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Nouvelles manifestations ouvrières à Téhéran : le prix de l’essence double

Nouvelles manifestations ouvrières à Téhéran : le prix de l'essence double
De longues files de voitures et de motos s’étirent devant une station-service iranienne, les automobilistes attendant de faire le plein.

De nouvelles manifestations contre les inégalités salariales, les prévoyances liées à l’emploi ont éclaté à travers le pays le 7 septembre 2026, accentuant la pression sur le gouvernement qui s’apprête à instaurer un nouveau prix des carburants. Selon les dernières informations, des retraités des télécommunications et de la sécurité sociale ont manifesté à Kermanshah, Ispahan, Sanandaj, Téhéran, Ahvaz, Shush, Ilam et Hamadan, tandis que des manifestations distinctes ont rassemblé des ouvriers et du personnel soignant. À Kermanshah, les manifestants scandaient : « Chômage et inflation sont le fléau du peuple », « L’unité contre la pauvreté et la corruption » et « Paix, bien-être, liberté ». À Téhéran, des retraités ont déclaré : « Nous n’avons plus de quoi vivre ; nous en avons assez de la guerre.»

Des sources iraniennes confirment que le mouvement de contestation ne se limite pas aux retraités. L’agence ILNA a rapporté le 7 septembre que des ouvriers de l’usine textile de Poya Nakh avaient de nouveau manifesté devant le gouvernorat d’Ilam pour protester contre leur situation professionnelle précaire. Environ 180 ouvriers sont sans emploi depuis plus d’un an, selon le rapport, et l’un d’eux a déclaré que ses nombreuses démarches auprès des autorités provinciales étaient restées vaines.

Au Kurdistan, plus de 300 infirmières et personnels soignants se sont rassemblés devant le gouvernorat pour dénoncer leurs bas salaires, les retards de paiement des heures supplémentaires, le manque de personnel et la contestation des tarifs infirmiers. Une agence de presse locale a rapporté que les manifestants scandaient : « Les promesses ne suffisent plus ; notre table est vide » et exigeaient la démission des responsables incompétents. Conjuguées aux manifestations de retraités qui ont repris, ces protestations témoignent de la multiplication des difficultés économiques touchant plusieurs groupes professionnels, au lieu de se concentrer dans un seul secteur.

Le prix du carburant double sans préavis

Dans ce contexte, la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a annoncé tard le 6 septembre que le prix de l’essence facturé via les cartes de station-service (le « troisième palier ») doublerait, passant de 5 000 à 10 000 tomans le litre à compter du 8 septembre. Soucieux d’éviter une vague de contestation populaire comme celle de novembre 2019, le régime a opté pour une augmentation progressive des prix, maintenant inchangés les quotas mensuels subventionnés de 60 litres à 1 500 tomans et de 50 litres à 3 000 tomans. La télévision d’État a diffusé l’annonce, reprenant l’affirmation du gouvernement selon laquelle les recettes supplémentaires seraient affectées au soutien des ménages.

Le gouvernement insiste sur le fait que cette mesure représente un ajustement « progressif », car la plupart des automobilistes resteraient, en principe, dans les deux paliers les plus avantageux. Le 7 septembre, Mohammad-Sadegh Azimifar, directeur de la Compagnie nationale iranienne de raffinage et de distribution de pétrole, a déclaré que 80 à 85 % des consommateurs ne seraient pas concernés. Or, le prix du troisième palier augmente de 100 % d’un seul coup, une mesure annoncée à peine plus d’un jour avant son application. L’agence Shana a rapporté que la consommation moyenne d’essence durant les cinq premiers mois de l’année s’élevait à environ 132 millions de litres par jour, contre une production d’environ 122 millions de litres, soit un déficit quotidien de 10 millions de litres.

Les autorités tentent donc de présenter cette hausse comme économiquement nécessaire et socialement justifiée. IRIB a cité M. Azimifar, affirmant que cette approche progressive visait à laisser aux consommateurs le temps de se tourner vers des carburants alternatifs, tandis que le gouvernement insiste sur le maintien des quotas à tarif réduit. Cependant, pour les automobilistes dont les revenus dépendent fortement de leur véhicule – ou qui sont déjà confrontés à des pénuries, à de longs trajets ou à une consommation supérieure à la moyenne – la hausse du prix marginal peut se traduire directement par une augmentation des coûts d’utilisation.

Les autorités reconnaissent le risque politique

Le moment choisi est politiquement significatif car de hauts responsables lient de plus en plus la gestion économique à la stabilité du régime. Le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a déclaré le 6 septembre que le « principal combat » du pays, outre la confrontation militaire, porte désormais sur la production et les moyens de subsistance de la population, citant l’inflation, le chômage et l’instabilité des marchés. Plus révélateur encore, il a averti que la population pourrait tolérer les difficultés, mais pas la « mauvaise gestion et les contre-performances », tout en insistant sur la nécessité de préserver la « cohésion interne » du régime.

Or, cette cohésion est visiblement mise à mal. Suite aux appels de l’ancien président Hassan Rouhani à un référendum sur la guerre ou la paix, la confrontation a débordé des médias officiels pour alimenter l’agitation des partisans du régime dans la rue et sur les réseaux sociaux. Des images diffusées par ces derniers montrent des manifestants s’en prenant personnellement à Rouhani, ravivant la raillerie du « vendredi matin » associée au soulèvement de novembre 2019 contre l’essence et lui signifiant, en substance, que sa « date de péremption » politique est arrivée. En ligne, la rhétorique est allée encore plus loin : des comptes loyalistes ont diffusé des images de tribunaux et de prisons et ont ouvertement exigé que Rouhani soit traduit en justice, des appels à le poursuivre – souvent aux côtés de Javad Zarif – se propageant sous des hashtags radicaux. Rien n’indique qu’il y ait eu une inculpation officielle, mais Cette campagne illustre la manière dont les luttes intestines du régime se déplacent de plus en plus des cercles de l’élite vers la rue et les rangs de ses cyber-militants loyaux.

Le régime clérical augmente donc le prix du carburant alors que les protestations liées aux conditions de vie se multiplient et que ses propres factions s’accusent ouvertement de mettre en péril la cohésion nationale. L’enjeu dépasse la simple question de l’essence : les difficultés économiques, la crainte d’une reprise des troubles et le différend non résolu entre l’option de la guerre et celle de la négociation alimentent de plus en plus cette même lutte interne que Mojtaba Khamenei a tenté, à maintes reprises, d’étouffer.