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Le rial chute alors que les retraités manifestent et que le Majlis renforce les contrôles de sécurité en Iran

Le rial chute alors que les retraités manifestent et que le Majlis renforce les contrôles de sécurité en Iran
Une foule se rassemble devant un bureau de change à Téhéran dans un contexte d’incertitude économique et de dévaluation de la monnaie

Les pressions économiques croissantes en Iran se sont manifestées de manière visible dans la rue le 20 septembre 2026 : des retraités ont manifesté dans plusieurs villes tandis que le rial subissait une nouvelle chute brutale. Parallèlement, le Parlement a fait avancer un projet de loi visant à étendre la surveillance étatique des contacts avec l’étranger et à imposer aux écoles et universités l’enseignement de contenus définis par l’État sur « l’infiltration ennemie ». Autre signe de tension au sommet, le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a publiquement confirmé que Téhéran transmettait, par l’intermédiaire d’intermédiaires, les conditions pour une reprise des négociations.

La détresse économique gagne la rue
Le 20 septembre, des retraités de la sidérurgie ont défilé à Ispahan en direction du bureau du gouverneur de la province, tandis que des retraités affiliés à la Sécurité sociale se rassemblaient à Téhéran et à Shush pour protester contre le niveau des pensions, les frais médicaux et l’inflation. Des vidéos montraient les manifestants scandant : « La pension d’un retraité ne suffit que pour une semaine », « Assez de promesses, nos tables sont vides » et « Ce n’est que dans la rue que nous obtiendrons nos droits ». Ces manifestations ont été documentées par des reportages vidéo publiés dimanche ainsi que par des réseaux de retraités iraniens.

Ces protestations surviennent alors que la monnaie a repris sa chute. Le site iranien de suivi des cours des devises TGJU a enregistré le dollar à environ 232 100 tomans le 20 septembre, soit une hausse de 20,4 % en un mois et de plus de 119 % sur l’année écoulée. D’autres rapports du marché intérieur situaient le taux du marché libre aux alentours de 232 000 tomans, tandis que le taux officiel du marché commercial s’établissait à environ 166 600 tomans.

L’ampleur de l’effondrement économique est désormais reconnue au sein même du gouvernement. Le premier vice-président, Mohammad-Reza Aref, a admis le 17 septembre que les revenus des ménages ne permettaient plus de couvrir les dépenses de base. Alors que les salaires n’augmentent que de 20 % tandis que l’inflation pourrait dépasser les 60 ou 70 %, il a admis : « On ne peut pas vivre ainsi. » Ces propos faisaient suite à une mise en garde formulée dès le mois d’août, selon laquelle les pressions économiques risquaient de susciter le mécontentement de la population et de mener à un « effondrement social » ; ils soulignaient la crainte du gouvernement qu’une aggravation des difficultés ne déclenche une contestation sociale plus large et une nouvelle vague de troubles dans la rue. Parallèlement, des rapports locaux ont révélé que les prix des denrées alimentaires avaient grimpé de 44 à 293 % depuis décembre, contraignant de nombreux foyers à réduire leurs achats de viande, de volaille et même de produits laitiers.

Élargissement du dispositif de sécurité
Dans ce contexte, le Parlement a poursuivi dimanche la mise en œuvre du vaste programme sécuritaire de l’État. Les législateurs ont approuvé des dispositions du « plan de lutte contre l’infiltration par des services de renseignement, des gouvernements ou des institutions étrangers ». En vertu du texte adopté, les ministères de l’Éducation, de la Science et de la Santé sont tenus d’intégrer aux programmes scolaires et universitaires des contenus relatifs à « l’infiltration ennemie », à la sensibilisation et à l’éducation aux médias ; ces contenus devront être élaborés en concertation avec le ministère du Renseignement et le Conseil suprême de la révolution culturelle.

D’autres dispositions approuvées dimanche imposent au ministère de l’Intérieur la mise en place d’un système en ligne pour l’enregistrement, la gestion et le suivi des contacts avec l’étranger. Ce projet de loi reste contesté, y compris au sein même de l’appareil d’État : le gouvernement Pezeshkian a formulé, par l’intermédiaire de son adjoint aux affaires juridiques, des « objections fondamentales » au texte, notamment quant à sa compatibilité avec la Constitution et les protections juridiques existantes. Cette opposition ne doit pas être interprétée comme une rupture plus large avec la stratégie sécuritaire de l’État. Alors que de hauts responsables gouvernementaux multiplient les mises en garde concernant la montée du mécontentement populaire, les difficultés économiques et les risques de troubles, ces objections s’expliquent davantage par la crainte que des restrictions encore plus sévères n’exacerbent les tensions sociales dans un contexte déjà précaire.

Ces mesures viennent renforcer les avertissements lancés par des dignitaires religieux proches du pouvoir à l’approche de la rentrée universitaire. Le 18 septembre, Ebrahim Kalantari, imam de la prière du vendredi à Chiraz, a averti qu’une seule « voix étrangère s’exprimant depuis une tribune universitaire » était déjà de trop, exhortant professeurs, étudiants, responsables et familles à exercer une surveillance sur les universités et les écoles. La tendance est de plus en plus claire : les pressions économiques et sociales sont désormais traitées, au même titre que l’influence étrangère, les campus et les flux d’information, comme des enjeux de sécurité interconnectés.

Guerre, négociations et tensions internes
Cette pression se manifeste également par le recours accru de Téhéran à des intermédiaires. Le 20 septembre, au Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf a déclaré : « L’alternative entre guerre et négociation est illusoire ; nous devons à la fois combattre et négocier », tout en confirmant que le régime avait déjà transmis « des messages et nos conditions par l’intermédiaire d’intermédiaires ».

Il a assuré à ses pairs que les négociations ne reprendraient pas sur les bases précédentes et que le détroit d’Ormuz ne rouvrirait pas tant que les conditions de Téhéran ne seraient pas remplies.

Téhéran avait précédemment affirmé respecter le protocole d’accord de juin, mais les attaques ultérieures contre le trafic maritime aux abords du détroit d’Ormuz ont compromis cet engagement. Sur le plan intérieur, des responsables de haut rang continuent de présenter toute concession majeure comme une capitulation. La situation suggère plutôt un régime en quête d’une marge de manœuvre pour alléger la pression militaire et économique croissante, sans pour autant renoncer publiquement à sa posture de confrontation.

Les événements du 20 septembre s’inscrivent ainsi dans un tableau d’ensemble cohérent. Le rial flirte à nouveau avec des plus bas historiques ; les retraités manifestent car leurs revenus ne couvrent plus les besoins élémentaires ; le Parlement renforce les mécanismes de surveillance des contacts et impose le discours officiel sur « l’infiltration » dans le système éducatif ; enfin, de hauts responsables ont recours à des intermédiaires tout en martelant que les concessions fondamentales sont exclues. Dans leur ensemble, ces mesures témoignent d’une direction soumise à une pression accrue, tant sur la scène internationale qu’intérieure, cherchant à gagner du répit tout en se préparant à l’éventualité qu’une aggravation des difficultés économiques puisse alimenter une nouvelle vague de troubles sociaux.