vendredi, décembre 9, 2022
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Faut-il aller en Iran sans se soucier des droits humains ? (Conférence en ligne)

Une table ronde en ligne animée par Behzad Naziri, membre de la Commission des Affaires étrangères du CNRI, s’est tenue ce jeudi 6 août, sous le titre : « faut-il aller en Iran sans se soucier des droits humains ? ». Ont pris part à la discussion, l’ancien ministre des affaires étrangères de l’Italie, Giulio Terzi (2011-2013) ; le préfet Yves Bonnet, ancien directeur de la DST ; François Colcombet, ancien député et magistrat et président de la Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO) ; et Jean-Pierre Béquet, ancien député et maire d’Auvers-sur-Oise, co-fondateur du Comité Français pour un Iran Démocratique (CFID).

Une succession de voyage de personnalités politiques européennes en Iran, suite à l’accord du 14 juillet dernier sur le programme nucléaire iranien, a soulevé nombre de questions quant à la respectabilité du pouvoir en place en matière des Droits de l’Homme. Le dernier en date dans ces visites exploratoires étant le ministre italien des affaires étrangères, précédé le 29 juillet dernier par son homologue français et d’un ministre allemand, il a semblé très opportun de demander l’impression de plusieurs personnalités européennes sur l’impact de ce genre de voyage dans l’opinion publique en Europe mais aussi en Iran.

Ceci d’autant plus que ces dernières semaines, les déclarations alarmantes sur une détérioration de la situation des droits humains en Iran se sont multipliées et montées en intensité. Le Haut-Commissaire de l’ONU pour les Droits de l’Homme s’est indigné de la condamnation à mort d’un individu pour l’exercice pacifique de sa liberté d’expression, considérant qu’il s’agit d’ « un outrage absolu et une évidente violation des lois internationales en matière des droits de humain ». Avant lui c’était Amnesty International qui a alerté sur le nombre croissant des exécutions en Iran pouvant atteindre un millier d’ici la fin de l’année.

Voici quelques éléments de réponses apportés par les intervenants à nombreuses questions des journalistes et des internautes qui ont suivi ce débat « on-line » :  

Giulio Terzi : En cette journée de 6 août où la mémoire d’Hiroshima n’est pas oubliée, comment peut-on  oublier si facilement la mémoire des années difficiles que nous avons eu avec le régime iranien, non seulement dans le domaine du nucléaire, mais particulièrement dans le domaine des violations des droits de l’Homme. Les négociations sur le nucléaire iranien ne devraient pas faire oublier les engagements internationaux de l’Iran dans d’autres domaines. Malheureusement c’est ce qui s’est passé pendant les visites de Federica Mogherini, la Haute représentante de l’UE et de son successeur au poste du ministre des affaires étrangères italien, Paolo Gentiloni. Notre pays est concerné par l’exportation du terrorisme par ce régime qui est l’autre face des violations à l’intérieur du pays ; nous avons donc un problème de sécurité avec le pouvoir en place. On ne peut avoir une politique réaliste vis-à-vis de l’Iran sans tenir compte des violations des droits humains en Iran. Les 28 pays de l’Union européenne ont signé un texte qui stipule que tous les accords de commerces de l’UE avec d’autres pays doivent  contenir une clause spécifique de respect des droits humains.

Yves Bonnet : la situation du programme nucléaire iranien a été gelé ; elle n’a pas été réglée. Depuis plus de 20 ans le pouvoir iranien a triché sur ce programme. Doit-on aujourd’hui faire confiance à un gouvernement tricheur ? La politique européenne menée par Mme Mogherini ne correspond pas aux grands principes de l’UE en termes des droits humains. Elle s’est écartée de nos valeurs lors de sa visite en Iran. En ce qui concerne la France, elle peut adopter une realpolitik vis-à-vis de l’Iran, mais pour être cohérant et fidèle à ses principes républicains, elle ne devrait pas être complaisante avec le régime iranien. Nous devons observer beaucoup de réserve avec un régime qui pratique la peine de mort pour terroriser sa population. Aux français qui partent en Iran, qu’ils soient ministres, parlementaires, chefs d’entreprises ou touristes, je leur dit : la tolérance doit être zéro devant les violations des droits de l’Homme par ce régime. Il faut une attitude très ferme vis-à-vis de l’Iran qui peut aller jusqu’à la rupture des relations diplomatiques  si ce régime ne respecte pas ses engagements internationaux mais surtout s’il persiste dans l’application de la peine de mort.

François Colcombet : Les négociations avec l’Iran ne doivent pas éclipser les violations des droits de l’Homme dans ce pays.  L’opinion publique française ne fait pas du tout confiance au régime iranien. Nous souhaitons que le gouvernement français respecte cette opinion partagée par de nombreux élus et rappelle  dans ses discussions avec ce régime la nécessité de respecter la loi internationale des Droits de l’Homme, s’il veut avoir des relations avec les Etats occidentaux. L’application de la peine de mort en Iran se fait dans les modes des pays barbares. Dans les prochains contacts avec l’Iran il faut que le gouvernement français évoque la question de la peine de mort qui est utilisé pour faire régner la terreur dans la société iranienne. C’est l’opinion publique iranienne qui réagira si on reste indifférent sur cette question dans les contacts qui se renouent avec l’Iran. Le peuple iranien qui aspire à la démocratie est sur la voie d’un grand changement dans ce pays.

Jean-Pierre Béquet : La France a tenu ferme lors des négociations nucléaires, mais beaucoup de gens pensent que cette fermeté devrait se manifester également pour obliger le régime iranien de respecter ses engagements dans le domaine des Droits humains. Les français et leurs élus sont très sensibles aux violations des Droits de l’Homme, particulièrement des droits des femmes, piétinés en Iran par le régime en place. L’opinion en France doit jouer son rôle et mobiliser les élus car les minimums des droits de l’homme ne sont pas observés en Iran. Il faut que les élus, les parlementaires et surtout les ONG fassent pression sur les autorités pour qu’ils n’oublient pas d’évoquer le respect de ces droits fondamentaux à leurs interlocuteurs en Iran. L’Europe et le France qui sont attachés aux principes des droits humains ne doivent pas mettre en déséquilibre les relations commerciales avec ce pays d’un côté, et de l’autre l’appel au respect des engagements en matière des droits de l’Homme.

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