mardi, décembre 6, 2022

Iran : le temps presse

L’éditorial de Pierre Rousselin
 
Le Figaro, 18 septembre – Dans l’affaire iranienne, le temps presse. Le refus de Téhéran de suspendre ses activités d’enrichissement lui a permis, au cours des derniers mois, d’accélérer son programme nucléaire. Nous ne serions plus qu’à quelques années, peut-être une, deux ou trois seulement, du moment fatidique où la République islamique pourra se doter de la bombe atomique.

Chaque semaine compte dans la lutte contre la montre engagée pour éviter l’« alternative catastrophique » qui conduirait soit à la bombe iranienne soit à une guerre contre l’Iran.
 
Depuis décembre 2006, des sanctions ciblées et progressives sont en place grâce à des décisions unanimes du Conseil de sécurité de l’ONU. Ces mesures ont leurs effets. L’Iran est isolé et a de plus en plus de mal à faire tourner son économie. Il faut espérer que les sanctions finiront par affaiblir ceux qui, au sein du régime des mollahs, sont les tenants de la ligne dure à l’égard de l’Occident et poussent à l’escalade sur le dossier nucléaire.
 
Pour cela, la pression doit être maintenue. Mais, à l’ONU, l’adoption d’un nouveau train de sanctions n’est pas garantie. La difficulté vient du répit donné à l’Iran par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui attend de Téhéran des explications sur ses activités nucléaires douteuses.
 
Soucieux d’éviter le précédent irakien, M. ElBaradei, le directeur de l’AIEA, a ménagé Téhéran pour que ses inspecteurs puissent rester sur le terrain. Il a accordé aux Iraniens quelques mois pour répondre. Dans l’intervalle, il sera difficile d’obtenir un consensus au Conseil de sécurité pour une nouvelle résolution.
 
C’est pour maintenir la pression que la France pousse à l’adoption par l’Union européenne de sanctions hors ONU. De telles mesures compléteraient celles prises unilatéralement par les États-Unis et qui sont celles qui font le plus mal parce qu’elles privent l’économie iranienne de l’accès au système financier international. Pour montrer la voie, Paris a demandé aux entreprises françaises de geler leurs investissements en Iran.
 
Le durcissement français s’observe également dans le langage employé. Bernard Kouchner n’hésite pas à dramatiser les enjeux en affirmant qu’il faut « se préparer au pire », c’est-à-dire « à la guerre », si Téhéran persiste à refuser de suspendre son programme nucléaire.
 
L’objectif n’est pas de pousser à la confrontation mais de mobiliser les opinions pour leur faire prendre conscience de la gravité de la situation.
 
À l’heure où les Européens hésitent à adopter de nouvelles sanctions, il n’est pas inutile de rappeler que celles-ci constituent le seul instrument disponible pour appuyer les efforts diplomatiques et contraindre l’Iran à changer d’attitude.
 
Quant à l’hypothèse soulevée par M. Kouchner, ne nous faisons pas d’illusions. Il ne sert à rien de l’ignorer. Elle existe bel et bien. La débâcle irakienne peut conduire les États-Unis à frapper en Iran pour montrer que leur capacité stratégique n’est pas entamée. Plutôt que nier la réalité, mieux vaut se préparer à cette éventualité. Pour mieux l’éviter.

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe