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Le manifeste de résistants : « Nous avons été exécutés des milliers de fois »

Le manifeste de résistants : « Nous avons été exécutés des milliers de fois »
Six membres de l’OMPI exécutés à la prison de Ghezel Hesar au printemps 2026 : Vahid Bani Amerian, Mohammad Taghavi, Babak Aliyur, Pouya Ghobadi, Akbar Daneshvarkar et Abolhassan Montazer.

Entre le 30 mars et le 4 avril 2026, le régime iranien a exécuté six prisonniers politiques et membres de l’Organisation des Moudjahidines d’Iran (OMPI/MEK) : Mohammad Taghavi, Akbar Daneshvarkar, Babak Alipour, Pouya Ghobadi, Vahid Bani Amerian et Abolhassan Montazer. Pendus à la suite de procès inique et de tortures atroces, ces hommes ont laissé un héritage profond.

Le 3 mars 2025, pressentant leur sort, ces six héros ont rédigé un manifeste poignant depuis la prison d’Evine. Ils ont demandé sa publication sur les sites web et le réseau d’information de la Résistance iranienne dès que leurs condamnations à mort seraient confirmées par la Cour suprême. Cette lettre n’est pas un appel à la clémence. C’est un manifeste triomphant, qui présente leurs exécutions comme la continuation d’une chaîne ininterrompue, vieille d’un siècle, de patriotes iraniens sacrifiant leur vie pour la liberté.

Retraçant les racines centenaires de la résistance

La lettre s’ouvre sur une déclaration percutante et profonde : « Nous avons déjà été exécutés des centaines de milliers de fois dans l’histoire de l’Iran !» Les prisonniers mêlent leurs âmes à celles des martyrs du passé, remontant à la Révolution constitutionnelle de 1906. Ils se réclament des « Moudjahidines de Tabriz », combattant aux côtés du héros national Sattar Khan, et des forces qui ont conquis Téhéran pour mettre fin à la monarchie absolue, laissant leurs corps meurtris « sous les décombres des canons ».

Ils rendent hommage au Mouvement Jangal des années 1920, évoquant leur fuite vers « Gurab Zarmikh » pour prêter allégeance à Mirza Kuchak Khan en faveur d’une République iranienne, où les corps des combattants gisent gelés dans les montagnes de Gaduk.

Défiant les dictatures Pahlavi, ils rappellent le souvenir du leader kurde Qazi Muhammad, exécuté par Reza Shah. Ils rendent hommage au mouvement démocratique de 1953, criant « À bas le chah !» face aux chars du Shah, et honorent la mémoire d’Hossein Fatemi, ministre des Affaires étrangères exécuté du Dr Mohammad Mossadegh, dont le sang « coulait de nos corps à l’université de Téhéran ».

La naissance des Moudjahidines et la révolution volée

Les prisonniers ont raconté comment leur lutte a évolué dans les années 1970 pour donner naissance aux organisations « Mojahedink » et « Fadaee ». Ils ont honoré le fondateur de l’OMPI, Mohammad Hanifnejad, évoquant leur pacte avec « Hanif » et leur résistance face à la police secrète du Shah (SAVAK). Ils se sont souvenus du massacre de la place Jaleh en 1978, soulignant comment leur sang versé « a fait tomber le trône du Shah ».

Ils ont ensuite décrit les conséquences amères de la révolution de 1979. Après avoir vaincu la monarchie, ils se sont retrouvés face à un nouveau « monstre » : Khomeiny. Ils expliquèrent comment Khomeiny avait « volé la révolution de notre peuple » et rôdé tel un vautour pour instaurer la dictature absolue du Velayat-e Faqih (pouvoir clérical absolu).

Le 20 juin et les charniers de 1988

La lettre évoquait le 20 juin 1981, jour où les gardes de Khomeiny ont ouvert le feu sur des manifestants pacifiques, déclenchant la résistance organisée. Ils racontaient avoir prêté serment avec le chef de la Résistance iranienne, Massoud Rajavi, de « se battre de toutes nos forces » contre cet ennemi vindicatif.

Dans un hommage poignant, ils se souvenaient des jeunes de l’OMPI exécutés à la prison d’Evin qui, devant les pelotons d’exécution, « ont crié “Liberté” au lieu de leurs noms ».

Ils constataient avec effroi que le régime avait transformé tout l’Iran en « Khavaran », le site tristement célèbre des charniers anonymes du massacre de 1988, où 30 000 prisonniers politiques furent tués – un héritage auquel ces six héros savaient qu’ils se joignaient.

Un pont vers les soulèvements modernes : « Nous ne marchanderons pas »

Faisant le lien entre l’histoire et le présent, les prisonniers ont inscrit leur lutte dans la continuité des récents soulèvements de la jeunesse. Ils condamnent ouvertement le régime, le qualifiant de « maudits des Mères de Novembre » (en référence aux victimes des manifestations de 2019) et d’« assassins de Khodanour, Hadis, Koumar et Aylar » – martyrs emblématiques du soulèvement national de 2022.

Dans un ultime acte de défi, ils ont cité Behrouz Ehsani, un autre membre de l’OMPI exécuté en 2025 : « Nous ne marchanderons pas avec vous au sujet de nos vies !»

Ils ont conclu en promettant que, même s’ils devaient être exécutés cent mille fois de plus, ils resteraient fermes dans leur lutte pour une « république démocratique » sur l’ensemble du territoire iranien. Leur esprit indomptable est immortalisé dans leur poème final :
Nous sommes les architectes de ta fin
Nous pénétrons sur ton champ de bataille
Nous sommes le printemps de cette aube naissante
Sur le manuscrit de l’histoire, nous sommes ton hiver