dimanche, février 8, 2026
AccueilActualitésActualités: SociétéLa mise en scène de Khamenei sur la « cohésion nationale »...

La mise en scène de Khamenei sur la « cohésion nationale » révèle l’aggravation des luttes de pouvoir en Iran

La mise en scène de Khamenei sur la « cohésion nationale » révèle l'aggravation des luttes de pouvoir en Iran
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, et le conseiller du Guide suprême, Ali Akbar Velayati, s’expriment lors d’une session du Parlement (photo d’archives).

Le 16 décembre 2025, Ali Akbar Velayati, conseiller principal de longue date du Guide suprême Ali Khamenei pour les affaires internationales, a tenu une réunion très médiatisée avec Ali Larijani, le nouveau secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Les médias d’État l’ont présentée comme une séance de travail sur les « questions régionales » et les « développements internationaux », un signal soigneusement orchestré pour montrer que les figures clés du pouvoir restent unies malgré l’intensification des luttes intestines au sein de l’élite.

Suite à la réunion, et dans un message publié sur X et repris à maintes reprises par les médias iraniens dans le cadre de la communication de l’élite, Velayati a affirmé que les « méthodes obsolètes » ne répondraient pas aux exigences d’une « société d’après-guerre » et que la « cohésion nationale » devait se traduire par des changements de gouvernance « concrets » pour les citoyens.

Le message de Velayati après la réunion doit être interprété comme une manœuvre orchestrée par le sommet de l’État, et non comme une expression de dissidence : en faisant évoquer par un conseiller de haut rang les « méthodes obsolètes », l’« unité nationale » et la nécessité d’une satisfaction publique « concrete », le système peut suggérer un changement de cap sans contraindre Ali Khamenei à reconnaître publiquement un recul. En pratique, ce type de rhétorique indirecte permet à Khamenei de se distancer des conséquences potentielles : si le message apaise les tensions, il peut être ultérieurement adopté comme « la ligne du Guide », et s’il échoue ou provoque une réaction des radicaux, le coût est supporté par les intermédiaires. Cette rhétorique crée simultanément l’impression d’un changement imminent afin de gagner du temps face à la pression socio-économique croissante et aux luttes intestines grandissantes au sein du cercle restreint du régime, notamment les menaces parlementaires de censure ou de destitution de ministres en raison de la flambée des prix.

La pression économique alimente les accusations mutuelles au sein de la clique dirigeante

La chute libre de l’économie iranienne est désormais instrumentalisée par la clique dirigeante dans un jeu de reproches mutuels : le Majlis, assemblée très contrôlée et remaniée suite aux disqualifications du Conseil des gardiens et dominée par des factions extrémistes après une participation historiquement basse, a intensifié ses menaces de censure ou de destitution de ministres. Le président du Majlis, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a averti que les parlementaires pourraient s’en prendre au gouvernement si celui-ci n’est pas remanié pour lutter contre l’inflation et la crise du coût de la vie.

Cette pression n’est pas hypothétique : le Parlement a déjà destitué le ministre de l’Économie, Abdolnaser Hemmati, en mars 2025, en pleine crise monétaire et inflationniste. De récents rapports indiquent que le climat de menace s’intensifie à mesure que les difficultés s’aggravent, transformant la gouvernance économique en un champ de bataille entre factions plutôt qu’en un lieu de résolution des problèmes.

La contradiction est flagrante : Khamenei a publiquement appelé à soutenir Massoud Pezeshkian le 27 novembre 2025, décrivant son gouvernement comme portant un « lourd fardeau », mais quelques semaines plus tard, le système aligné sur le dirigeant s’employait à saper cette même administration par une escalade parlementaire coordonnée, signe que la capacité du centre à imposer la discipline aux réseaux de pouvoir rivaux s’amenuise.

Rohani et Zarif entrent en scène

Alors que la cohésion interne du régime est mise à l’épreuve, des figures associées à l’aile révisionniste font leur retour remarqué sur la scène politique. L’ancien président du régime, Hassan Rouhani, a repris des rencontres régulières avec des membres de son précédent gouvernement, les exhortant publiquement à aider le gouvernement actuel à obtenir au moins « un résultat important » afin que la population « ressente » un changement majeur à venir – une intervention indéniable dans le débat politique actuel.

Les médias extrémistes et proches des questions sécuritaires ont réagi avec une hostilité manifeste. Les articles republiant les attaques de Kayhan présentent Rouhani comme un exemple à ne pas suivre plutôt que comme un modèle, et d’autres médias l’ont raillé pour sa tentative de redorer son image.

Parallèlement, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a intensifié ses efforts pour influencer le débat, cette fois-ci par le biais d’un discours diplomatique tourné vers l’Occident. Dans un article récent de Foreign Affairs, Zarif plaide pour une solution à l’impasse nucléaire américano-iranienne et décrit la confrontation plus large comme un cycle pouvant être dénoué grâce à une nouvelle approche diplomatique.

La réaction des médias proches de Khamenei a été cinglante. Le journal Javan des Gardiens de la révolution a présenté l’intervention de Zarif comme une tentative de manipulation des décideurs occidentaux et a qualifié la ligne diplomatique de l’ère Rouhani de « trahison manifeste ».

De son côté, Kayhan a critiqué Zarif en utilisant le même vocabulaire : il qualifie l’approche « pro-occidentale » de folie ruineuse ou de trahison, et insiste sur le fait que la négociation elle-même était une erreur stratégique.

Que signifient ces signaux ?

Le dilemme de Khamenei est le résultat cumulatif d’un échec stratégique à l’échelle régionale, conjugué à un effondrement économique national. Le régime a subi des revers majeurs dans toute la région : la chute de Bachar el-Assad en Syrie l’a privé de son principal allié arabe ; les milices pro-iraniennes ont été affaiblies en Irak sous la pression politique et sécuritaire ; les Houthis ont perdu leur élan stratégique face à des revers militaires répétés ; et le Hezbollah, longtemps présenté comme le bras armé le plus efficace du régime, opère désormais au Liban avec des contraintes sans précédent.

Ces revers régionaux ont coïncidé avec un effondrement économique alimenté par les sanctions, la corruption et une mauvaise gestion structurelle, attisant les troubles sociaux et exacerbant les luttes intestines au sommet du système.

Khamenei tente désormais de repousser l’échéance : soit il recule ouvertement, au risque d’une fracture sans précédent de sa base idéologique et de son appareil sécuritaire – renforçant ainsi une société qu’il a gouvernée par la répression –, soit il persiste dans la même voie vouée à l’échec, acceptant l’intensification progressive de l’effondrement économique, des conflits entre élites et de la colère populaire qui pousse déjà la dictature cléricale vers une phase bien plus dangereuse.