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Ni la complaisance ni la guerre ne libéreront l’Iran

Ni la complaisance ni la guerre ne libéreront l'Iran
Bâtiments détruits et véhicules endommagés à Téhéran, sur l’autoroute Bagheri et la rue Tahamtan, après un attentat à la bombe en milieu de journée le 16 mars 2026

Trop longtemps, le monde a considéré le régime clérical de Téhéran comme un problème à gérer plutôt que comme une dictature à affronter. La politique de complaisance a été poussée à l’extrême. Chaque concession était justifiée au nom de la stabilité. Chaque avertissement était balayé d’un revers de main, qualifié d’alarmisme. Chaque atermoiement était défendu au nom de la diplomatie. Or, le résultat de cette stratégie est désormais indéniable : l’apaisement n’a ni modéré le régime, ni freiné ses ambitions, ni rendu la région plus sûre. Il a donné aux mollahs le temps, l’argent, la légitimité et la marge de manœuvre nécessaires pour étendre leur appareil répressif à l’intérieur du pays et leurs activités terroristes à l’étranger.

Le régime iranien a exploité ce répit exactement comme la résistance iranienne l’avait prédit. Il n’est pas devenu plus pragmatique, mais plus agressif. Il a renforcé son emprise sur la société iranienne tout en intensifiant ses efforts dans la guerre par procuration, la radicalisation idéologique et la déstabilisation régionale. Il ne s’agissait pas d’une simple posture de politique étrangère, mais d’une stratégie de survie. Le régime a toujours su que lorsque sa crise interne s’aggrave, il doit se tourner vers l’extérieur. Quand le sol tremble sous ses pieds en Iran, il tente de mettre le feu à la région.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les événements du 7 octobre 2023. Ces attaques n’étaient pas une simple éruption de plus dans un long conflit régional. Elles servaient également les intérêts stratégiques d’un régime confronté à la menace constante d’un soulèvement national. Téhéran a longtemps eu recours à l’exportation de crises comme méthode d’autoconservation. En réalité, le régime cherchait à exporter sa propre crise de survie au-delà de ses frontières. Au lieu d’affronter la colère grandissante du peuple iranien, il a misé sur une guerre régionale, un traumatisme de masse et une confusion stratégique.

Khamenei, principal architecte de cette doctrine, pensait sans doute connaître le déroulement des événements. Il semble avoir calculé que la riposte israélienne ressemblerait aux précédentes guerres limitées : catastrophique pour les Palestiniens, déstabilisatrice pour la région, utile à la propagande de Téhéran sur le plan émotionnel, et pourtant contenue à distance du cœur du régime. Dans ce scénario, les mollahs se cacheraient une fois de plus derrière des intermédiaires, exploiteraient le chaos politique et gagneraient du temps dans leur pays.

Mais cette fois, le calcul se retourna contre son instigateur. Le régime, qui avait si souvent agi par le biais d’intermédiaires, se retrouva sous le feu des projecteurs. La tête du serpent, longtemps dissimulée par un voile de déni, devint plus difficile à ignorer. Ce n’était pas le résultat escompté par Téhéran. Le régime avait prévu une escalade contrôlée, et non que son propre rôle central devienne le point de mire.

Pourtant, l’échec de la complaisance a engendré une seconde illusion, non moins dangereuse : la croyance que la guerre peut résoudre ce que la complaisance n’a pu faire. C’est là que nombre de gouvernements, d’experts et de stratèges continuent de se tromper sur l’Iran. Les frappes aériennes, l’escalade militaire et les pressions extérieures peuvent affaiblir certains aspects du régime, mais elles n’entraînent pas automatiquement de changement démocratique. En réalité, la guerre offre souvent aux dictatures exactement ce dont elles ont besoin : un climat de siège, un prétexte à une répression accrue, un outil de chantage nationaliste et l’occasion de panser les plaies internes.

Une dictature sous le feu ennemi ne s’effondre pas nécessairement. Elle se durcit souvent. Elle fait croire à une population terrorisée que toute dissidence est une trahison et que la survie exige l’obéissance. Elle instrumentalise le langage de la défense nationale pour prolonger la tyrannie intérieure. C’est pourquoi l’idée qu’on puisse simplement bombarder l’Iran pour le libérer est aussi illusoire que l’ancienne illusion selon laquelle on pourrait négocier avec lui pour le ramener à la raison.

Ces deux écoles de pensée échouent pour la même raison : elles interprètent mal la nature du régime. La complaisance supposait qu’on pouvait persuader les mollahs de se comporter comme un État normal. La guerre, quant à elle, suppose qu’on pouvait les destituer comme s’il s’agissait d’une simple cible militaire. Or, la dictature cléricale n’est pas qu’un gouvernement aux politiques désastreuses. C’est un système idéologique enraciné dans la répression, l’absolutisme religieux et la violence organisée. Son problème fondamental est politique, et non pas seulement diplomatique ou militaire. Et les systèmes politiques de ce type ne sont pas renversés par une diplomatie illusoire ou par la seule force extérieure.

Ils sont renversés lorsque le peuple qu’ils oppriment les rejette fermement, et lorsque ce rejet est organisé. Une véritable alternative.

Voilà l’élément qui fait défaut dans une grande partie du débat international sur l’Iran. Le facteur décisif n’est ni une nouvelle période de compromis, ni une nouvelle guerre. C’est un changement de régime mené par le peuple iranien et sa résistance organisée. Ni le chaos. Ni une occupation étrangère. Ni une énième dictature sous un autre jour. Une transition démocratique menée par le peuple iranien et sa résistance organisée.

C’est la leçon que le monde apprend à ses dépens. La complaisance a déjà fait ses preuves dans l’histoire, et il a échoué. Certains semblent désormais déterminés à donner à la guerre la même chance, comme si les missiles pouvaient accomplir ce que les concessions n’ont pu faire. Cela aussi échouera si ce n’est pas ancré dans la volonté du peuple iranien. La sortie de cette crise ne passe ni par les calculs de survie des mollahs, ni par les illusions destructrices d’une nouvelle guerre régionale. Elle passe par le renversement d’un régime qui a fait du terrorisme, du fondamentalisme et de la répression les piliers de son existence.

Ni la politique de complaisance ni la guerre ne libéreront l’Iran. Seul le peuple iranien peut y parvenir, et seule une résistance démocratique organisée peut transformer cette possibilité en réalité.