
Le pouvoir en place en Iran intensifie les poursuites judiciaires à caractère sécuritaire et les saisies de biens, alors même que ses propres institutions révèlent des irrégularités généralisées au sein des caisses de retraite, un épuisement des finances publiques et des perturbations croissantes dans les moyens de subsistance des ménages. Parallèlement, des parlementaires tenants de la ligne dure s’en prennent ouvertement à ceux qu’ils soupçonnent de favoriser un compromis politique, appelant à adopter une posture plus conflictuelle.
Le 31 octobre, l’agence de presse Fars — proche du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) — a rapporté la saisie des biens d’Alireza Ordoubadi, fondateur de l’école privée d’arts numériques « Inverse », précisant qu’une procédure de confiscation était en cours. L’agence Fars l’accuse d’avoir offensé les chiites et mené des activités de propagande contre le système politique. M. Ordoubadi a indiqué que les mesures judiciaires avaient également entraîné le blocage du site Internet de l’école, de ses comptes bancaires et de ses systèmes de paiement, paralysant ainsi un établissement qui, selon lui, a formé plus de 70 000 personnes. Il a nié toute implication de l’école dans des activités politiques.
Iran : Le pouvoir judiciaire appelle à une implication du CGRI dans l’application du port du hijab https://t.co/pnmJfR9Dvn https://t.co/Kn83praYHD
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Le même jour, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Ejei, a exigé une accélération du traitement des dossiers concernant des individus soupçonnés d’espionnage ou de collaboration avec des adversaires étrangers. Bien qu’il ait invoqué le respect des garanties juridiques, son appel à la célérité et à la sévérité intervient dans un contexte de répression sécuritaire généralisée. Le porte-parole du pouvoir judiciaire, Ali Kazemi, avait précédemment fait état d’environ 1 895 dossiers en cours, dont 94 impliquant des professionnels des médias, accusés de coopérer avec des pays hostiles.
Irrégularités dans les fonds de pension et épuisement des finances publiques
La Cour des comptes du régime iranien a révélé que 392 cadres et membres de conseils d’administration au sein de fonds de pension occupaient simultanément des postes de direction, en violation du Code de commerce. Ces constatations mettent en lumière des manquements généralisés aux règles de gouvernance d’entreprise au sein d’institutions chargées de gérer les actifs destinés aux retraites. Cette situation survient alors que des millions de retraités, confrontés à une érosion de leur pouvoir d’achat, continuent de manifester quotidiennement dans les rues.
Par ailleurs, Mehrdad Lahouti, membre de la commission parlementaire du Budget, a reconnu que le gouvernement ne disposait pas des ressources nécessaires pour augmenter les salaires. Il a précisé que les prélèvements effectués sur le Fonds national de développement s’élevaient à 526 000 milliards de tomans, contre 439 000 milliards prévus au budget. Il a appelé à mobiliser les ressources des puissantes fondations économiques, notamment la Fondation Mostazafan et l’« Exécution de l’ordre de l’Imam Khomeiny ». Ses propos soulignent le contraste entre des finances publiques sous tension et les actifs considérables contrôlés par des institutions étroitement liées au pouvoir en place.
Les « durs » du régime mettent en garde contre tout compromis interne
Dans un discours prononcé le 29 octobre à Qom, le député « dur » Amirhossein Sabeti a affirmé que des personnalités influentes au sein du système étaient prêtes à infléchir l’orientation politique du pays immédiatement après le décès d’Ali Khamenei. Sans les nommer, il a accusé certains individus d’avoir manifesté leur volonté de parvenir à un compromis avec Washington.
Sabeti a insisté pour que les rassemblements de rue en soutien au régime se poursuivent, afin d’empêcher une telle évolution. Il a réclamé des mesures judiciaires plus sévères à l’encontre des critiques internes, accusés de se faire l’écho d’adversaires étrangers, et a préconisé le recours à la peine capitale pour certains délits économiques en temps de guerre.
L’inflation en Iran atteint 88,7 % tandis que les autorités mettent en garde contre des pertes d’emplois, des pénuries hivernales et des troubles sociaux https://t.co/0sTQabYJQX https://t.co/WYpolGlR00
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Les divisions s’étendent également à la politique nucléaire. Le député Mahmoud Nabavian a affirmé avoir publiquement demandé l’autorisation de fabriquer une bombe nucléaire, tandis qu’Alireza Salimi a assuré qu’un projet de loi prévoyant le retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires avait été préparé. Le vice-président du Parlement, Hamidreza Haji Babaei, a déclaré que la préservation du système politique constituait une obligation absolue, préconisant l’utilisation de tous les moyens légaux pour en assurer la survie.
Les manifestations liées au carburant et les pénuries d’eau menacent les conditions de vie
Le 31 octobre, des habitants de Zahedan auraient manifesté devant la Compagnie nationale iranienne de distribution des produits pétroliers, après la suspension — sans explication claire — des quotas de kérosène à usage domestique et des codes d’enregistrement associés. Pour les familles ne disposant pas du gaz de ville, la perte de cet accès au kérosène compromet leur approvisionnement en combustible essentiel pour le chauffage.
Des chauffeurs de transports en commun sur la ligne Minab-Bandar Abbas auraient également protesté contre les pénuries d’essence.
Les restrictions de carburant menacent également les communautés de pêcheurs du sud. Un reportage de Mehr sur les problèmes d’allocation de carburant a fait état des plaintes de représentants du secteur de la pêche, qui estiment que les quotas sont insuffisants pour leurs besoins opérationnels. Des responsables du secteur ont averti qu’environ 12 000 bateaux de pêche sans permis dans l’Hormozgan ont des difficultés à accéder au carburant subventionné, ce qui menace l’emploi et les approvisionnements en poisson.
Le président du régime, Massoud Pezeshkian, a quant à lui reconnu que l’expansion incontrôlée de Téhéran épuise les nappes phréatiques et contraint le pays à dépendre des transferts en provenance des régions voisines. Il a déclaré que la capitale aurait connu de graves pénuries sans l’eau acheminée depuis Taleqan et a averti que la poursuite du développement sans ressources durables engendrerait des dommages encore plus importants.
Le régime iranien renforce le contrôle d’Internet https://t.co/THGQ2w4wtz https://t.co/edPHdpsa47
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Le tableau politique est de plus en plus sombre : irrégularités liées à la corruption, finances exsangues, ruptures d’approvisionnement en carburant et dégradation des infrastructures s’accumulent, parallèlement à une intensification des poursuites judiciaires et des saisies de biens. Au lieu de mettre en œuvre une stratégie unifiée pour répondre aux griefs internes, des personnalités influentes au sein du pouvoir réclament une répression plus sévère et une confrontation accrue. Cette situation révèle à la fois la faiblesse des institutions et l’inquiétude croissante quant à la capacité du régime à maintenir sa cohésion face aux pressions sociales et économiques.

