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Il ne faut pas envoyer des messages contradictoires à l’Iran

La complaisance avec les dictateurs est vouée à l’échec

Par Ryszard Czarnecki, eurodéputé, ancien ministre européen de la Pologne

 

Huffingtonpost, 20 octobre –  Parlant de l’apaisement, Konrad Adenauer, le chancelier allemand de l’après guerre mondiale a dit une fois : « La seule façon de calmer un tigre c’est de se laisser dévorer ». Ce conseil semble ne pas être pris au sérieux par un groupe minoritaire de mes collègues de la délégation du Parlement européen pour l’Iran qui tiennent à se rendre en Iran à la fin de ce mois.

L’Occident a fait tout ce qu’il pouvait pour plaire aux mollahs au pouvoir en Iran. Un de mes amis dans la Résistance iranienne expliquait : « Le soutien que ce régime médiéval a reçu de l’Occident va bien au-delà des autres dictatures de l’histoire iranienne contemporaine. On serait étonné d’apprendre que la politique occidentale de la dernière décennie a en fait renforcé les ayatollahs et paralysé leur opposition ».

A la fin des années 90, les États-Unis, suivis par le Royaume-Uni et l’Union européenne, ont catalogué le principal parti d’opposition démocratique iranien, l’Ompi, comme une «organisation terroriste étrangère». Cette mesure a été qualifiée de «geste de bonne volonté » vis-à-vis de l’Iran. Après des années de batailles juridiques, l’OMPI a gagné devant toutes les juridictions européennes et américaines et a été retirée de ces listes noires, avec la dernière victoire magnifique du 28 septembre lorsque Hillary Clinton a retiré ce mouvement de la liste américaine.

Le monde a été alerté des ambitions nucléaires de l’Iran en 2002, après que le CNRI, coalition de la résistance iranienne, s’appuyant sur les informations reçues de membres de l’OMPI en Iran, ait révélé pour la première fois l’existence de deux principaux sites nucléaires ultrasecrets. L’opposition iranienne a appelé à des sanctions sévères contre l’Iran et a fortement réfuté la propagande des mollahs selon laquelle leur programme nucléaire était populaire en Iran ! Au lieu de les écouter, la diplomatie de l’Union Européenne, sous la direction du socialiste espagnol Javier Solana et du ministre des Affaires étrangères britannique Jack Straw, a lancé un train de négociations inutiles pour mettre un terme à ce programme nucléaire. Ces négociations sont toujours en cours, cette fois menées par Lady Ashton.

Mais qu’avons-nous obtenu des négociations avec l’Iran jusqu’à présent ? Nous lui avons seulement donné dix ans de plus pour se rapprocher de la bombe atomique. Les mollahs ont également été occupés à exporter la branche de leur islam radical dans les pays voisins afin d’essayer de dominer la région. Ils envoient activement, aussi, des troupes et des armes à la Syrie d’Assad pour empêcher la démocratie de prospérer au Moyen-Orient. Inutile de dire, que ce temps supplémentaire a également été utilisé pour tuer des centaines de manifestants et de militants d’opposition désirant ardemment la démocratie en Iran. Des milliers d’innocents ont été emprisonnés pour avoir revendiqué la liberté.

Cependant après dix années gaspillées, l’Occident applique désormais un niveau de sanctions économiques et un embargo pétrolier, exigés par le CNRI ces trois dernières décennies. Lundi, les ministres européens des Affaires étrangères ont imposé de nouvelles sanctions plus sévères contre Téhéran dans le secteur de l’énergie, des transports et de la finance, tout en prolongeant les sanctions existantes à de nouveaux individus.

Ses messages contradictoires à l’Iran

Tandis que le monde, en général, semble commencer à comprendre que les menaces de l’Iran ne seront pas résolues par des négociations sans fin et que davantage de sanctions sont nécessaires pour contenir les mollahs, un groupe de mes collègues du Parlement européen semblent désireux de mener une action dans la direction opposée.

La délégation de l’Iran au sein du Parlement européen, traditionnellement aux mains des Verts (écologistes) allemands, ressemble davantage à un instrument façonné avec l’aide de l’ambassade d’Iran à Bruxelles, il y a quelques années, afin de servir les intérêts de l’Iran au sein même de notre institution démocratique.

Loin de contribuer à promouvoir la démocratie en Iran, la délégation semble avoir comme objectif principal de se rendre en Iran et d’être en bons termes avec les mollahs tout en laissant les représentants iraniens se sentir comme chez eux, en Europe, en organisant des «réunions interparlementaires» pour eux à Bruxelles.

Mais quel genre de personnes la délégation veut-elle rencontrer cette fois à Téhéran ?  Une demande de rencontre avec les prétendus « leaders de l’opposition » a été rejetée par le régime. Leur homologue et hôte iranien, Kazem Jalali, vice-président de la commission de sécurité et des affaires étrangères au parlement iranien, a été impliquée dans la machine de répression du régime depuis ses premiers jours.

Sur son site, il a posté des photos de la période pendant laquelle il était dans la milice paramilitaire du Bassidj et dans les forces des gardiens de la révolution. Il affirme fièrement qu’il a été sélectionné dans le conseil de discipline des ayatollahs à l’université, dont la seule tâche est de réduire au silence les voix dissidentes.

Dans un de ses récents discours, il cite «la victoire du Hezbollah» sur «le régime sioniste» pendant la guerre des 33 jours comme l’un des plus grands accomplissements du régime iranien. En plus d’être à la tête du groupe d’amitié avec le Parlement européen, il préside également les groupes d’amitié pour les relations avec la Syrie et la Russie. Ce n’est pas le genre de compagnie dont notre parlement aurait besoin !

Les violations des droits de l’homme en Iran ont atteint, récemment,  de nouveaux sommets. La semaine dernière, au moins 14 pendaisons ont eu lieu en Iran. La semaine dernière, le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme en Iran, Ahmed Shaheed, a publié un rapport alarmant affirmant que des militants des droits de l’homme en Iran sont soumis à des coups de bâtons, des fausses pendaisons, violés, privés de sommeil et les membres de leurs familles menacés de viol ou de meurtre.
C’est sans aucun doute le pire moment pour notre parlement d’envoyer une délégation en Iran. Elle affaiblira notre position internationale et enverra des signaux contradictoires au moment où les sanctions commencent à fonctionner et que les mollahs sentent qu’ils vont devoir se mettre à payer un prix pour leur violation constante de leurs obligations internationales.

Alors que des ministres de l’UE ont imposé des sanctions plus sévères à l’encontre de l’Iran, le Parlement européen ne doit pas ne doit pas prendre la direction opposée.