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Le Parlement iranien adresse un blâme au ministre de l’Économie alors que les affrontements armés s’intensifient à Khash

Le Parlement iranien adresse un blâme au ministre de l’Économie alors que les affrontements armés s’intensifient à Khash
Des retraités de Homa (Iran Air) se rassemblent à Téhéran le 27 octobre 2026 pour protester contre leurs conditions de retraite et leurs moyens de subsistance, dans un contexte de crise économique qui s’aggrave en Iran.

Le 27 octobre, le Parlement du régime iranien a officiellement critiqué la gestion économique du gouvernement, adressant un « carton jaune » au ministre de l’Économie, Ali Madanizadeh, après que 120 députés ont rejeté ses explications concernant la flambée des prix. Le ministre a tenté d’apaiser les tensions en prononçant un discours sur les difficultés rencontrées par les travailleurs, les retraités et les salariés face à une inflation galopante, et a présenté ses excuses. Cependant, les députés lui ont opposé des chiffres bien plus alarmants : une inflation en glissement annuel proche de 90 %, une inflation annuelle autour de 70 %, une croissance économique d’environ -5 %, une masse monétaire avoisinant les 19 quadrillions de tomans, et un taux de change du dollar sur le marché libre atteignant environ 270 000 tomans. Un député a même menacé de lancer une procédure de destitution si le gouvernement provoquait un nouveau choc monétaire.

Cette confrontation dépasse largement le cas d’un seul ministre ; elle n’est pas motivée par un réel souci du bien-être public, mais s’inscrit dans une lutte acharnée entre factions cherchant à se rejeter mutuellement la faute, alors que les crises s’accumulent et s’aggravent. Selon le Parlement, environ 13 procédures de destitution visant divers ministres ont été enregistrées, dont celle concernant le ministre de l’Économie, qui a déjà été soumise au bureau du Parlement. Plutôt que de s’attaquer aux souffrances de la population, les factions rivales utilisent ces initiatives parlementaires comme des armes pour se dédouaner et éviter d’avoir à rendre des comptes.

Les tensions liées aux prix de l’alimentation, du pain et du carburant s’accentuent
Le coût de la vie pour les ménages continue d’augmenter plus rapidement que les mesures de soutien mises en place par le gouvernement. Selon les médias d’État iraniens, le prix du poulet entier avoisine les 330 000 tomans le kilogramme, tandis que celui du filet atteint 873 000 tomans. Selon des informations locales, le prix du poulet a grimpé, en l’espace d’une semaine, d’environ 280 000 à 350 000 tomans sur certains marchés. Parallèlement, le prix de la farine destinée à la production industrielle et à la boulangerie de masse a plus que doublé — certaines sources évoquant même un triplement — et une grande baguette se négocie désormais aux alentours de 90 000 tomans.

Le gouvernement envisage, dans le même temps, de restreindre l’aide alimentaire. Selon l’agence Fars, les ménages situés dans les huitième, neuvième et dixième déciles de revenus pourraient être exclus du programme de crédits alimentaires électroniques ; une mesure qui toucherait environ 30 % de la population nationale et près de la moitié des habitants de la province de Téhéran.

La politique en matière de carburant se durcit également. Les autorités ont restreint l’usage des cartes de carburant « d’urgence » dans 11 provinces, transférant ainsi 50 litres de la consommation mensuelle vers les cartes personnelles, au tarif le plus élevé (le troisième palier), soit 10 000 tomans par litre. Les responsables précisent que certaines stations conserveront des cartes d’urgence à l’attention des voyageurs.

Les arriérés de paiement dans le secteur agricole constituent une pression supplémentaire. Un haut responsable parlementaire a indiqué qu’environ 20 000 milliards de tomans sont toujours dus aux producteurs de blé, alors même que la nouvelle campagne agricole a débuté il y a près d’un mois et que les agriculteurs ont besoin de ces fonds pour financer le prochain cycle de semis.

Les marchés financiers reflètent cette même incertitude. La Bourse de Téhéran a reculé d’environ 143 000 points, repassant sous la barre des huit millions, tandis que près de 7 400 milliards de tomans auraient été retirés des actions et des fonds d’investissement en actions. Par ailleurs, le journal “Donyaye Eqtesad” a évalué le taux de change réel du rial en octobre à environ 258 000 tomans pour un dollar, un niveau proche du précédent record ajusté à l’inflation.

Nouvel affrontement armé majeur à Khash
La situation sécuritaire s’est de nouveau nettement dégradée à Khash, dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, où des hommes armés ont attaqué, le 27 octobre, l’enceinte d’une unité d’intervention de la police ainsi qu’un commissariat adjacent. Selon des sources locales, des échanges de tirs nourris ont duré plus d’une heure ; des ambulances ont été vues se dirigeant vers les lieux, et les axes routiers principaux ont été bouclés. Les médias d’État iraniens ont confirmé que les installations policières avaient été prises pour cible, sans toutefois communiquer, dans un premier temps, de bilan humain. Les informations faisant état de membres des forces de sécurité tués ou blessés restent donc, à ce stade, non confirmées.

Les affirmations du régime, qui prétend exercer un contrôle sécuritaire ferme, sont directement contredites par des événements tels que la récente prise de contrôle de la route Khash–Saravan, où un groupe armé a pu installer des points de contrôle pendant plusieurs heures, sans rencontrer la moindre entrave. Cette escalade, qui s’ajoute à une situation persistante d’affrontements régionaux, rendent les affirmations officielles selon lesquelles l’ordre aurait été rétabli de plus en plus intenables.

Le régime se déchire autour de la crise
Une guerre médiatique interne s’intensifie, parallèlement aux pressions économiques et sécuritaires. Le journal radical “Quds” a publiquement pris à partie des médias proches de la faction “Paydari”. Ces derniers avaient suggéré que la reprise partielle des sessions parlementaires en présentiel n’était intervenue qu’après une rencontre entre le président du Parlement et Mojtaba Khamenei ; “Quds” les accuse d’entraîner les dirigeants du régime dans leur lutte politique contre la direction du Parlement.

De son côté, le journal “Kayhan” continue de s’en prendre aux partisans de la négociation et de l’apaisement, présentant tout appel à saisir les opportunités diplomatiques comme un pas vers la capitulation. Dans un commentaire radical mis en avant aujourd’hui, le journal va plus loin dans le débat sur le nucléaire, affirmant que la possession d’armes nucléaires aurait pu empêcher l’élimination du précédent dirigeant — une illustration de la dérive des arguments avancés par certains secteurs du régime concernant la dissuasion et le compromis.

Cette rhétorique contraste vivement avec la récente reconnaissance, par Pezeshkian, du fait que les troubles de janvier reflétaient des problèmes sociaux et des griefs « qui demeurent dans le cœur des gens, sans que nous les entendions ». Parallèlement, le service de recherche du Parlement avertit que les structures étatiques fondamentales restent mal préparées à de nouvelles crises : selon ses récentes évaluations, toute perturbation d’un réseau de paiement majeur pourrait paralyser les transactions, des règlements interbancaires aux achats du quotidien. De même, l’enseignement en situation d’urgence pourrait ne rester qu’« une vue de l’esprit » si les élèves les plus démunis, ceux vivant en zone rurale ou les personnes déplacées, se retrouvent privés d’accès à Internet, d’équipement ou de trajets sécurisés vers leurs établissements scolaires.

Cette crise multidimensionnelle met en lumière l’impuissance fondamentale d’un régime dont le seul mécanisme de survie réside désormais dans l’escalade. Alors que la détresse économique alimente l’hostilité sociale et que l’appareil sécuritaire peine à maintenir un contrôle minimal, l’obstination de l’État à privilégier sa propre survie au détriment de la population crée un cercle vicieux d’instabilité. En intensifiant la répression et les luttes intestines, les dirigeants cléricaux ne projettent plus une image de force, mais révèlent au contraire un État en déliquescence terminale.