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Les factions au pouvoir en Iran s’affrontent au sujet de l’armement nucléaire et des échecs militaires, alors que des attaques armées remettent en cause le contrôle sécuritaire

Les factions au pouvoir en Iran s’affrontent au sujet de l’armement nucléaire et des échecs militaires, alors que des attaques armées remettent en cause le contrôle sécuritaire
La nuit à Rask, dans le Sistan-et-Baloutchistan, après des attaques armées coordonnées contre des bases des Gardiens de la révolution à Rask et Chabahar, les 3 et 4 avril 2024

Les factions au pouvoir en Iran débattent ouvertement de la manière de rétablir la dissuasion militaire ; des journaux aux lignes éditoriales divergentes s’opposent sur la question de l’armement nucléaire, des défaillances des institutions sécuritaires et du coût politique d’une confrontation. Ce différend survient alors que de nouvelles attaques armées frappent le Sistan-et-Baloutchistan, où une insécurité persistante contredit les affirmations des autorités quant à leur contrôle effectif du territoire.

L’escalade nucléaire divise les cercles du pouvoir
Le débat, de plus en plus public, sur la doctrine nucléaire met en lumière des factions rivales qui cherchent, chacune à leur manière, à préserver la dictature cléricale et à la protéger contre de nouveaux revers militaires. Dans un commentaire intitulé « Perte absolue », un chroniqueur proche du pouvoir a critiqué les exigences des partisans de la ligne dure — qui réclament la création d’armes nucléaires et le retrait du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) — arguant qu’une telle rhétorique, loin de démontrer une quelconque force, risquerait au contraire de provoquer une confrontation accrue et de compromettre la sécurité du régime.

Parallèlement, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, aurait déclaré : « Même si l’on me pendait, je ne ferai jamais de compromis avec deux courants » : les traditionalistes religieux, qu’il accuse de saper le pouvoir du clergé, et les libéraux laïcs, qu’il soupçonne de vouloir dissoudre la République islamique par le biais d’une normalisation politique. Selon le récit de leur rencontre rapporté par le député Mojtaba Zarei, Ghalibaf a également plaidé pour un renforcement de l’autorité du nouveau Guide suprême durant la période de transition à la tête de l’État. Ces propos témoignent de l’intensité des hostilités entre factions et des inquiétudes quant au maintien de la cohésion idéologique du régime en place.

Dans un éditorial qui tranche nettement avec d’autres prises de position, le journal étatique *Farhikhtegan* a soutenu qu’il conviendrait d’accentuer l’« ambiguïté nucléaire » et que l’arme nucléaire pourrait compenser les faiblesses de l’Iran en matière d’armement conventionnel. L’article présente la confrontation actuelle comme une justification pour s’orienter vers une dissuasion nucléaire, suggérant par ailleurs que les institutions politiques et militaires du pays sont de plus en plus prêtes à opérer un tel virage.

Le débat a dépassé le stade des simples commentaires éditoriaux. Les parlementaires Ebrahim Rezaei et Mahmoud Nabavian ont publiquement plaidé en faveur de l’acquisition de l’arme nucléaire, tandis que Nasrollah Pejmanfar et Malek Shariati ont appelé au retrait du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP). Le vice-président du Parlement, Ali Nikzad, a quant à lui déclaré que la fenêtre ouverte aux négociations sur le nucléaire était désormais close.

Toutefois, Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a reconnu lors d’une interview télévisée qu’aucune décision officielle n’avait été prise pour modifier la doctrine nucléaire du pays.

Affrontements entre factions rivales
La question nucléaire devient un instrument de lutte entre factions. Dans un commentaire aux positions radicales, les critiques formulées par Javad Emam — porte-parole du « Front des réformateurs » — à l’encontre de l’escalade nucléaire ont été dénoncées comme étant incompatibles avec la sécurité nationale. Javad Emam avait pourtant remis en question les affirmations selon lesquelles l’opinion publique soutiendrait massivement l’option nucléaire, mettant en garde contre les conséquences d’une telle voie pour la sécurité, l’économie et l’avenir de l’Iran.

Ce même commentaire a également pris pour cible l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, illustrant ainsi comment le désaccord sur l’arme nucléaire est utilisé pour contester la légitimité politique de ceux qui prônent une approche plus conciliante. Parallèlement, le député Mojtaba Zarei a relaté une conversation avec le président de l’Assemblée nationale, Mohammad Bagher Ghalibaf, au cours de laquelle ce dernier aurait juré de ne jamais transiger avec deux courants : les traditionalistes religieux, qu’il accuse de saper les fondements politiques de la République islamique, et les libéraux laïcs, qu’il accuse de vouloir démanteler le système par la normalisation.

Ces propos montrent que le conflit factionnel dépasse le cadre de la politique étrangère et touche également aux visions concurrentes de l’identité idéologique et de la survie politique de l’État.

L’appareil sécuritaire face aux critiques du public
Les tensions internes ont également atteint les institutions militaires et de renseignement. Lors d’un débat télévisé, Hamzeh Rahim Safavi a dénoncé de graves failles en matière de renseignement, des revers militaires et l’absence de reddition de comptes concernant les ressources dépensées en Syrie. Il a soutenu que l’acquisition d’armes nucléaires ne permettrait pas de remédier aux défaillances des institutions chargées de protéger les hauts responsables.

Ces critiques ont suscité une contre-attaque de la part du rédacteur en chef d’un journal lié au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), qui a accusé les participants au débat de juger les décisions militaires passées avec le recul, sans tenir compte des informations et des contraintes auxquelles les décideurs étaient confrontés.

Cet échange révèle une inquiétude croissante au sein du pouvoir : admettre publiquement des échecs militaires ou des failles dans le renseignement pourrait donner une image de faiblesse, contredire les affirmations du régime sur sa propre puissance et éroder davantage le moral de sa base partisane. La virulence de la réponse face à ces critiques suggère que la préservation d’une image de force est devenue une préoccupation majeure, alors que le régime fait face à des pressions internes et externes croissantes.

Attaques armées et manifestations défient l’autorité de l’État
Le 2 novembre, des assaillants armés ont pris pour cible un véhicule dans la région de Kalgan, au Sistan-et-Baloutchistan. Selon des témoignages locaux, les occupants étaient des membres du CGRI et deux personnes auraient trouvé la mort, tandis que les autorités ont affirmé qu’il s’agissait de civils.

Une autre attaque a visé un bâtiment dans le village de Bir, qui serait utilisé par des membres des milices Fatemiyoun et Zainabiyoun, faisant état de victimes. Quelques jours plus tôt, un groupe armé a affirmé avoir établi des points de contrôle le long de l’autoroute Khash–Zahedan. Ces incidents illustrent la persistance de défis armés, malgré des opérations de sécurité répétées.

Par ailleurs, des retraités du secteur des télécommunications ont manifesté dans plusieurs provinces pour réclamer le versement de leurs indemnités, accusant les principaux actionnaires — liés à de puissantes institutions étatiques — de ne pas honorer leurs engagements. À Zahedan, des agriculteurs ont manifesté contre les pénuries de carburant hivernal, tandis qu’à proximité de Shahroud, des militants écologistes ont contesté des activités minières.

Les événements de la journée révèlent un appareil au pouvoir divisé sur la manière de projeter sa puissance militaire, de gérer les revers stratégiques et de répondre à une pression intérieure grandissante. Les appels à une escalade nucléaire se heurtent à des mises en garde concernant leur coût, tandis que les critiques sur les défaillances des services de renseignement suscitent des ripostes de la part des défenseurs des politiques de sécurité en vigueur.

La persistance d’incidents armés et de manifestations accentue ces tensions. La vulnérabilité fondamentale réside dans le fossé grandissant entre les affirmations de puissance du régime, les problèmes de sécurité auxquels il est confronté, et les approches divergentes envisagées pour y remédier.