
Le régime clérical iranien entre dans une phase où plusieurs crises ne se déroulent plus en parallèle, mais s’amplifient mutuellement. La pression ne se limite plus aux sanctions, aux luttes intestines entre factions ou aux manifestations isolées. Elle se manifeste dans le prix du pain, la pénurie de médicaments, le coût du carburant, l’effondrement des salaires et le discours sécuritaire des responsables, qui s’expriment de plus en plus comme si la société elle-même était un champ de bataille.
Des médias liés à l’État ont commencé à reconnaître l’ampleur de la crise. Le 13 septembre 2026, « Aftab News » écrivait que le marché des médicaments ne faisait pas face à « une hausse temporaire des prix », mais à « une accumulation de coûts » touchant la production, l’importation et la distribution. Hadi Ahmadi, de l’Association des pharmaciens, a attribué cette flambée à la suppression du taux de change préférentiel, à la hausse des taux de change, au coût des matières premières et des emballages, ainsi qu’aux perturbations du transport.
Téhéran déplace son front à l’étranger mais sa crise de survie le ramène à l’intérieur https://t.co/3DWikWliYL pic.twitter.com/8RqfaNgkWO
— CNRI-France (@CNRIFrance) September 14, 2026
Cet aveu est significatif, car le secteur pharmaceutique est généralement le dernier que les gouvernements souhaitent voir exposé comme étant défaillant. Lorsque la hausse du prix des médicaments affecte les patients ordinaires, l’affirmation du régime selon laquelle les difficultés sont gérables perd toute crédibilité. La crise n’est pas seulement économique ; elle est morale et politique, car elle signifie aux citoyens que même les besoins essentiels à la survie sont désormais pris en otage par la faillite de l’État.
Les salaires ne couvrent plus le mois
Le 14 septembre, *Asr Iran* a rapporté que le coût du panier de subsistance d’une famille ouvrière atteignait environ 90 millions de tomans par mois, alors que le salaire d’un travailleur ne permettait même pas de couvrir dix jours de vie. L’inflation annuelle officielle s’établit à 66 % et l’inflation en glissement annuel à 87,9 %, celle des produits alimentaires étant encore plus élevée.
C’est la mèche sociale qui menace de faire exploser le régime. Un salaire qui ne couvre qu’une fraction du mois ne relève pas d’un simple problème de budget familial ; c’est une crise de sécurité. Il transforme le quotidien en un état d’urgence permanent. À Téhéran, Tabriz, Ispahan, Sanandaj et Kermanshah, des retraités ont scandé : « Ne dites plus que vous n’avez pas d’argent ; nous en avons assez de ce slogan » et « Mettez fin à l’oppression et à l’injustice ; rendez-nous nos droits ».
Ces slogans sont importants car ils lient les questions économiques au pouvoir. Les manifestants ne réclament plus seulement le versement d’arriérés ou la revalorisation des pensions. Ils désignent nommément des institutions liées à la structure du pouvoir, notamment le « Quartier général d’exécution des ordres de l’Imam » (EIKO) et des entités économiques affiliées au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), et présentent la pauvreté comme le fruit d’un pillage.
Manifestations de retraités, différend pétrolier et appels à des essais nucléaires aggravent la crise en Iran sur fond de luttes intestines https://t.co/DCqMLNI0E7 pic.twitter.com/g364VodXGN
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Le carburant amplifie le choc
La question du carburant agit comme un facteur aggravant supplémentaire. Le média étatique *Samt*, évoquant le passage à un troisième tarif pour l’essence — fixé à 10 000 tomans depuis le 8 septembre —, a averti que les livreurs à moto se retrouvaient pris au piège par ce nouveau prix. Il a relayé les inquiétudes des syndicats de transporteurs : le quota de carburant alloué aux motos (25 litres) peut être épuisé en trois jours, tandis que la hausse des coûts du carburant, des pneus, de l’entretien et de la dépréciation menace d’évincer ces travailleurs du marché de la livraison.
*Arman*, un autre journal étatique, a mis en lumière la chaîne inflationniste dans son ensemble, décrivant le phénomène comme « une vague qui part de la station-service pour atteindre les taxis, les camionnettes, les camions, les commerces, le marché et, finalement, la table des citoyens ». Cette phrase est bien plus qu’un simple commentaire ; elle trace le mécanisme par lequel le prix du carburant se transforme en inflation alimentaire et en colère populaire.
Des témoignages d’habitants de Minab et de Konarak font état de longues files d’attente pour l’essence les 13 et 14 septembre ; une voix s’interrogeait : « Quel péché ces gens ont-ils commis pour devoir souffrir ainsi ? » De tels témoignages, corroborés par les avertissements des médias d’État concernant la réaction en chaîne économique, révèlent une situation de tension susceptible de se propager rapidement au-delà d’une seule ville ou d’une seule profession.
Signes d’inquiétude au sein de l’appareil sécuritaire
L’appareil répressif réagit en manifestant une inquiétude évidente. Le 13 septembre, sur la chaîne de télévision du régime, le chef de la police, Ahmadreza Radan, a déclaré : « Nous sommes en situation de guerre, notre doigt, tout comme celui de nos proches au sein de l’armée, du CGRI et du Bassidj, est sur la gâchette ». Il a également indiqué que plus de 6 000 personnes avaient été arrêtées en lien avec ce qu’il a qualifié de « coup d’État total », orchestré par des membres « hypocrites » — terme péjoratif utilisé par le régime pour désigner l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK).
Ce discours illustre le dilemme auquel le régime est confronté. Il peut augmenter les prix car il a besoin de fonds ; il peut imprimer de la monnaie faute de ressources ; il peut réprimer les manifestations par crainte de celles-ci. Toutefois, chaque mesure aggrave la crise suivante. Si la répression peut retarder les troubles, elle ne rendra pas pour autant abordable un panier de subsistance à 90 millions de tomans, ni ne fera réapparaître les médicaments en rayon.
Les affrontements à Saravan et les discussions sur une éventuelle éviction de Pezeshkian révèlent les tensions croissantes en Iran https://t.co/A3ALU7PIJf pic.twitter.com/2hJDesSb89
— CNRI-France (@CNRIFrance) September 12, 2026
L’évolution logique pointe vers une crise en chaîne plutôt que vers une explosion unique : les manifestations de travailleurs et de retraités, la colère liée au prix du carburant, la répression estudiantine, les pénuries de médicaments et les chocs monétaires s’alimentent mutuellement. Si les sanctions automatiques (« snapback ») ou la dépréciation de la monnaie s’accentuent, le régime devra affronter non seulement des tensions économiques, mais aussi un front politique qui s’élargit, où la survie au quotidien devient le langage commun de la contestation.

