
Temps de lecture : trois minutes
La crise économique qui s’aggrave en Iran apparaît de plus en plus clairement dans les statistiques et les rapports publiés par les médias d’État. Même les médias nationaux, qui opèrent sous les contraintes imposées par le régime, font état de chiffres révélant à quelle vitesse l’inflation, la dépréciation de la monnaie et la baisse du pouvoir d’achat précipitent les Iraniens ordinaires dans la pauvreté.
L’un des exemples les plus frappants figure dans un récent rapport du média économique iranien *Arman Eghtesadi*. Malgré une augmentation de 60 % du salaire minimum au début de l’année iranienne, la publication indique que les travailleurs ont, en réalité, perdu une grande partie de ce gain en seulement six mois, sous l’effet de la flambée des prix des denrées alimentaires, des devises étrangères et d’autres produits de première nécessité.
Selon les chiffres cités dans ce rapport — issus du Centre des statistiques d’Iran —, l’inflation annuelle a atteint 73,6 %, tandis que l’inflation en glissement annuel (d’un mois à l’autre) a atteint le niveau exceptionnel de 89,8 % en septembre 2026. La situation est encore plus alarmante concernant l’alimentation et les boissons : l’inflation annuelle dans cette catégorie a atteint 108,5 %, et l’inflation en glissement annuel s’est élevée à 121 %.
Ces chiffres témoignent d’une réalité bien plus grave qu’une simple hausse abstraite de l’indice des prix à la consommation. Ils traduisent une destruction rapide du pouvoir d’achat des ménages.
Scandale des téléphones portables en Iran : les consommateurs paient pour un système que l’État n’a pas su contrôler https://t.co/qLi6Hj1xok https://t.co/sCgi7OhV0k
— CNRI-France (@CNRIFrance) October 23, 2026
*Arman Eghtesadi* rapporte que le coût estimé du panier de biens essentiels pour une famille de travailleurs a atteint 91,3 millions de tomans. Quelques mois plus tôt, au moment de la fixation des salaires, ce montant avait été officiellement évalué à 42,9 millions de tomans. Or, ce chiffre initial avait déjà été critiqué par les représentants des travailleurs, qui estimaient qu’il sous-estimait considérablement le coût réel de la vie.
Le salaire minimum illustre tout aussi brutalement cette situation. Un travailleur marié, sans enfant, percevait environ 22,3 millions de tomans par mois. En mars, ce revenu équivalait à près de 155 dollars au taux de change en vigueur. Au second semestre, sa valeur était tombée à environ 84 dollars. En d’autres termes, le pouvoir d’achat — exprimé en dollars — du salaire minimum a été réduit de près de moitié en l’espace de quelques mois.
Cette détérioration est peut-être encore plus manifeste si l’on examine le prix des denrées alimentaires de base.
Selon ce même rapport national, le prix de la viande bovine et du veau est passé d’environ 915 000 tomans le kilogramme en décembre 2025 à près de 1,776 million de tomans en septembre 2026, soit un quasi-doublement en moins d’un an. Sur la même période, le prix du poulet est passé de 149 000 à environ 305 000 tomans le kilogramme, enregistrant ainsi une hausse supérieure à 100 %.
Par conséquent, un travailleur percevant le salaire minimum se retrouve dans l’incapacité d’acheter autant de nourriture qu’auparavant avec le même revenu mensuel. Le pouvoir d’achat en termes de viande bovine et de poulet a continué de s’éroder, malgré l’importante augmentation nominale des salaires. Le prix de l’huile de cuisson constitue un autre exemple frappant : alors qu’un kilogramme coûtait environ 105 000 tomans en décembre, son prix a atteint plus de 481 000 tomans en septembre — soit une multiplication par plus de 4,5 en seulement neuf mois.
Téhéran renforce son emprise face à l’aggravation de la crise financière iranienne https://t.co/Af2GKg9z5v https://t.co/1wTNNBAHXU
— CNRI-France (@CNRIFrance) October 18, 2026
Il ne s’agit pas d’une simple crise inflationniste ; elle s’accompagne d’une détérioration structurelle de l’économie dans son ensemble.
Même l’agence de presse étatique Mehr a mis en garde contre une « stagflation » bien ancrée. S’appuyant sur les projections de la Banque mondiale, Mehr fait état d’une croissance économique négative et identifie plusieurs facteurs structurels à l’origine de l’inflation persistante : déficits budgétaires, baisse des investissements, expansion de la masse monétaire et dépendance excessive vis-à-vis du système bancaire. L’agence souligne également que le pouvoir d’achat réel lié au salaire minimum en Iran a fortement chuté ces dernières années.
La portée de ces rapports est difficile à ignorer. Il ne s’agit pas de statistiques émanant d’opposants au régime, mais de chiffres publiés au sein même de l’Iran — un pays où le système contrôle étroitement les médias et cherche systématiquement à minimiser l’ampleur des crises internes.
Pour des millions d’Iraniens, la question n’est plus de savoir s’ils peuvent maintenir un niveau de vie confortable, mais si leurs revenus leur permettent de couvrir leurs besoins fondamentaux : alimentation, logement, médicaments et autres nécessités vitales. Les données économiques fournies par le régime lui-même constituent désormais l’une des preuves les plus éloquentes de cette réalité.

