Par Michael Evans
The Times, 11 avril – Lemplacement secret où lIran est suspecté de développer des missiles balistiques de longue portée, capables datteindre des cibles en Europe a été découvert grâce à de nouvelles images satellites.
Les clichés ont permis de localiser avec précision le site à partir duquel les Iraniens ont procédé au lancement de leur « fusée de recherche » Kavoshgar 1 (Explorateur 1) le 4 février dernier, prétendant qu’il s’agissait d’un essai s’inscrivant dans le cadre de leur programme spatial.
Lanalyse de limagerie retransmise par le satellite Digital Globe QuickBird quatre jours après le lancement du missile a dévoilé plusieurs éléments intriguant permettant aux experts détablir quil sagissait du même site où l’Iran concentre ses efforts de développement d’un missile balistique ayant une portée d’environ 6 000 km (4 000 miles).
Le site, jusquà présent inconnu, à quelque 230 km au sud-est de Téhéran, et son lien avec le programme de missile de longue protée, a été révélé par Janes Intelligence Review, à la suite dune étude des images réalisée par un ancien inspecteur en armement irakien.
Un examen minutieux des photographies a permis détablir que les Iraniens suivent la même route que la Corée du Nord, en développant un programme spatial permettant à Téhéran par la même occasion d’acquérir les compétences et lexpertise nécessaires dans le domaine de la technologie des missiles à longue portée.
Geoffrey Forden, un chercheur associé à lInstitut de Technologie du Massachusetts (M.I.T), a affirmé quil y avait sur le site un édifice récemment construit, denviron 40 mètres de long, qui présentait des similitudes de par sa taille et sa configuration avec le site dassemblage des missiles à longue-portée Taepodong en Corée du Nord.
Avital Johanan, le rédacteur en chef du journal Janes Proliferation, a affirmé que lanalyse du site iranien montre que Téhéran pourrait bien être capable dans environ cinq ans de développer des missiles balistiques dune portée de 6 000 km. Cette date serait en accord avec les estimations des services de renseignement américains et souligne la volonté du Président Bush à vouloir installer et mettre en service des éléments du bouclier antimissile américain en Pologne et en République Tchèque dici à 2013.
La République Tchèque a aujourdhui accepté davoir sur son sol un système de radars spéciaux et le gouvernement polonais est toujours en pourparlers avec Washington au sujet de la demande américaine dinstaller dix missiles intercepteurs en Pologne.
Le missile Kavoshgar 1, lancé en présence du président iranien Ahmadinejad, est basé sur le missile Shahab 3B, lui-même dérivé du missile nord-coréen Nodong à propulsion liquide.
Le Dr Forden a déclaré que le lancement du Kavoshgar ne représentait aucune avancée significative dans la technologie des missiles balistiques. « Mais il indique certainement le développement futur très probable du programme de missiles de lIran » a-t-il expliqué.
Lors dune réunion tenue le 25 février entre lAgence Internationale de lEnergie Atomique et les Iraniens, les inspecteurs de lONU les ont confrontés avec des preuves détudes de design pour le montage de têtes nucléaires sur des missiles à longue portée. Les Iraniens ont nié de telles aspirations.
Cependant, selon la Janes Intelligence Review, les images satellites prouvent que le missile Kavoshgar 1 ne faisait pas partie dun projet civil de centre spatial mais était en liaison avec le programme clandestin iranien destiné à développer des missiles à plus longue portée.
Lexamen du site de lancement a révélé quil fait partie dun grand complexe en voie dexpansion « avec un haut niveau de sécurité et des activités récentes de construction ». « Il est clair quil sagit dun important centre stratégique pour lIran » a ajouté le Dr Forden.
Lancien inspecteur en armement iraquien a affirmé que lIran a tiré profit du programme de missile nord-coréen en imitant leur design à plusieurs étages. Le Taepodong 1 est composé au premier niveau dun propulseur liquide Nodong (tout comme le Shahab 3), dun propulseur liquide Scud au deuxième niveau et dun propulseur solide au troisième. « Le centre de production et dessai jouxtant le site de lancement du Kavoshgar 1 semblerait bien placé pour contribuer à la conception de ce troisième niveau » a souligné le Docteur Forden.

