AccueilActualitésActualités: EconomieLe dollar franchit la barre des 220 000 tomans : les luttes...

Le dollar franchit la barre des 220 000 tomans : les luttes intestines aggravent la crise en Iran

Le dollar franchit la barre des 220 000 tomans : les luttes intestines aggravent la crise en Iran
Le toman iranien face au dollar américain

La crise économique iranienne s’est intensifiée le 2 septembre 2026, le taux du dollar sur le marché libre dépassant les 220 000 tomans. Cette hausse s’inscrit dans une série de records quotidiens : le cours est passé de 206 400 tomans le 29 août à 208 000, puis a franchi les seuils de 210 000 et 213 700 tomans avant d’atteindre ce nouveau sommet mercredi. L’écart croissant avec le taux du marché contrôlé par le régime témoigne lui-même de la perte de confiance dans le rial. L’agence Tasnim a reconnu que la différence entre le taux libre et le taux administré atteignait environ 35 %. Les données du marché indiquent que la livre sterling s’échangeait près de 296 000 tomans et que la pièce d’or « Emami » avoisinait les 224 millions de tomans.

Le gouverneur de la Banque centrale, Abdolnaser Hemmati, a toutefois affirmé le 1er septembre que l’Iran disposait de réserves de devises suffisantes ; il a rejeté les spéculations sur un effondrement économique et annoncé que la banque était prête à injecter jusqu’à 2 milliards de dollars pour stabiliser le marché. Pourtant, ses propres déclarations reconnaissaient que l’inflation pesait sur les ménages et que le chômage avait augmenté. Plus préjudiciable encore sur le plan politique fut l’aveu de Mohammad Jafar Ghaempanah, vice-président exécutif auprès du président iranien Masoud Pezeshkian : « Notre budget étant déséquilibré, nous sommes contraints d’imprimer de la monnaie. » Il a reconnu que la création monétaire alimentait elle-même l’inflation et a déclaré sans détour que « la situation économique n’est pas bonne » et que ce sont les citoyens ordinaires qui subissent la plus forte pression.

L’essence constitue un autre point de tension, bien que la préoccupation majeure du régime soit désormais l’incertitude quant à la suite des événements. De longues files d’attente persistaient à Machhad et à Saravan, tandis que M. Ghaempanah soutenait qu’il était impossible de continuer indéfiniment à vendre au prix de 1 500 tomans le litre une essence dont le coût théorique s’élève à 70 000 tomans. Des députés ont simultanément averti que le pouvoir d’achat des ménages s’était tellement érodé qu’un nouveau choc des prix pourrait rapidement se répercuter sur les coûts du transport, de la production et de l’alimentation. L’un d’eux a prévenu que l’essence à 10 000 tomans pourrait devenir « l’étincelle d’une nouvelle vague de hausses de prix ».

L’appel à l’« unité » de Mojtaba attise les conflits internes

Ces aveux concernant la situation économique alimentent précisément le conflit entre factions que Mojtaba Khamenei tente d’étouffer. Le directeur de l’IRIB, Peyman Jebelli, a semblé répondre aux critiques de Pezeshkian à l’encontre de la télévision d’État en déclarant que ses programmes ne véhiculeraient aucun « récit de faiblesse, d’humiliation ou de peur », mais plutôt un récit de « puissance » et d’« autorité ». Le vice-président du Parlement, Hamid-Reza Haji-Babaei, a ensuite mis au jour le différend sous-jacent de manière encore plus explicite, affirmant que l’unité ne pouvait signifier que « l’un déclare vouloir se venger tandis que l’autre affirme se concentrer sur l’économie ». Cette formulation met en lumière la fracture entre les forces les plus radicales, qui réclament la confrontation, et le camp de Pezeshkian, qui invoque de plus en plus le coût économique d’une telle stratégie.

Le député radical Hamid Rasaee a retourné cet argument directement contre le président. Il a accusé Pezeshkian de faire preuve à maintes reprises de « faiblesse et d’incompétence » et a rejeté toute tentative d’utiliser l’appel à l’unité lancé par Mojtaba comme un bouclier contre les critiques. Selon Rasaee, l’unité doit se faire autour du *velayat-e faqih* (la tutelle du juriste islamique) et non autour de responsables individuels. Il est allé jusqu’à évoquer l’éventualité d’une « incompétence politique », affirmant que si un titulaire de poste réalise qu’il ne peut assumer sa charge, il doit le reconnaître et céder sa place. L’injonction de Mojtaba n’a donc pas mis fin à la guerre des factions ; les radicaux s’en servent comme d’une arme supplémentaire contre Pezeshkian pour avoir évoqué publiquement la fragilité économique du régime.

Parallèlement, les revendications économiques continuent de s’exprimer dans la rue. Le 31 août, des retraités du secteur des télécommunications ont manifesté à Téhéran, Hamadan, Chiraz, Sanandaj et dans d’autres villes ; des retraités de la sécurité sociale ont protesté à Shush ; les ouvriers de l’aciérie Arian à Qazvin ont manifesté contre le chômage et les impayés de salaires ; enfin, les chauffeurs du terminal de Mehran se sont mis en grève. Par la suite, des familles de Sanandaj ont protesté contre les retards d’un projet de logements publics, tandis que des manifestations de jeunes chômeurs près de sites industriels au Khouzistan et à Gachsaran ont été accueillies par des tirs de la police, selon les informations rapportées.

La dictature cléricale est donc confrontée à une convergence de problèmes qu’elle ne peut résoudre par la simple communication. Le rial s’effondre malgré les assurances officielles, le recours au financement par le déficit est reconnu au sein même de l’exécutif et les protestations liées aux conditions de vie se multiplient. Parallèlement, les tenants de la ligne dure s’en prennent à Pezeshkian pour avoir admis l’ampleur des dégâts, alors que Mojtaba réclame l’unité et moins d’étalage public de faiblesse. Le régime se retrouve de plus en plus pris au piège entre la nécessité de dissimuler la gravité de la crise et celle d’adopter des mesures économiques susceptibles de rendre les conséquences sociales encore plus difficiles à contenir.