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Iran : Le pouvoir judiciaire appelle à une implication du CGRI dans l’application du port du hijab

Iran : Le pouvoir judiciaire appelle à une implication du CGRI dans l’application du port du hijab
Une rue en Iran, faiblement éclairée en raison de pénuries d’électricité

Le pouvoir judiciaire du régime iranien réclame une implication accrue des services de renseignement et du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) dans l’application du port obligatoire du hijab. Cette demande intervient alors que le gouvernement se voit accorder de nouveaux pouvoirs pour modifier les prix et le rationnement du carburant, et que les législateurs reconnaissent une forte hausse du coût des médicaments. Ces développements mettent en lumière une contradiction fondamentale au sein du pouvoir en place : une capacité économique en déclin, conjuguée à des efforts pour renforcer le contrôle social.

Le 30 octobre, le procureur de Téhéran, Ali Salehi, a appelé les services de renseignement et le CGRI à identifier et à sévir contre ce qu’il a qualifié de « bandes organisées promouvant la corruption ». Selon des informations relayées par les médias iraniens, M. Salehi a rappelé que 28 institutions gouvernementales ont l’obligation légale de faire respecter le port du hijab, et a donné un mois aux inspecteurs pour évaluer la mise en œuvre de ces mesures. Les responsables jugés négligents s’exposent à des poursuites judiciaires.

M. Salehi a également menacé de prendre des mesures tant à l’encontre des individus enfreignant les codes vestimentaires imposés que des responsables ayant délivré des autorisations d’exploitation aux établissements concernés. Cette intervention fait suite à des poursuites engagées contre les organisateurs de la Foire d’art de Téhéran, ainsi qu’à des licenciements signalés au sein d’entreprises liées au groupe Pasargad, en raison du non-respect des règles vestimentaires. L’accent mis sur les employeurs, les autorités délivrant les licences et les institutions de sécurité témoigne d’une volonté d’imposer ces restrictions via les lieux de travail et les entreprises, où tout manquement peut directement menacer les moyens de subsistance des individus.

Nouveaux pouvoirs en matière d’énergie dans un contexte d’inflation historique

Le gouvernement a autorisé un comité spécial sur l’énergie à réviser les prix et les quotas de consommation d’essence, d’autres produits pétroliers et de gaz naturel dans tous les secteurs. La décision, prise le 28 octobre, confère des pouvoirs étendus, sans pour autant annoncer une hausse immédiate des tarifs. L’exigence de prendre en compte les conséquences sociales témoigne de la sensibilité entourant les ajustements des prix de l’énergie, dans un contexte de dégradation du niveau de vie.

L’inflation annuelle moyenne officielle a atteint 76,8 % en octobre, tandis que la hausse des prix sur un an s’est établie à 88,7 %. Dans ce contexte, Hossein-Ali Shahriari, président de la commission parlementaire de la Santé, a reconnu que le prix de certains médicaments — notamment des traitements contre le cancer et des maladies chroniques graves — avait augmenté de 400 à 500 %. Il a souligné que les patients étaient confrontés à des pénuries et à des traitements devenus inabordables, malgré les allocations budgétaires votées par le Parlement. Ses propos mettent en lumière les limites des subventions actuelles dans le secteur de la santé.

La crise énergétique entraîne déjà des changements administratifs. Selon une directive gouvernementale rapportée par l’agence Tasnim, les institutions publiques doivent instaurer au moins deux jours de télétravail par semaine pour les employés éligibles, et désigner une journée sans recours à la voiture individuelle pour les trajets domicile-travail. Bien que ces mesures soient officiellement justifiées par des objectifs d’économie de carburant, de gestion du trafic et de réduction de la pollution, elles interviennent alors que les autorités font face à de nouvelles pénuries d’énergie.

Des pénuries de gaz hivernales menacent onze provinces
Saeed Tavakoli, directeur de la Compagnie nationale du gaz, a déclaré à la télévision d’État que la consommation de gaz des ménages, du secteur commercial et des petites industries avait augmenté d’environ 30 % — soit près de 70 millions de mètres cubes — en l’espace de cinq jours. Il a reconnu qu’une capacité de production quotidienne de 130 millions de mètres cubes restait indisponible en raison d’installations endommagées, et a averti que onze provinces pourraient rencontrer des difficultés d’approvisionnement durant l’hiver.

Les provinces du Mazandaran, du Golestan et du Khorasan-Septentrional ont été identifiées comme particulièrement vulnérables. Selon les estimations de M. Tavakoli, chaque baisse de température d’un degré Celsius, en période de forte demande, pourrait entraîner une hausse de la consommation quotidienne d’environ 25 millions de mètres cubes. Ces avertissements illustrent la convergence entre les dommages subis par les infrastructures et des déséquilibres d’approvisionnement persistants, exposant potentiellement les ménages et les industries à de nouvelles perturbations.

Un transporteur de carburant baloutche aurait été tué par des tirs de la police
Dans le sud-est de l’Iran, Erfan Zabardast, un Baloutche de 25 ans qui transportait du carburant, serait décédé le 27 octobre près de Kahnuj, à la suite de tirs de la police. Selon des informations locales, les agents ont ouvert le feu sur son véhicule, atteignant un pneu et provoquant son renversement. Les circonstances exactes — notamment si Erfan Zabardast a été directement touché par une balle — n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Cet incident met en lumière les dangers auxquels sont exposés les transporteurs informels de carburant dans les régions économiquement défavorisées du sud-est, où la précarité des moyens de subsistance se heurte à une présence policière armée. Il survient également dans un contexte d’annonces répétées, par l’État, d’opérations de sécurité, d’arrestations et de saisies d’armes dans toute la région.

Pression des « durs » et incertitude au sommet
Le président du régime, Masoud Pezeshkian, s’adressant à son cabinet plus tôt dans la semaine, a appelé à se préparer à ce qui pourrait succéder à la situation actuelle du pays, caractérisée par un état « ni guerre, ni paix ». Cet aveu d’incertitude contraste avec la rhétorique de plus en plus belliqueuse des figures de la ligne dure. Le 30 octobre, Mohammad-Javad Haj Ali Akbari, imam par intérim de la prière du vendredi à Téhéran, a plaidé pour une révision de la doctrine nucléaire de la dictature cléricale, affirmant que 70 % de la population soutiendrait un tel changement.

Alors que le régime est confronté à des contraintes économiques et à une grande incertitude, des responsables proches du bureau du Guide suprême continuent de prôner une ligne intransigeante, compliquant ainsi les efforts du pouvoir pour concilier des priorités divergentes.

Face à la convergence de l’effondrement économique, des pénuries d’énergie et d’un mécontentement social croissant, la réponse du régime se caractérise de plus en plus par une répression accrue à l’intérieur du pays et une rhétorique conflictuelle à l’étranger. Plutôt que de s’attaquer aux crises profondes, ses appareils sécuritaires et idéologiques misent davantage sur la coercition et l’escalade militaire, creusant le fossé entre le pouvoir en place et la société iranienne, tout en faisant courir le risque d’une instabilité accrue.