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Iran : Devant la montée de l’agitation économique, Ahmadinejad fait marche arrière

Alireza JaffarzadehPar Alireza Jafarzadeh

Fox News, 16 octobre – Dans un revers majeur pour le régime des ayatollahs, la grève généralisée des commerçants et des marchands a touché les grandes villes d’Iran, en réaction à une nouvelle TVA imposée par le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad. Les témoins ont décrit les troubles comme « l’expression d’une protestation qui rappelle les jours de la révolution iranienne ».

Ahmadinejad a rapidement battu en retraite en promettant de repousser la taxe de deux mois. «D’aucuns craignent que la grève ne prenne une tournure politique », a déclaré un responsable à une agence de presse.

La tactique dilatoire cependant a échoué et la grève s’est radicalisée, avec davantage de villes et de commerçants venant grossir le mouvement. Quand presque tout le bazar de que Téhéran s’est mis en grève le dimanche 12 octobre, le gouvernement a de nouveau reculé, et a annoncé que la nouvelle taxe était reportée «sine die ».

Convaincu que cela mettrait fin à la tourmente, le gouvernement a annoncé à la radiotélévision que tous les commerces du bazar de Téhéran allait rouvrir le lendemain. Des vœux pieux. L’agence de presse officielle ILNA rapportait le 13 octobre que, contrairement à ce que disaient les médias, le fameux Grand Bazar de Téhéran restait fermé pour le sixième jour d’affilée. Malgré les intenses pressions des hauts ténors du bazar étroitement affiliés au régime, la plupart des commerçants parlent toujours de poursuivre leur grève.

Quelques jours après avoir qualifié la crise économique qui secoue l’occident de « châtiment divin », le régime des ayatollahs se retrouve dans une crise économique peut-être plus grave.

Des informations venant de Téhéran indiquent que le régime a envoyé de grands contingents de forces de sécurité pour encercler le Grand Bazar. Selon le BBC World Service, « un grand nombre de policiers patrouillent dans le bazar. Les journalistes ont été refoulés. Des équipes de cameramen prises en train de filmer ont reçu l’ordre de remettre leurs films».

Selon le New York Times, les forces de sécurité étaient déployées dans le bazar mais les commerçants refusaient toujours d’ouvrir leurs boutiques. Le Los Angeles Times, citant une agence de presse officielle, a écrit : « Les manifestants en colère contre la taxe ont brisé une branche de la Banque d’Etat Saderat ».

L’année dernière, l’annonce soudaine d’une hausse des prix du carburant avait plongé Téhéran et d’autres grandes villes dans des émeutes hostiles au pouvoir. De nombreux manifestants avaient été arrêtés, plusieurs d’entre eux sont finalement réapparus parmi les 29 personnes pendues en une journée l’été dernier.

Sous le régime des ayatollahs, l’économie iranienne basée sur le pétrole est fondamentalement dysfonctionnelle. Le taux d’inflation officiel est de 30% et celui du chômage est à deux chiffres. Des centaines de manifestations, de sit-ins et de grèves des syndicats, des enseignants et d’autres démontrent sans le moindre doute que les problèmes économiques sont endémiques. Les grèves dans les bazars de Téhéran et des grandes villes n’ont pas de précédent depuis 1979.

Ce serait une erreur de voir le bazar, qui a joué un rôle clé dans la révolution antimonarchique de 1979, comme une classe homogène fidèle au régime en place. Un segment important des marchands du bazar sont des nationalistes qui, financièrement et politiquement, sont l’épine dorsale de la Résistance iranienne depuis 1979. Certains en fait ont été exécutés pour leur soutien actif au principal parti de l’opposition, les Moudjahidin du peuple d’Iran (OMPI). Pour beaucoup dans le bazar, leur opposition au régime dépasse les simples questions économiques.

De la même manière, le mécontentement actuel va bien au-delà d’une nouvelle taxe. Selon le Financial Times, « la frustration parmi les classes moyennes et plus basses de l’Iran sur la hausse des prix est croissante », faisant craindre au gouvernement qu’une longue protestation dans les bazars pourrait encourager d’autres groupes comme les enseignants et les étudiants à se joindre à la contestation, « même si c’est pour des raisons différentes ».

Les Iraniens sont bien conscients que les caisses du régime débordent de recettes pétrolières avec l’extraordinaire hausse des prix récemment, dépassant de loin toutes les prévisions budgétaires. Et ils savent bien où tout cet excédent d’argent est allé : Si plus de la moitié de la population de l’Iran vit dans la pauvreté, les mollahs, eux, s’occupent de financer le terrorisme, la tyrannie et le programme d’armes nucléaires. Sans faire règner de la terreur, les ayatollahs ne seraient pas en mesure de réprimer la dissidence.

Au fil du temps, des explosions sur des points particuliers deviennent vite une opposition à la totalité du régime. La semaine dernière, des centaines d’étudiants de l’université de Chiraz ont apparemment récusé le accablant débat de certains milieux occidentaux sur l’exploitation du schisme entre les « radicaux extrémistes » et « radicaux pragmatiques ». Les manifestants ont interrompu le discours d’Ali Larijani, commandant des gardiens de la révolution reconverti en politicien et actuel président du parlement, en scandant « mort aux dictateurs », « libérez tous les étudiants emprisonnés », et « nous sommes des hommes et des femmes de combat, venez vous battre et nous vous combattrons ».  Hors de la salle des étudiants criaient : « Larijani, honte à toi, quitte l’université. »

«Peu importe l’événement, ce pourrait être la défaite de l’équipe nationale de football, une coupure soudaine d’électricité, d’eau potable, ou le rationnement soudain et inattendu du carburant … Ils peuvent tous déclencher une émeute … Bien que la plupart de ces émeutes aient été arrêtées avec l’intervention des organes de sécurité et militaires, chaque protestation ajoute à la mémoire collective de la population, qui va l’utiliser comme un capital ou une expérience acquise pour la prochaine révolte », écrivait Etemad, l’un des principaux quotidiens officiels. Les gouvernements occidentaux doivent encore trouver ce talon d’Achille des ayatollahs.

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Alireza Jafarzadeh est l’auteur de The Iran Threat: President Ahmadinejad and the Coming Nuclear Crisis (Palgrave : Février 2008).

Jafarzadeh a révélé le réseau terroriste du régime iranien en Irak et ses camps d’entraînement terroristes depuis 2003. Il a été le premier à révéler l’existence des installations d’enrichissement d’uranium de Natanz et l’installation d’eau lourde d’Arak en août 2002.