dimanche, décembre 4, 2022
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Iran : Dans les griffes de la police des murs

Courrier international – Dans cette lettre publiée par le service persan de la BBC, une Iranienne explique dans le détail comment faire lorsqu’un adolescent est victime d’une descente de la police des mœurs dans une soirée dansante privée.

Dès lors que la police n’hésite pas à intervenir à l’occasion de soirées privées entre amis, et même lors de fêtes de famille, il est bon de soumettre aux parents de jeunes adolescents certains conseils utiles. Chers parents, n’oubliez pas, en premier lieu, de demander à votre enfant avant qu’il ne parte l’adresse précise du lieu où il va passer la soirée.

 

Si vous vous inquiétez, appelez-le sur son portable à partir de 23 heures. S’il vous répond, tout va bien. Si son portable est systématiquement éteint, vous pouvez commencer à vous tracasser. Evidemment, le réseau téléphonique iranien étant ce qu’il est, il faut faire plusieurs tentatives.

Si après plusieurs essais il n’y a toujours pas de réponse, il convient alors de se rendre sur le lieu de la soirée où se trouve en principe votre enfant. Personne ne répond à cette adresse ? Il est temps de vous diriger vers l’avenue Khaled Eslamboli. C’est en effet le seul endroit à Téhéran où vous pourrez trouver votre enfant : au Centre de lutte contre la débauche sociale installé à cette adresse. Il est alors possible de se renseigner auprès d’un gardien pour savoir si la police a bien arrêté des jeunes qui participaient à une « soirée mixte ». Il vous confirmera certainement que la police vient effectivement d’arrêter des filles et des garçons lors d’une soirée dansante dans tel ou tel quartier de la ville.

Rien ne sert alors de se mettre à pleurer ou à crier. Vous pourrez probablement apercevoir votre enfant, menotté, lorsqu’il sera emmené en camionnette avec d’autres vers l’avenue Behesht [dans le sud de Téhéran] pour y subir un alcootest. Vous prierez alors pour que la camionnette arrive bien à destination, car le chauffeur conduit habituellement comme un fou.

Arrivé sur place, votre enfant attendra dans la file, toujours menotté, de subir son examen, qui coûte 5 000 toumans [4,50 euros]. Votre enfant sera ensuite reconduit à son point de départ au siège de la police des mœurs, où il passera la nuit avec d’autres jeunes dans la promiscuité – les garçons dans une pièce, les filles dans une autre. Les jeunes sont soumis à certaines tâches comme enlever la neige qui recouvre les voitures de police, nettoyer les toilettes, balayer. Comme à l’armée, on les soumet à des exercices physiques fastidieux, le tout sous les injures. Dans la foulée, les policiers contrôlent également le contenu des téléphones portables. C’est ainsi que la nuit s’achève péniblement. Les parents qui ont réussi à obtenir l’information selon laquelle leur enfant a bien été arrêté se pressent tôt le matin devant les portes de ce Centre de lutte contre la débauche sociale.

Vous pouvez alors vous attendre à ce qu’un juge vous fasse la morale au sujet du comportement « non conforme » de votre enfant. Il vous faudra ensuite vous rendre au tribunal. Des fonctionnaires inviteront les parents à prendre place dans la salle afin qu’ils ne ratent rien du spectacle de leurs enfants entrant menottés deux par deux pour être accusés du crime de « participation à une soirée privée ». Chers parents, surtout n’oubliez pas à ce moment-là d’être en possession, en guise de caution pour la libération de votre enfant, de divers documents tels qu’un titre de propriété, une fiche de paie ou une attestation pour les fonctionnaires d’Etat. Si vous ne possédez aucun de ces documents mais qu’une connaissance ou un parent a bien voulu vous en fournir un, veillez à ce que ce généreux donateur soit bien présent lui aussi. Le formulaire de caution doit être rempli par la personne qui se porte garante que votre enfant restera à disposition de la justice jusqu’au jour du jugement définitif et que l’amende – qui peut atteindre 200 000 ou 300 000 toumans [entre 160 euros et 250 euros] – sera bien payée en cas de confirmation de la sanction par la justice. Cette amende est spécifique aux seuls cas de participation à des soirées privées mixtes.

Après ces longues heures, votre enfant pourra enfin réintégrer votre chaleureux foyer. 

BBC Persian

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