
Dans une déclaration sans concession marquant sa 132e semaine consécutive, la campagne des « Mardis non aux exécutions » a annoncé que les grèves de la faim contre la peine capitale se sont étendues à 59 prisons à travers l’Iran, le mardi 4 août 2026.
Cette annonce intervient dans un contexte de forte augmentation des exécutions d’État. Les organisateurs de la campagne rapportent que les autorités iraniennes ont exécuté au moins 35 personnes depuis fin juillet, dont un mineur délinquant, une femme et trois manifestants arrêtés lors des manifestations nationales de décembre 2025/janvier 2026.
Augmentation des exécutions et répression intérieure
Selon la déclaration, 28 de ces personnes ont été exécutées. Les exécutions ont eu lieu en l’espace de six jours, entre le 28 juillet et le 4 août. Les prisonniers, en grève de la faim, ont condamné le régime clérical pour avoir instrumentalisé les conflits extérieurs et l’instabilité régionale afin de renforcer son emprise sur la société et de réprimer toute dissidence populaire.
« Comme nous l’avons constaté ces dernières semaines, le régime en proie à la crise, qui s’en trouve alimenté, a intensifié les exécutions », indique le communiqué. « Le régime de Velayat-e Faqih, qui fonde sa survie sur la répression et l’exploitation du peuple – notamment des plus démunis et des classes laborieuses – a lancé une offensive dévastatrice contre la vie et les moyens de subsistance de la population sous prétexte de guerre. »
Le communiqué souligne les motivations stratégiques des autorités derrière l’escalade de la militarisation du pays, conjuguée au maintien des tensions régionales :
« Ils ne craignent pas la guerre ; au contraire, les menaces étrangères sont perçues comme une aubaine, à l’instar des huit années de guerre contre l’Irak. La seule crainte de toutes les factions au pouvoir, malgré leurs divergences, est l’émergence d’un soulèvement interne. Ils savent pertinemment que leurs « villes de missiles » leur permettent de gagner du temps face à leurs adversaires étrangers et d’assurer leur survie.»
Position contre l’ingérence étrangère et la terreur d’État
Soulignant leur attachement à l’autodétermination, aux droits humains et à la démocratie interne, la campagne a fermement rejeté la tyrannie intérieure et l’ingérence extérieure :
« Malgré la politique belliciste de l’État iranien, aucun pays ni aucune puissance étrangère ne peut garantir la paix, la démocratie, l’égalité et les droits humains à l’Iran et à la région. Opposés à la peine de mort, nous nous opposons naturellement à la guerre et à l’ingérence étrangère, et nous l’avons déclaré à maintes reprises.»
En collaboration avec des experts de l’ONU, nous avons publié deux communiqués de presse sur le traitement des minorités religieuses : les communautés chrétienne (15 juillet) et bahaïe (29 juillet) d’Iran.
Évoquant la finalité même de la violence d’État en Iran, les prisonniers ont souligné que la peine capitale est un instrument calculé d’intimidation politique : « En Iran, chaque exécution a un but politique : semer la peur et la terreur. Menacer la société par cet acte inhumain englobe désormais toute la société iranienne… L’exécution signifie la « privation de vie » et constitue une forme de violence d’État. »
Résistance croissante dans 59 prisons
Malgré la pression grandissante et les récentes menaces du parquet de sanctionner les discours contre les exécutions, la campagne a constaté une résistance importante derrière les barreaux. Lors d’une action notable à la prison de Ghezel Hesar (Unité 2), environ 1 500 détenus ont entamé une grève de la faim de deux semaines, refusant de céder tant que les autorités pénitentiaires et le parquet ne s’engageraient pas à suspendre les exécutions.
La campagne a souligné que les menaces du parquet contre les opposants à la peine de mort ne font que confirmer l’influence grandissante du mouvement : « Le fait que le procureur du régime ait menacé de sanctions les opposants à la peine de mort – même pour la simple expression de leur opinion – démontre la progression du mouvement « Non à la peine de mort » et son importance. Il est donc essentiel que l’opposition à la peine de mort s’étende encore davantage et englobe tous les condamnés, qu’il s’agisse de prisonniers politiques de toute tendance ou de prisonniers non politiques, quel que soit le chef d’accusation.»
« Comme nous l’avons répété à maintes reprises, notre force réside dans notre solidarité, et par la résistance et l’organisation, nous briserons le joug de la tyrannie et de la peine de mort.»
Des gardiens de prison ont fait un raid sur le quartier des prisonniers politiques (aile 7) de la prison d’Evin vers 11h30. Samedi 1er août, à 1 h du matin, il aurait battu des détenus avant de transférer six prisonniers.
Installations participantes
La grève de la faim du 4 août a vu la participation d’un vaste réseau d’établissements répartis dans tout le pays, notamment :
- Téhéran et Alborz : Evin (quartier des hommes et des femmes), Ghezel Hesar (unités 2, 3 et 4), Central Karaj, Fardis Karaj, Grand Téhéran, Qarchak et Khorein Varamin.
- Nord et Caspienne : Qazvin (Chubin Dar), Rasht (quartier des hommes et des femmes), Gorgan, Sari/Qaimshahr, Rudsar, Haviq Talesh, Azbaram Lahijan, Sabzevar et Gonbad-e Qabus.
- Région de l’Ouest et du Kurdistan : Kermanshah (Dizel Abad), Sanandaj, Saqqez, Baneh, Marivan, Kamyaran, Ilam, Khorramabad, Borujerd, Arak, Hamedan/Asadabad, Urmia, Khoy, Salmas, Nagadeh, Miandoab, Mahabad et Bokan.
- Nord-Ouest et Azerbaïdjan : Tabriz, Ardabil et Ahar.
- Centre et Sud : Ispahan (Dastgerd), Shiraz (quartiers d’Adel Abad et Nezam), Sheiban Ahvaz, Sepidar Ahvaz, Bushehr/Borazjan, Zahedan (quartiers des hommes et des femmes), Yasuj, Dehdasht, Behbahan, Ramhormoz, Kerman, Bam, Kahnooj, Yazd, Tabas, Birjand, Mashhad, Borujen et Nishapour.

