
L’ancien procureur général de Téhéran, Saïd Mortazavi, a été condamné le 28 février à deux ans de prison pour son rôle dans la mort en détention d’étudiants qui avaient manifesté en 2009. Mohsen Rouholamini, 25 ans, diplômé en ingénierie informatique, faisait partie des nombreux étudiants arrêtés pendant les manifestations contre la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. M. Rouholamini est décédé à la suite des coups et blessures perpétrées dans le centre de détention Kakrizak.
Deux autres jeunes manifestants, Mohammad Kamrani et Amir Javadifar, ont également trouvé la mort après un passage à tabac dans le centre de détention Kahrizak. M. Javadifar est décédé le 14 juillet 2009 lors de son transfert de Kahrizak à la tristement célèbre prison d’Evin à Téhéran. M. Kamrani est décédé deux jours plus tard à l’hôpital. Le centre des droits humains en Iran (CDHI) a rapporté que les trois hommes étaient morts à cause de passages à tabac violents.
Deux autres jeunes hommes, Ramin Qahremani et Ahmad Nejati Kargar, ont trouvé la mort peu après leur libération du centre de détention Kahrizak de causes inconnues.
Aujourd’hui, Mortazavi devrait se rendre aux autorités ou un mandat d’arrêt sera délivré à son encontre.
En 2015, une autre cour a reconnu le procureur coupable de détention illégale et lui a interdit de travailler pour le Département de la Justice à vie et de tout autre poste public pendant 5 ans.
Trois ans plus tard, la Cour d’appel a annulé ce verdict indulgent, condamnant Mortazavi à deux ans de prison pour complicité de meurtre.
La tragédie de Kahrizak, comme elle est décrite par les médias locaux en Iran, a été gardée secrète jusqu’au 9 août 2009, lorsque pendant la campagne présidentielle, le concurrent d’Ahmadinejad, Mehdi Karroubi, a révélé certains évènements à Kahrizak dans une lettre au président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime.
Dans sa lettre, Karroubi a exigé une enquête concernant les allégations de torture et d’agression sexuelle dans les prisons iraniennes.
Dix jours plus tard, il a écrit une autre lettre au président du parlement des mollahs, Ali Larijani, l’invitant à assister à une session conjointe avec Mahmoud Ahmadinejad, l’ayatollah Sadeq Larijani, chef du pouvoir judiciaire, l’ancien président Akbar Hashemi Rafsanjani et le procureur de la République. Ceci afin de « présenter mes documents et preuves concernant les affaires d’agressions sexuelles dans certaines prisons, notamment à Kahrizak. »
Ali Larijani et son plus jeune frère Sadeq ont tous deux rejeté les affirmations de M. Karroubi et cette session n’a jamais eu lieu.
Si le père d’un des étudiants décédés n’avait pas eu de relations avec des figures haut-placées dans le régime, la tragédie de Kahrizak n’aurait jamais été jugée pénalement. Le père de M. Rouholamini était un allié proche du Guide suprême des mollahs, Ali Khamenei.
Au début de l’année 2010, le parlement a publié un rapport identifiant Mortazavi comme « le principal coupable dans ce scandale » autour de Kahrizak.
Quelques jours avant que le rapport soit publié, Mahmoud Ahmadinejad avait nommé Mortazavi comme son conseiller spécial dans la lutte contre la contrebande, une position lui conférant l’immunité judiciaire.
Néanmoins, les médias locaux et l’opposition à l’étranger ont continué de suivre la tragédie Kahrizak sans relâche.

