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La flambée des coûts et la reprise des protestations révèlent la crainte du régime iranien d’un nouveau soulèvement

La flambée des coûts et la reprise des protestations révèlent la crainte du régime iranien d’un nouveau soulèvement
Des vendeurs ambulants exposent des rangées de chaussures plates pour femmes sur une couverture rayée, le long du trottoir de la rue Zand à Chiraz, dans le sud de l’Iran.

La crise monétaire en Iran a franchi un nouveau cap le 6 septembre, lorsque le taux du dollar sur le marché libre a brièvement dépassé les 230 000 tomans avant de redescendre à environ 226 000 tomans. Parallèlement, le centre de change du régime affichait un taux administré pour les transferts de fonds à 160 983 tomans, créant un écart de plus de 65 000 tomans entre le marché administré et le marché libre. Même après ce léger recul, le dollar est resté près de 10 % au-dessus de son niveau du début de la semaine précédente. Les médias du régime eux-mêmes reconnaissent de plus en plus les raisons de cette ruée pour se défaire des rials : l’agence Tasnim évoquait, le 5 septembre, une « peur cachée » de voir les liquidités actuelles perdre leur pouvoir d’achat demain, admettant que les injections officielles habituelles de dollars ne parviennent pas à satisfaire la demande alimentée par la volonté de préserver son patrimoine.

Les conséquences se font désormais sentir sur l’une des dépenses saisonnières les plus élémentaires : la rentrée scolaire. Le prix de certaines fournitures de papeterie a augmenté de 50 à 100 %. Un cahier de 60 pages, qui coûtait 180 000 tomans, atteint désormais 360 000 tomans ; le prix d’un cahier de 200 pages a doublé, passant de 500 000 à un million de tomans, tandis que certaines familles signalent que les cahiers pour deux enfants coûtent désormais plus de 12 millions de tomans, contre cinq millions auparavant. Le paradoxe est qu’il n’y a pas de pénurie physique. Le ministère de l’Industrie indique que la demande annuelle s’élève à environ 1,6 milliard d’articles de papeterie, alors que les entrepôts en contiennent près de 1,7 milliard.

Cette distinction est importante. La crise relève de plus en plus d’un problème de pouvoir d’achat et de confiance plutôt que de disponibilité. Les opérateurs économiques affirment que la volatilité rapide des devises rend la fixation normale des prix quasi impossible : un producteur a indiqué que ses fournisseurs facturaient déjà les matières premières sur la base d’un taux de 250 000 à 260 000 tomans pour un dollar, alors que le taux du marché se situait autour de 220 000. D’autres ont suspendu leurs ventes, le coût de renouvellement des stocks risquant de dépasser les recettes générées par les ventes actuelles. Les anticipations inflationnistes se répercutent ainsi sur les prix avant même que la dernière dépréciation ne soit pleinement reflétée dans les statistiques officielles.

La pression de la rue face à la crainte politique
Les tensions économiques suscitent également de nouvelles manifestations. Le 6 septembre, des retraités de la Sécurité sociale et des enseignants ont manifesté à Téhéran ainsi que dans plusieurs villes du Khouzistan pour dénoncer la baisse de leur pouvoir d’achat, les arriérés de paiement, l’insuffisance des pensions et les carences en matière d’assurance et de soins de santé. Les enseignants se sont rassemblés devant l’Organisation du plan et du budget pour réclamer des salaires tenant compte du seuil de pauvreté et de l’inflation réelle. À Ahvaz, à Shush et dans les environs, les retraités ont scandé : « Nos salaires sont en rials, nos dépenses en dollars », « Nos tables sont vides » et « L’oppression et l’injustice nous ont poussés dans la rue ». Certaines manifestations ont également donné lieu à des appels à la libération de travailleurs et de manifestants emprisonnés.

Dans ce contexte, la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a révélé, de manière inhabituelle, les priorités du régime. Elle a affirmé que le soulèvement de janvier 2026 avait été pour elle plus traumatisant que les deux guerres qu’a connues l’Iran depuis lors, déclarant : « Les deux guerres que nous avons traversées ne sont pas comparables aux journées de janvier. » Bien qu’exprimés sur un ton empreint de tristesse et d’inquiétude, ses propos trahissent une crainte politique plus profonde : pour les hauts responsables, la perspective d’un nouveau soulèvement national semble plus alarmante qu’une confrontation avec de puissants adversaires étrangers. Le vœu qu’elle a réitéré de voir ces événements de janvier « ne jamais se reproduire » souligne à quel point la révolte a ébranlé l’appareil au pouvoir.

Parallèlement, les appels à la cohésion lancés par Mojtaba Khamenei n’ont guère permis de contenir les luttes intestines. Le 5 septembre, le député ultraconservateur Alaeddin Boroujerdi a réagi aux dernières critiques de l’ancien président Hassan Rouhani concernant la stratégie du pouvoir par une attaque publique virulente intitulée : « Dr Rouhani, cessez de servir l’Amérique. » Il a accusé M. Rouhani de vouloir « bipolariser » la société et de nuire à la cohésion nationale — cette même unité que Mojtaba a enjoint aux différentes factions du régime de préserver. Ce qui importe, ce n’est pas qu’une faction prenne le dessus sur l’autre, mais que la dégradation économique, la crainte d’un nouveau soulèvement et les désaccords sur l’orientation du régime rendent les attaques mutuelles plus explicites, précisément au moment où la direction exige qu’elles cessent.