AccueilActualitésActualités: Iran RésistanceSept ans après novembre 2019, Téhéran redoute la prochaine étincelle

Sept ans après novembre 2019, Téhéran redoute la prochaine étincelle

Sept ans après novembre 2019, Téhéran redoute la prochaine étincelle

Sept ans après qu’une hausse soudaine du prix de l’essence a contribué à déclencher le soulèvement de novembre 2019, la crainte d’une nouvelle explosion incontrôlée est, une fois de plus, perceptible au sein même de l’appareil politique et médiatique iranien.

Cette fois, l’avertissement vient du président du régime lui-même.

Évoquant, le 12 octobre, la réforme du prix de l’essence, Masoud Pezeshkian a reconnu que la structure tarifaire actuelle était économiquement insoutenable, tout en prévenant qu’une intervention brutale « bouleverserait la société tout entière ». Il a préconisé une approche graduelle : avancer assez lentement pour que la société puisse « supporter » le changement.

Ces propos sont significatifs, car les événements de novembre 2019 ont précisément illustré ce que Téhéran redoute aujourd’hui : une décision, a priori d’ordre économique, qui se transforme en enjeu politique presque du jour au lendemain.

Le filet de sécurité économique est bien plus ténu

Les conditions matérielles dans lesquelles s’inscrit le débat actuel sont nettement plus difficiles.

Selon les chiffres du Centre statistique d’Iran pour le mois de septembre — publiés ce mois-ci par les médias d’État —, les prix à la consommation ont enregistré une hausse de 89,8 % sur un an, tandis que l’inflation annuelle a atteint 73,6 %. Les prix des produits alimentaires se sont révélés encore plus lourds à supporter : l’inflation alimentaire a atteint 121,8 % sur un an, avec une moyenne annuelle de 108,8 %. Pour les ménages les plus démunis, qui consacrent une part bien plus importante de leurs revenus à l’alimentation, le choc est proportionnellement plus rude.

Parallèlement, le déséquilibre lié au prix de l’essence — sur lequel les responsables iraniens alertent depuis longtemps — n’a pas disparu. Tasnim a rapporté cette semaine que la consommation quotidienne atteint environ 135 à 147 millions de litres, pour une production d’environ 121 millions de litres, ce qui laisse un déficit persistant de 15 à 20 millions de litres par jour.

Le gouvernement se retrouve donc confronté au même piège politique, sous deux angles opposés : maintenir un prix de l’essence artificiellement bas aggrave les tensions budgétaires et les problèmes d’approvisionnement, tandis qu’une hausse des prix risque de frapper des ménages dont le pouvoir d’achat a déjà été durement entamé.

C’est pourquoi la référence à novembre 2019 ressurgit constamment.

L’avertissement a été lancé avant octobre — et il portait déjà sur cette même crise

Certains des avertissements les plus explicites, parus dans les médias proches du régime, remontent au mois d’août. Ils revêtent une importance particulière aujourd’hui, car il ne s’agissait pas de rétrospectives commémoratives ; ces textes ont été rédigés dans le cadre du même débat sur la politique des prix de l’essence, un débat qui, en octobre, demeure toujours sans issue.

Depuis, Téhéran a instauré un troisième tarif pour l’essence ; Pezeshkian a publiquement averti qu’une intervention brutale risquerait de déstabiliser la société ; et le gouvernement continue de se débattre avec les questions d’importation, de consommation et de subventions. En d’autres termes, les avertissements d’août décrivaient la crise qui se déroule actuellement.

À l’époque, les médias d’État soulignaient que la leçon de 2019 était sans équivoque : augmenter le prix du carburant au-delà de la capacité d’absorption de la société pourrait transformer une décision économique en une « crise politique et sociale ». Un commentaire allait plus loin, affirmant que la question n’était pas de savoir si l’essence atteindrait tel ou tel prix, mais si la société était encore en mesure de supporter ne serait-ce qu’une légère augmentation.

Le média Jamaran a posé le problème, de manière explicite, en termes de sécurité nationale. Il soutenait qu’une éventuelle vague de contestation ne reproduirait pas nécessairement les événements de novembre 2019, la société iranienne ayant connu, depuis lors, des mutations économiques, politiques et communicationnelles majeures. Les griefs d’ordre économique, prévenait-il, pourraient désormais se conjuguer beaucoup plus rapidement avec des revendications sociales et politiques.

Un autre avertissement, largement relayé au sein de l’appareil d’État, se montrait encore plus direct : la société, y était-il affirmé, se trouve dans une situation plus critique qu’en 2019, et il suffirait d’une « étincelle » pour tout embraser. L’idée n’était pas nécessairement que l’essence doive servir de détonateur ; si ce n’est pas le carburant qui déclenche la crise, ce pourrait être n’importe quel autre facteur. Il s’agit du changement le plus significatif depuis 2019.

La peur ne concerne plus seulement le prix de l’essence

Des déclarations récentes suggèrent que les responsables eux-mêmes comprennent que la pression économique ne constitue qu’un élément parmi d’autres.

Le 25 octobre, Pezeshkian a affirmé que les troubles récents étaient en grande partie dus à des problèmes sociaux ; il a exhorté les autorités à reconnaître « la souffrance des jeunes » ainsi que les difficultés auxquelles la population est confrontée. Il a établi un lien direct entre la coopération des citoyens et la confiance qu’ils accordent à l’État.

Le même week-end, Alireza Aghayousefi, à la tête de l’Organisation iranienne de psychologie et de conseil, a dressé un constat d’une franchise inhabituelle dans un entretien accordé à l’agence ILNA. Interrogé sur la distance qui sépare la société iranienne d’un « état d’urgence » psychologique, il a répondu : « Je ne pense pas que nous en soyons très loin. »

L’agence ILNA a décrit une société épuisée par l’inflation, l’insécurité économique, la peur de l’avenir et une situation prolongée qui n’est « ni la guerre ni la paix ». Aghayousefi a averti que les conditions sociales tendaient vers l’anomie — soit l’érosion des normes et de la cohésion sociale — et qu’une incertitude prolongée engendrait un épuisement psychologique.

C’est ce qui rend, pour le régime, les comparaisons avec novembre 2019 de plus en plus difficiles à éviter.

En 2019, le prix de l’essence avait servi de détonateur immédiat, mais le soulèvement puisait sa force dans une frustration économique accumulée et un profond sentiment d’aliénation politique.

Aujourd’hui, si l’on en croit les statistiques et les commentaires émanant du régime lui-même, l’inflation écrase le pouvoir d’achat des ménages, l’approvisionnement en carburant souffre de déséquilibres structurels, la jeunesse est en proie à la colère et à la souffrance, la confiance envers les institutions s’est érodée, et même les responsables chargés de la cohésion sociale tirent la sonnette d’alarme face à un épuisement généralisé et à un effritement du tissu social.

Le défi pour Téhéran ne consiste donc plus simplement à éviter de répéter une décision désastreuse concernant le prix de l’essence.

Il s’agit désormais de gouverner une société où, par-dessus des griefs bien plus profonds, s’accumulent de multiples détonateurs potentiels.

En novembre 2019, l’essence avait fait office d’étincelle.

La crainte qui transparaît aujourd’hui dans les analyses au sein du pouvoir est que, sept ans plus tard, le matériau inflammable soit présent partout.