laisser à lOMPI un délai dun mois pour communiquer son point de vue, ainsi que tout document justificatif. »
Ainsi, malgré la décision de la Cour européen, le Conseil persiste à exclure lOMPI. Pourquoi ? Le Soir a pu prendre connaissance de largumentaire du Conseil : sont reprochés aux Moudjahidine des faits de résistance armée commis en Iran et antérieurs à 2002 ( ) Ce qui appelle une double remarque : le Conseil assimile-t-il la résistance armée face à un régime autocratique à du terrorisme ? Et la liste terroriste de lUnion doit-elle reposer sur une activité passée, ou vise-t-elle un danger actuel et des menaces futures ?
Intenable en droit comme en fait, la position du Conseil ne semble sexpliquer quen regard des négociations entre Europe et Iran sur le nucléaire iranien : Cest un Conseil « Affaires économiques et financières » qui a pris la décision contraire aux intérêts de lOMPI. Et le fait de maintenir envers et malgré tout lOMPI sur la liste européenne des organisations terroristes a été proposé par la troïka européenne à Téhéran, en octobre 2004, comme étant lun des incitants à abandonner lenrichissement duranium

