
Des prisonniers iraniens marquent la 100e semaine de la campagne « Non aux exécutions massives » par des grèves de la faim coordonnées dans 55 prisons, dénonçant les exécutions de masse comme un acte de terrorisme d’État.
Des prisonniers politiques iraniens ont marqué la 100e semaine consécutive de la campagne des mardis « Non aux exécutions massives » par des grèves de la faim coordonnées dans 55 prisons à travers le pays, formulant ainsi l’une de leurs dénonciations les plus virulentes à ce jour de la politique d’exécution du régime et de ce qu’ils décrivent comme une machine de mort d’État.
Dans un communiqué publié le mardi 23 décembre 2025, les prisonniers ont déclaré que la campagne, qui entre dans sa troisième année, reste ininterrompue malgré les exécutions, la répression et la perte de codétenus. Le communiqué présente la politique d’exécution du régime iranien non pas comme une justice pénale, mais comme un instrument d’intimidation et de survie politique.
« Cent semaines à dire non à l’exécution. Cent semaines de lutte acharnée contre la machine à tuer et la potence. Cent semaines à s’opposer à la cruauté et à la brutalité. »
Grèves de la faim dans 55 prisons
Pour marquer la 100e semaine de la campagne, les prisonniers ont annoncé une grève de la faim collective ce mardi dans 55 prisons, dont Evin, Ghezel Hesar, la prison du Grand Téhéran, Gharchak, la prison d’Adelabad à Shiraz, les prisons de Sheiban et Sepidar à Ahvaz, Zahedan, Urmia, Tabriz, Sanandaj, Mahabad, et des dizaines d’autres à travers le pays.
Le communiqué confirme que le quartier des femmes de la prison de Yazd a officiellement rejoint la campagne cette semaine, une initiative saluée par les organisateurs comme un signe de résistance grandissante derrière les barreaux.
« Avec nos salutations et notre gratitude à ces femmes courageuses, nous espérons que d’autres prisons rejoindront cette campagne, afin que le jour vienne où le slogan « Non à la peine de mort » se répande dans tout le pays et ouvre la voie à l’abolition de ce châtiment inhumain.»
Réponse à la recrudescence des exécutions
L’action des détenues intervient dans un contexte de forte augmentation des exécutions. Selon le communiqué, au moins 357 exécutions ont eu lieu au cours du seul mois iranien d’Azar, soulignant ce que les détenues décrivent comme un régime en crise profonde.
S’appuyant sur des documents récents de l’ONU, la déclaration affirme que plus de 2 000 personnes ont été exécutées en Iran depuis le début de l’année 2025, soit plus du double du nombre enregistré en 2024.
« Ce gouvernement illégitime a, rien qu’en 2025, envoyé plus de 2 000 personnes à la potence dans un but d’intimidation et de répression psychologique.»
Les prisonniers soutiennent que le recours du régime aux exécutions de masse ne témoigne pas de sa force, mais de son désespoir face à des crises politiques, sociales et économiques non résolues qui rendent la vie quotidienne de plus en plus difficile pour les Iraniens.
L’exécution comme instrument de terreur
La déclaration conteste frontalement le calcul du régime selon lequel les exécutions peuvent prévenir toute protestation future.
« Dans une analyse totalement erronée de la société iranienne, le régime croit qu’en faisant preuve d’une telle sauvagerie – en exécutant la jeunesse de ce pays – il peut prévenir de futurs soulèvements. Mais cette brutalité débridée n’a pas guéri, et ne guérira pas, le mal du despotisme. »
Plutôt que de faire taire la dissidence, affirment les prisonniers, les exécutions ont révélé la faillite morale et politique du système en place.
Persévérance malgré les pertes et la répression
Marquant le poids symbolique de la 100e semaine, la déclaration revient sur le coût humain de la campagne, notamment les nuits marquées par l’exécution de codétenus.
« Malgré d’innombrables épreuves, des actes de courage et les nuits les plus douloureuses – à voir nos compagnons et codétenus conduits à l’échafaud – la campagne se poursuit à plein régime. »
Les familles des prisonniers sont également reconnues comme un pilier essentiel de la résistance.
Cent semaines pour briser la domination de la potence et de la prison.
Cent semaines d’appels à la persévérance des familles de prisonniers.
Une campagne sans fin
Les prisonniers affirment clairement que les grèves de la faim et les manifestations se poursuivront jusqu’à l’abolition de la peine de mort.
« Cette campagne se poursuivra sans interruption jusqu’à l’abolition de cette peine inhumaine. »
En définissant leur combat, les prisonniers associent explicitement les exécutions à la dictature, décrivant un système qui s’appuie sur les condamnations à mort et les pelotons d’exécution pour asseoir son pouvoir sur la société.
« Nous nous opposons à une dictature qui cherche à étouffer toute protestation par les exécutions et les pelotons d’exécution, et à s’imposer à la société. »
Un défi direct au régime
La déclaration de la 100e semaine est sans équivoque : la campagne des mardis « Non aux exécutions » n’est pas un appel humanitaire au sein du système, mais un défi moral et politique direct lancé au régime. Les fondements du pouvoir du régime.
Alors que les exécutions s’accélèrent et que la répression s’intensifie, les grèves de la faim coordonnées dans des dizaines de prisons envoient un message que le régime n’a pas réussi à étouffer depuis près de deux ans : la résistance continue – même derrière les barreaux – et aucune répression ne saurait éteindre la flamme de la soif de liberté et de démocratie.

