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L’Europe durcit ses propos et ses actes contre l’Iran

Mottaki en pleursUnited Press International, Bruxelles, 21 février – par Gareth Harding – Les Européens sont supposés préférer la souplesse plutôt que la dureté  dans la démonstration du pouvoir, les négociations à la guerre, la complaisance à la confrontation. En bref, d’après les mots de l’intellectuel néo conservateur Robert Kagan : « les Américains viennent de Mars ; et les Européens de Vénus ».

 

Tous ceux qui croient toujours à cette théorie fantaisiste sur les relations internationales aurait dû assister à la réception du ministre iranien des affaires étrangères Manouchehr Mottaki à Bruxelles lundi.

Avant même que son avion n’ait atterri sur le sol belge, l’eurodéputé écossais Struan Stevenson a dit que l’invitation de Mottaki au Parlement européen était une « insulte au 120.000 opposants politiques du régime des mollahs qui ont été exécutés depuis le renversement du chah il y a 27 ans. »

Accusant Mottaki d’avoir été impliqué dans des attaques terroristes et des assassinats lorsqu’il était ambassadeur en Turquie dans les années 1980s, Stevenson a dit : « En invitant Mottaki à Bruxelles pour nous assurer que l’Iran n’essaye pas de développer des armes nucléaires revient à inviter Von Ribbentrop pour nous parler de son amour pour la Pologne en 1939. »

La première réunion du premier diplomate iranien s’est passée avec Karel de Gucht, le ministre belge des Affaires étrangères – un des pays qui a été inclus dans la liste des néo conservateurs comme faisant parti de « l’axe des pays qui se défilent »  lors de la préparation de la guerre contre l’Irak. De Gucht, qui est actuellement président de l’Organisation pour la Coopération en Europe, n’a pas perdu de temps pour « taper sur les doigts » de Mottaki.

Il a qualifié les déclarations de Mahmoud Ahmadinejad comme quoi  l’holocauste était un mythe de « dégoûtantes »  et a dit que les récents propos du président iranien jetant le doute sur le droit d’Israël à exister étaient inacceptables.

« Non seulement Israël a le droit d’exister, mais il a aussi le droit de vivre en paix et en sécurité ». De Gutch a terminé en disant que le fait que l’Iran ait été référé au Conseil de Sécurité des Nations Unies étaient entièrement de sa propre faute.

Sûrement pas des paroles de peureux
La prochaine étape de Mottaki a été le chef de la diplomatie européenne Javier Solana, un homme connu pour son calme. Mais au bout de 90 minutes, même l’ancien patron de l’OTAN était exaspéré par la position iranienne, déclarant aux journalistes : « Ils doivent être plus constructifs ».

La réponse de Mottaki était de blâmer Bruxelles pour n’avoir pu trouver une nouvelle solution pour sortir de l’impasse et a critiqué l’UE pour « soutenir une sorte d’apartheid qui n’est pas acceptable aux Iraniens ».

Le dernier rendez vous du jour du ministre des affaires étrangères s’est passé avec la commission des affaires étrangères européennes, une place intimidante même pour les représentants des pays qui ne sont pas considérés comme  des « parias ». Mottaki a fait peu pour s’attirer les faveurs des eurodéputés en comparant Israël à l’Apartheid en Afrique du Sud, mettant en garde contre une « confrontation des civilisations » si les gouvernements occidentaux continuaient à provoquer les musulmans avec des caricatures insultantes, se posant la question de savoir si l’Holocauste a vraiment eu  lieu et demandant « pourquoi les musulmans devraient payer le prix pour corriger un événement si horrible. »

Les membres de l’assemblée de l’UE ont réagi avec l’indignation qu’on imagine à ces propos. Rejetant la comparaison de Mottaki entre Israël et l’Afrique du Sud, le président de la commission Elmar Brok a dit que Nelson Mandela était devenu un exemple à cause de ses méthodes pacifiques, non en appelant à la destruction d’un Etat.

La parlementaire socialiste belge Veronique de Keyser a dit qu’elle espérait que la prochaine fois que Mottaki visiterait le parlement il ne mettrait pas en doute l’Holocauste. « La mort de millions juifs, d’homosexuels, de gitans, n’est en aucune façon comparable à des caricatures ou des drapeaux brûlés. Nous ne pouvons pas parler avec vous si vous le prenez de cette manière. »

Les autres députés ont critiqué le terrible bilan des droits de l’homme en Iran et son soutien aux groupes terroristes dans les pays voisins.

A la fin de la réunion, dans laquelle Mottaki a appelé les musulmans à faire preuve de retenue dans leurs manifestations contre les caricatures danoises du prophète Mahomet, Brock a conclu : « Je n’ai vu aucune ouverture pour des négociations … Nous avons un long chemin à parcourir avant de parvenir à nous comprendre. »

La rude réception de Mottaki à Bruxelles reflète le durcissement de l’Europe envers le régime islamiste de Téhéran. Le président français Jacques Chirac a indiqué que Paris serait prêt à utiliser ses armes nucléaires contre les Etats qui soutiennent le terrorisme et la semaine dernière le ministre français des affaires étrangères Philippe Douste- Blazy a critiqué l’Iran pour fabriquer secrètement des armes atomiques. Il faut se rappeler que ce sont ceux qui avaient été taxés de « singes mangeurs de fromage redditionistes » pour leur opposition à la guerre en Irak.

Même la chancelière allemande Angela Merkel, une débutante sur la scène internationale, perd patience rapidement. Lors d’un discours à la conférence sur la sécurité globale à Munich au début du mois, la chancelière du centre droit a comparé le régime ultra de Téhéran à la montée du parti nazi, disant que l’Allemagne n’accepterait pas un Iran nucléaire.

Dans son dernier ouvrage, «  Pas vraiment diplomate », l’ancien commissaire européen des affaires étrangères, Chris Patten évoque le contraste entre «  les grands adjectifs et les noms, et le verbes faibles », utilisés dans la politique étrangère européenne avant les années 1990. « L’Europe a joué un jeu passable, mais personne n’a voulu se mouiller. Nous n’avons pas causé beaucoup de mal (excepté dans les Balkans), et nous n’avons pas fait beaucoup de bien non plus. »

En réponse aux provocations nucléaires iraniennes, l’Europe a été forte sur l’adjectif et les verbes. L’Europe a essayé de ramener Téhéran dans la communauté internationale en lui offrant un accord sur le commerce et des aides en attendant en retour d’une amélioration des droits de l’homme. Quand les négociations ont échoué lorsqu’il est devenu évident que l’Iran mentait aux gouvernements occidentaux sur son programme nucléaire, Bruxelles a durci son attitude, menaçant de référer le dossier nucléaire iranien au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Quand l’Iran a repris ses activités nucléaires en août, l’UE n’a eu qu’une option logique : référer l’Iran au Conseil de Sécurité.

Les Etats-Unis ont soutenu l’attitude de l’UE mais ont joué seulement un petit rôle dans ce dossier car il lui manquait des outils significatifs pour influencer le débat. Les Américains n’ont pas de liens diplomatiques avec Téhéran, ne pouvant ainsi engager de dialogue avec les mollahs. Ils ont imposé un embargo commercial sur l’Iran depuis que les islamistes ont pris le pouvoir, aussi la menace des sanctions économiques ne vaut pas grand chose. Et leur capacité de lancer des frappes militaires contre ce pays musulman a été sévèrement affaiblie par le fait que leurs troupes sont embourbées en Irak, en Afghanistan et dans les Balkans.

Durant la préparation de la deuxième guerre du golfe, les néo conservateurs de Washington ont sorti des autocollants dans lesquels étaient écrit une citation d’un responsable britannique : « Tout le monde veut partir à Bagdad. Les vrais hommes veulent partir à Téhéran. » Aujourd’hui, les « vrais hommes » sont embourbés dans les bunkers des « groupes de réflexion » tandis que le vrai travail qui consiste à désamorcer la confrontation avec Téhéran est fait dans les capitales des trois « axes des peureux », Berlin, Paris et Moscou.