mardi, décembre 6, 2022
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Des technocrates iraniens,déçus par le pouvoir, offrent des trésors de renseignements aux Etats-Unis

 Par Warrick et Greg Miller Joby
 
The Washington Post, 25 avril – L'agitation politique en Iran a poussé un nombre croissant de responsables du pays à la défection ou à passer des informations à l’occident, créant un nouveau flux de renseignements sur son programme nucléaire secret, disent des responsables américains.

Ces apports ont compliqué le travail sur un rapport très attendu des activités nucléaires de l'Iran, qui représentera le jugement combiné de plus d’une douzaine d'organismes d'espionnage des Etats-Unis.

Le rapport « National Intelligence Estimate » (NIE) aurait dû être publié à l'automne dernier, mais a été retardé au moins deux fois en plein effort pour intégrer l'information venant de sources encore en cours de vérification.
 
Le directeur du renseignement national, Dennis C. Blair a dit dans une brève interview la semaine dernière que le retard dans l'achèvement de la NIE « est lié aux informations qui arrivent et au cours des événements ».

Certains des nouveaux documents les plus importants viennent d'informateurs, y compris de scientifiques et d’autres personnes ayant accès à des programmes militaires de l'Iran, motivés par leur antipathie vis-à-vis du gouvernement et de sa répression du mouvement d'opposition après l’élection présidentielle contestée de juin, selon des officiels, anciens et actuels, aux États-Unis et en Europe, qui parlaient sous condition d'anonymat pour discuter des gains de renseignement.
 
« Il y a un riche partage d'informations en cours, qui reflète l’énorme mécontentement chez les technocrates iraniens», a déclaré un ancien responsable gouvernemental américain qui jusqu'à récemment était au courant de rapports classifiés sur la collecte de renseignements à l'intérieur de l'Iran. Il a dit que parmi les hauts technocrates du programme nucléaire et d'autres domaines, « le moral est très bas ».
 
Ces dernières semaines, les responsables américains ont reconnu qu'un scientifique nucléaire iranien était parti en occident en juin. Shahram Amiri, 32 ans, a disparu lors d'un pèlerinage religieux en Arabie saoudite et a fourni aux agences d'espionnage des détails sur des programmes sensibles, y compris une usine longtemps restée cachée d'enrichissement d'uranium près de la ville de Qom, disent les responsables du renseignement et des diplomates basés en Europe.

Certains estiment qu’Amiri est le transfuge iranien le plus important depuis le général de brigade Ali Reza Asgari, un ancien ministre délégué de la Défense et commandant du Corps des gardiens de la révolution qui a changé de bord lors d'un voyage en Turquie en 2007.
 
Mais des sources disent qu’il y a eu une série d'autres défections récentes de responsables diplomatiques et militaires, dont certaines n'ont pas été rendues publiques. Parmi les transfuges se trouvait un haut diplomate de la mission iranienne à Oslo, qui a dit avoir été contraint de falsifier les résultats du scrutin pour les ressortissants iraniens qui avaient voté à l'ambassade.

Les révisions du NIE soulignent la pression sur la communauté du renseignement des États-Unis pour produire une évaluation précise des ambitions nucléaires de l'Iran, alors que le président Obama poursuit une politique visant à empêcher le pays d'acquérir la bombe atomique. Le rapport de 2007 de la communauté du renseignement présentait la conclusion surprenante que l'Iran avait interrompu ses travaux sur l'élaboration d'une ogive nucléaire, provoquant des critiques durables comme quoi le rapport avait sous-estimé la menace iranienne.
 
Les officiels briefés sur la nouvelle version, techniquement appelée « mémo pour les titulaires» de la première, disent que le ton sera plus dur. Un officiel qui en a vu un projet dit que l'étude affirme que l'Iran fait des progrès constants vers la capacité nucléaire militaire, mais elle ne va pas jusqu'à conclure que les principaux dirigeants de la république islamique ont décidé de construire et de tester un engin nucléaire. L'Iran affirme que son programme nucléaire est entièrement pacifique.

Le programme « Fuite des cerveaux » de la CIA

Le diplomate iranien qui a fait défection, Mohammed Reza Heydari, a déclaré dans une interview téléphonique depuis la Norvège, qu'il représente des milliers de jeunes, des Iraniens éduqués qui sont de plus en plus découragés par les événements dans leur pays.
 
« J'avais personnellement une bonne situation, à la fois en Iran et en tant que diplomate, mais ma conscience ne me permet plus de travailler pour le régime », a déclaré M. Heydari. « J'ai été bouleversé en voyant le régime réprimer et tuer des gens, tout simplement pour avoir posé la question : Où est mon vote ? »

Les départs d'Amiri et d'autres ont donné un nouvel élan à un programme de « fuite des cerveaux » mis en place par la CIA ces dernières années dans le cadre d'un effort plus large visant à ralentir les progrès nucléaires de l'Iran en sabotant l'équipement expédiés dans le pays et en incitant les scientifiques clés à la défection.

Art Keller, un agent de la CIA à la retraite, dit que l'objectif de l'agence dans le recrutement d’agents est presque toujours de « les utiliser sur place ». Mais en Iran – où le gouvernement a découvert un réseau d'informateurs de la CIA et exécuté ses membres il y a plus de dix ans – recruter des espions est considéré comme extrêmement dangereux. « Surtout quand il s'agit de programmes clandestins d'armes », a déclaré Keller, « où les scientifiques ne sont pas quittés du regard. »

La CIA a refusé de discuter du programme de la fuite des cerveaux ou de parler des informations fournies par des transfuges comme Amiri. Elle a également refusé tout commentaire sur un rapport d'ABC News comme quoi Amiri a été réinstallé aux États-Unis.

Mais des inforfamtions de presse iraniennes ont identifié Amiri comme un chercheur de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne. Le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), un groupe d'opposition ayant publiquement révélé l'existence d'un programme secret d'enrichissement d'uranium en 2003, a déclaré qu’Amiri avait été associé à des programmes sensibles nucléaires pendant au moins une décennie. L’Iran soutient qu’Amiri a été enlevé.

Certains observateurs disent que le gouvernement de Téhéran a été affaibli par les défections et indique la mort d'un professeur de physique en Iran il y a plus de trois mois comme le signe du début d’une campagne de répression visant à effrayer les soi-disant espions.

Le professeur Massoud Ali Mohammadi a été tué le 12 janvier quand une bombe posée sur une moto a explosé à son passage. Les responsables iraniens ont accusé des agents de renseignement israéliens et occidentaux du meurtre, mais des informations indiquent que Mohammadi était sympathisant du mouvement d'opposition et avait participé à des manifestations anti-gouvernementales. La veille de sa mort, des agents du renseignements iranien avaient perquisitionné son domicile et confisqué des documents et des notes, selon une information du CNRI.

Apprendre de ses erreurs

En public ces trois dernières années, les hauts responsables du renseignement des États-Unis ont évité de contredire le langage utilisé dans le rapport NIE 2007, tout en affirmant en privé que l'Iran cherche à obtenir l’arme nucléaire. Un rapport américain militaire non classifié soumis au Congrès ce mois-ci a conclu : « L'Iran développe des capacités technologiques applicables aux armes nucléaires et, au minimum, garde ouverte la possibilité de développer des armes nucléaires. »

Le rapport de 2007 souligne que l'Iran prenait aussi d'autres mesures qui pourraient l'aider à acquérir des armes nucléaires, mais toute nuance s’est perdue dans le débat houleux qui a suivi. Comme la nouvelle version, le rapport de 2007 avait été révisé à plusieurs reprises à l’approche de sa date de parution.

En effet, il avait été essentiellement annulé et réécrit après que les États-Unis aient obtenu des documents informatiques secrets sur une décision des dirigeants iraniens d’annuler les travaux sur une ogive vers l’époque où les forces sous commandement américain ont envahi l'Irak en 2003.

Les critiques ont accusé le document – dont une version a été rendue publique – de donner l'impression que la menace iranienne s'était calmée afin de faire dérailler l'approche de la ligne dure de l’administration Bush.

Les auteurs du rapport ont par la suite reconnu que c'était mal écrit pour l’opinion publique et que cela avait donc été largement incompris.
 
Un responsable américain briefé sur les progrès du nouveau rapport NIE a dit que les analystes sont sous pression pour éviter les erreurs de leurs prédécesseurs. Le document est maintenant programmé pour être publié en août, a-t-il dit, ajoutant qu’« il est prévu que le précédent soit corrigé ».

Selon des responsables américains, il y aura une grande différence dans la présentation du nouveau rapport. Le document précédent avait suscité de grands titres comme quoi l'Iran avait pris ses distances avec sa quête de la bombe en grande partie parce que les responsables avaient décidé de publier une version publique. Les officiels disent qu'ils voient à présent que cette décision était une erreur et qu’ils n'ont pas l'intention cette fois de faire des parties destinées à l’opinion.

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